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DANEMARK : c’est reparti pour quatre années de gouvernement de centre-droit

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Rien ne change au Danemark...

Ils l’ont fait, une fois de plus... Aprés une victoire confortable aux élections de 2001, répétée quatre année plus tard aux élections de 2005, le gouvernement danois minoritaire de centre-droit comprenant Les Libéraux (Venstre) et Les Conservateurs (De Konservative) a réussi à remporter les élections législatives pour la troisième fois consécutive ce mardi 14 novembre. Le résultat est certes plus serré qu’en 2001 mais il laisse toujours apparaître une majorité confortable de centre-droit.


La victoire du gouvernement de centre-droit était apparue relativement claire au cours de la journée eléctorale du 14 novembre. Les sondages à la sortie des urnes avaient en effet confirmé ceux réalisés les trois semaines ayant précédées le scrutin. Ces derniers avaient tous donné le bloc de droite formé par les deux partis gouvernementaux minoritaires soutenus par le Parti populaire Danois (parti populiste d’extrême droite, qui plus est euro-sceptique) et le petit poucet fraîchement apparu, la Nouvelle Alliance, gagnants avec 94 députés sur le total de 179 que comptent le Parlement danois (Folketing).

Les résultats des élections au Danemark (14 novembre 2007)


Les Libéraux (Venstre) : 26,3% (-2,7) / 46 sièges
Les Sociaux-démocrates (Socialdemokraterne) :25,5% (-0,3%) / 45 sièges
Parti populaire danois (Dansk Folkeparti) :13,5% (+0,5) / 25 sièges
Les Socialistes (Socialistisk Folkeparti) :13% (+7) 23 sièges
Les Conservateurs (De Konservative) : 10,4% (+0.1%) / 18 sièges
Les Sociaux-libéraux (Det Radikale Venstre) : 5,1% (-4,1) / 9 sièges
La Nouvelle Alliance (Ny Alliance) : 2,8% (+2.8) / 5 sièges
La coalition verte-rouge (Enhedslisten) : 2,2% (-1.2) / 4 siège
Les Chrétiens-démocrates (Kristendemokraterne) : 0,9% (-0.8) / pas de siège

Alors que la nuit avançait, la victoire est apparue encore plus large que prévue pour le gouvernement . En effet, en plus des 89 mandats acquis à la droite (incluant le Parti populaire danois mais pas la Nouvelle Alliance), la coalition gouvernementale a obtenu un mandat supplémentaire avec la victoire de Edmund Joensen du Sambandpartiet dans les îles Feroe (les îles Ferroe et le Groenland possèdent au total 4 députés au Folketing). Cette majorité de 90 sièges permet donc au gouvernement en place, soutenu par le Parti populaire danois, de gouverner sans le soutien de la Nouvelle Alliance.

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Naser Khader, dirigeant de la Nouvelle Alliance

La nouvelle formation politique a échoué dans son objectif de libérer la coalition gouvernementale du chantage de l’extrême droite et affiche un score décevant avec seulement 2,8% des suffrages.

La Nouvelle Alliance : un nouveau venu qui aurait pu changer la donne

l’histoire de la Nouvelle Alliance est intimement liée aux récentes elections. Le parti a été fondé il y a seulement six mois par les députés européens Gitte Seeberg (Conservateur/PPE), Anders Samuelsen (Parti social-libéral danois /ALDE) et le député danois Naser Khader (Parti social-libéral ). Il s’est trés vite présenté comme un parti de centre-droit dont la mission principale consiste à libérer la coalition gouvernementale de l’influence à sa droite du Parti populaire danois.

