Certains se souviendront sans doute d’Entropa, la fameuse sculpture exhibée en 2009 par la présidence tchèque de l’UE, dans le hall d’entrée du bâtiment Justus Lipsius, où se réunit le Conseil de l’Union européenne. Censée avoir été réalisée par 27 artistes issus des différents Etats membres, l’œuvre s’était révélée être un canular conçu par un seul auteur, le Tchèque David Černý. Surtout, sa représentation de chaque pays à l’aide des préjugés dont il est souvent victime (ou sortis de l’esprit du sculpteur, c’est selon), n’avaient pas été du goût de tout le monde : autoroutes allemandes en forme de croix gammée, joueurs de foot italiens en train de faire l’amour à leur ballon, minarets émergeant de Pays-Bas inondés et Bulgarie sous la forme de gigantesques toilettes à la turque avaient créé la polémique, la Bulgarie devant d’ailleurs être recouverte de tissu face aux protestations officielles du gouvernement.
La Hongrie, en charge depuis janvier de la présidence du Conseil et bien connue pour son grand potentiel, serait-elle en passe de renouveler l’exploit ? C’est du moins ce qu’affirme sur son blog Peter Spiegel, le correspondant du Financial Times à Bruxelles. En cause cette fois un tapis représentant les grandes dates de l’histoire du peuple magyar. Un tapis qui se limite aux symboles nationaux et évite donc tout risque d’offenser les partenaires européens ? C’était sans compter sur l’œil avisé de Mr Spiegel, qui décèle sur une carte… les frontières de la Hongrie en 1848, à l’époque où le royaume englobait une partie de la Slovaquie et de la Roumanie. Lesquels n’ont apparemment pas trop apprécié.
Mais les choses prennent encore plus d’ampleur : lors du Conseil européen du 4 janvier, l’on peut s’apercevoir que le fameux tapis a été recouvert. Serait-ce dû à des protestations slovaques et bulgares, se demande le journaliste ? Que nenni, s’insurge illico le porte-parole de la présidence hongroise, les raisons sont bien plus prosaïques : il s’agissait tout d’abord de protéger l’œuvre d’art des incessantes allées et venues des grands d’Europe, et puis de toute façon, les Conseils européens n’étant maintenant plus placés sous l’égide des présidences tournantes, mais sous celle du seul Herman van Rompuy, il convient de cacher les décorations nationales lors de ces événements.
Quelle est la vérité ? Nous ne le savons pas encore, mais l’enquête continue. Quant à nous, chers lecteurs, soyez rassurés : nous continuerons dans le futur de vous informer de ces débats de la plus haute importance.