Il paraît que même la plupart des Suédois ne le connaissait pas, mais c’est lui, ce parlementaire moustachu âgé de 48 ans, a été intronisé vendredi 25 mars à l’un des postes les plus importants du pays : celui de président du parti social-démocrate suédois et, à ce titre, de leader de l’opposition au gouvernement de centre-droit du premier ministre Frederik Reinfelt. L’élection de cet ancien journaliste, qui a suscité un intérêt médiatique tel dans le royaume scandinave que le journal Le Monde l’a comparée à l’élection du pape (une comparaison accentuée par le processus très secret ayant débouché sur le choix d’un candidat unique) est considérée par la plupart des observateurs comme un retour aux source pour la social-démocratie suédoise : celles de l’Etat-providence, valeur fondatrice du parti et du pays, dont la coalition conservatrice au pouvoir depuis 2006 avait, bien que timidement pour certains, tenté de se défaire. "Nous croyons en une société dans laquelle ceux qui sont aux soleil ont la responsabilité de tender un parapluie à ceux qui se trouvent sous la pluie”, a ainsi déclaré M. Juholt.
Ce coup de barre à gauche trouve vraisemblablement son origine dans les deux défaites électorales consécutives enregistrées par les sociaux-démocrates en 2006 et 2010, alors que le parti, qui a gouverné le pays pendant une grande partie du siècle écoulé et en a profondément façonné la culture politique, avait tenté un recentrage idéologique, mettant par exemple en avant les petites et moyennes entreprises. La social-démocratie avait même obtenu e, 2010 son score le plus bas depuis un siècle, avec 31% des voix « seulement ». Reste maintenant au nouveau porte-drapeau de la gauche suédoise à mettre au point un programme crédible alors que la Suède a elle-aussi vu sa situation économique se dégrader durant la crise. Gageons cependant que M. Juholt aura la tâche plus facile que nombre d’autres partis de gauche en Europe : la Suède reste, et de loin, l’un des pays les plus prospères du continent, et le chômage a déjà fortement régressé depuis 2010, s’établissant aujourd’hui à 7,5% (contre 10% pour la moyenne européenne). Une situation qui aide toujours à répartir les richesses.