Mais alors que le Parti populaire danois, tout comme les autres partis, s’était solidement préparé à mener campagne, les dernières semaines ont révélé que la Nouvelle Alliance, elle, n’y était pas préparé. L’annonce il y a à peine trois semaines de la tenue d’élections par le premier ministre, Fogh Rasmussen, en a surpris plus d’un. L’analyse du Premier ministre et de son cabinet a en effet conclu que les élections devraient être organisées soit dés maitenant, soit à la fin de l’année 2008. Les premiers mois de 2008 verront en effet l’ouverture de négociations salariales entre syndicats d’employés et organisations patronales. Ces négociations sont présentées comme parmi les plus ardues de ces dernières années, notamment du fait des demandes d’augmentation de salaires substantielles de la part des syndicats en raison de la trés bonne santé économique du Danemark. L’issue la plus probable à ce conflit social sera l’adoption d’un décret gouvernemental fixant l’augmentation annuelle des salaires. Une telle décision pénalisera inévitablement l’effort entrepris par la coalition gouvernementale pour tenir une ligne modérée de centre-droit tout en conservant une ligne sociale raisonable. Cette donnée, à laquelle on doit ajouter la variable du débat trés dur auquel se prépare le Danemark sur la ratification du Traité réformateur (ou modificatif) a poussé le premier ministre à organiser les élections ce mois-ci, plutôt que d’attendre 2008.

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Pia Kjaersgaard, leader du Parti Populaire Danois

Le parti extrémiste et populiste a réussi à se maintenir comme la troisième force politique du Danemark obligeant ainsi la coalition gouvernementale à prendre ses vues en compte dans ses orientations politiques...

Aprés avoir été initiallement trés favorablement accueilli dans les sondages lors de sa formation, la Nouvelle Alliance s’est montrée maladroite et mal préparée à l’exercice du pouvoir pendant la courte période de la campagne. Cette dernière a notamment révélé les difficultés de M. Khader pour s’imposer comme le leader du nouveau parti. M. Khader était ainsi apparu incapable, lors d’un débat télévisé avec la dirigeante du Parti populaire danois, Pia Kjaersgaard, de répondre à une question pourtant trés simple sur la politique fiscale proposée par son parti. Les électeurs déçus quittèrent l’épave en détresse aussi rapidement qu’ils avaient rallié le nouveau vaisseau sillonant les eaux politiques danoises. La Nouvelle Alliance n’a finalement remporté que 2,8% des voix le 14 novembre et a fait son entrée in extremis à la chambre avec seulement 5 députés (un parti doit au minimum remporter 2% des suffrages pour entrer à la Chambre).

L’histoire de la montée en puissance puis de la chute rapide de la Nouvelle Alliance de Naser Khader peut paraître insignifiante si on considere seulement que la taille de cette nouvelle formation n’a pas d’autre impact que la répartition relative des voix au sein du bloc de droite. Cela n’est pourtant pas le cas. Si la Nouvelle Alliance avait remporté plus de sièges, le gouvernement dirigé par M. Rasmussen aurait du compter et négocier systématiquement avec la Nouvelle Alliance et le Parti populaire danois au lieu de négocier seulement avec le parti extrémiste sur sa droite comme ce fut le cas ces six dernières années.

Alors que le parti populaire danois affiche des positions trés conservatrices en matière d’asile et d’immigration ainsi qu’une pointe de populisme pro-Etat providence sur les sujets sociaux, la Nouvelle Alliance a orienté tout son programme sur une ligne diamétralement opposée arguant en faveur d’une réforme de l’Etat providence, d’un allégement des charges fiscales et pour une politique migratoire et d’asile au visage plus humain. En résumé, les deux partis s’opposent frontalement sur les deux sujets qui ont balisé le débat politique au Danemark ces dix dernières années. Les échanges vigoureux qui ont opposé Mme Kjaersgaard et M. Khader ces trois dernières semaines sur l’orientation politique de la coaltion gouvernementale de M. Rasmussen aprés les élections ont donné du souci à l’actuel premier ministre, habituellement trés à l’aise, alors que se profilait à l’horizon la possibilité pour lui de devoir gouverner avec les deux partis pré-cités.

Les déboires de l’opposition

Alors que la menace plannait sur la pérennité de la coalition de centre-droit, l’opposition, formée par la coalition Verte-Rouge, les Socialistes, les Sociaux-Libéraux (Radicaux) et les Sociaux-démocrates, jubilait. En effet, l’opposition, emmenée par l’ancienne députée européenne social-démocrate Helle Torning-Smith, donnait l’impression qu’elle allait l’emporter. L’opposition et ses leaders relativement inexperimentés, ont essayé de recoller les morceaux des défaites consécutives de 2001 et 2005. Il est finalement apparu que cette dernière est toujours en train de mettre sur pied le projet politique qui lui permettrait de battre la coalition de centre-droit.

L’analyse de l’opposition consistait à miser sur le fait qu’un gouvernement de centre-droit reposant sur le soutien combiné de la Nouvelle Alliance et du Parti populaire danois sombrerait lentement dans des combats internes, forçant Rasmussen à appeler à des élections anticipées d’ici un à deux ans, eléctions que la gauche se voyait remporter facilement face à un Anders Fogh Rasmussen affaibli en interne. Avec la demi-défaite de la Nouvelle Alliance et les 90 sièges remportés par la coalition gouvernementale et ses alliés l’avenir apparaît à présent plus stable que prévu pour le gouvernement en place. La stabilité de la coalition reste néanmoins à démontrer.

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Helle Torning-Smith, leader des Sociaux-démocrates

Le parti Social démocrate, bien que deuxième force politique du pays, n’a pas réussi à s’attirer les faveurs de l’électorat danois. Il reste néanmoins le premier parti d’opposition mais doit continuer à travailler sur son programme d’alternance.

Malgré l’annonce solennelle, le soir des résultats, par l’ensemble des partis d’opposition, de leur volonté à travailler dur dans l’optique des prochaines élections, l’opposition se retrouve aujourd’hui dans une situation trés inconfortable. La plupart des commentateurs s’accordent ainsi pour dire que l’opposition a mené une campagne bien bâtie et professionnelle mais e problème est que l’électorat n’a pas suivi. Bien sûr, les Socialistes (SF) ont doublé leur score passant de 6 à 12% mais pendant le même temps, les Sociaux-Libéraux ont perdu une majorité de leurs électeurs passant de 9 à 5%. Même constat pour la coalition verte-rouge.

Le seul véritable parti capable de jouer d’égal à égal avec les Libéraux de M. Fogh Ramussen, le Parti Social démocrate s’est seulement maintenu (avec 25.5% des suffrages) mais, au final, peu d’électeurs ont senti bon de s’embarquer dans un voyage les faisant passer du bloc de droite aux Sociaux-démocrates... Au cours de cette campagne, les Sociaux-démocrates ont tenté de se présenter comme les vrais défenseurs du modèle danois d’Etat providence. Mai les Danois veulent certes un Etat-providence fort mais ils refusent de voir le poids des prélevements obligatoires peser de trop sur leur pouvoir d’achat. Alors que beaucoup d’électeurs semblent faire confiance aux Libéraux pour assurer une sauvegarde de l’Etat-providence tout en allégeant la pression fiscale, ils semblent plus dubitatifs en ce qui concerne la capacité des Sociaux-démocrates à rester raisonnables en matière de politique fiscale. La question que se pose donc à présent les Sociaux-démocrates est la suivante : comment renouer avec l’électorat ?

Et l’Europe dans tout ça ?

Comme d’habitude, le débat sur l’Europe a été le grand absent de cette campagne. Pourtant, juste avant que M. Fogh Rasmussen appelle ses concitoyens à se rendre aux urnes, le débat sur la ratification du Traité réformateur figurait en bonne place sur le devant de la scène politique danoise. Le parti populaire danois et la coalition rouge-verte (extrême gauche) avait en effet appelé le premier ministre danois à soumettre le nouveau texte à référendum. Mais, dés que l’annonce de la tenue des élections a été rendue publique, le débat européen est rapidement passé à la trappe et n’est pas réapparu depuis. Les élections danoises sont toujours centrées sur le Danemark et jamais sur l’UE, sujet toujours largement appréhendé comme relevant du domaine de la politique étrangère. Ce qui reste à présent à voir est comment le premier ministre va traiter la question de la ratification. Les élections passées, la pression est moins forte pour soumettre le texte à référendum. La question reste cependant ouverte car si la pression réaugmente, surtout de la part de l’extrême droite, il n’est pas certain que le chef du gouvernement soit en mesure d’y resister.


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Filip ENGEL

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