Depuis 2002 et l’introduction des pièces et des billets en euro, l’inflation perçue par les ménages s’écarte systématiquement (à la hausse) de celle
Quelques définitions
L’IPCH (Indice des Prix à la Consommation Harmonisé) a été développé au niveau européen, en 1997, pour la création de l’Union Economique et Monétaire (UEM). C’est un indicateur du niveau général des prix dont la méthode de calcul est harmonisée au niveau de l’UE afin de permettre les comparaisons entres Etats membres. Il traduit l’évolution dans le temps du prix d’un panier de biens et services qui reflète la composition des dépenses de consommation d’un ménage moyen (à chaque bien et service est attribué une pondération qui est fonction de la part qu’il représente dans le total des dépenses des ménages).
L’indice santé est un indice belge développé en 1994 pour calculer l’indexation des salaires (en Belgique l’indexation des salaires sur l’inflation est automatique). Il est fondé sur l’Indice des Prix à la Consommation National (IPCN), mais ne tient pas compte des prix d’un certain nombre de produits tels que les boissons alcoolisées, le tabac et les carburants (essence et diesel), afin de mieux garantir la compétitivité du pays.
L’indexation est l’ajustement systématique du niveau d’une variable (par exemple le salaire) sur l’évolution d’une autre variable (par exemple l’indice des prix). L’indexation inversée est une situation où les ajustements se font dans des sens contraires.
La taxe intérieure sur les produits pétroliers flottante (TIPP flottante) est un système mis en place en France entre octobre 2000 et le 21 juillet 2002, dont l’idée était de réduire les taxes sur les produits pétroliers en période de hausse des prix et de l’augmenter en période de baisse, pour écrêter les hausses et lisser les baisses.
mesurée par l’Indice des Prix à la Consommation Harmonisé (IPCH). Et ce tout particulièrement en Belgique [1].Une étude récente de la Banque Nationale vient encore de le mettre en évidence. A tort ou à raison, la monnaie unique semble avoir généré une perte de confiance des consommateurs vis-à-vis des indicateurs d’inflation officiels. Dans le contexte actuel de la hausse des prix alimentaires, deux questions surgissent régulièrement : Premièrement, comment expliquer les différences entre l’inflation officielle et la perception des citoyens ? Ensuite, afin de garantir le pouvoir d’achat, ne pourrait-on pas plutôt faire usage de l’inflation perçue pour gérer la politique monétaire et pour indexer les salaires ?
D’où vient le décalage entre inflation officielle et inflation ressentie ?

- La Banque centrale européenne (BCE)
-
Basée à Francfort, la Banque Centrale Européenne a pour mission principale le contrôle de l’inflation dans la zone euro.
Pour répondre à la première question, trois facteurs de nature psychologique et un facteur structurel peuvent être mis en avant. Tout d’abord, il est régulièrement admis que les ménages sont en moyenne plus sensibles aux augmentations qu’aux diminutions de prix. Deuxièmement, plus discutable déjà, les ménages accorderaient plus d’importance aux produits qu’ils achètent plus fréquemment. Enfin, les consommateurs ne compareraient pas nécessairement les prix actuels avec les prix de l’année antérieure, mais auraient des points de références plus éloignés dans le temps, et auraient ainsi tendance à surestimer l’inflation annuelle.
D’un point de vue structurel, l’explication tient maintenant au caractère agrégé et « plutocratique » de l’IPCH. En effet, ce dernier est un indicateur de l’inflation moyenne. Ainsi, le taux d’inflation calculé pour une catégorie particulière de ménages peut s’écarter de façon plus ou moins marquée du taux mesuré par l’IPCH. Par ailleurs, ce dernier est par nature biaisé en faveur des ménages à revenus élevés : Etant donné qu’il est calculé sur la base de pondérations qui reflètent l’importance relative des ménages dans la dépense totale, les ménages à revenus élevés y sont surreprésentés. Il est ainsi théoriquement possible que l’IPCH soit négatif alors que le pouvoir d’achat de la majorité des citoyens a diminué.
Petite démonstration. Faisons l’hypothèse que, dans un pays, le montant total de la dépense de la population en champagne équivaut à une fois et demi la dépense totale de la population en pain. En un an, si les quantités consommées des deux produits restent identiques, et si le prix du pain augmente et que le prix du champagne diminue dans les mêmes proportions, l’IPCH sera négatif (le niveau moyen des prix aura baissé). En matière de pouvoir d’achat, celui des ménages qui dépensent plus en pain qu’en champagne aura aussi baissé, tandis que le pouvoir d’achat des ménages qui dépensent davantage en champagne aura pour sa part augmenté. En supposant que le premier groupe est supérieur au deuxième, le pouvoir d’achat de la majorité de la population aura baissé alors qu’il aura eu déflation dans l’économie. Dans la pratique, on peut cependant noter qu’il ne semble en moyenne pas y avoir de fortes différences d’inflation entre les ménages à faibles revenus et les ménages à revenus élevés.

- Basé à Luxembourg, Eurostat est notamment en charge de la mesure de l’ICPH (indice harmonisé des prix à la consommation)
Quelle politiques publiques pour remédier à la baisse de pouvoir d’achat de certaines catégories sociales ?
Au sujet de l’usage de l’inflation perçue pour la gestion de la politique monétaire ou pour l’indexation des salaires, la réponse est très clairement négative. L’IPCH a beau être un mauvais indicateur de l’évolution du pouvoir d’achat pour de nombreux ménages, il est pertinent dans le cadre de la gestion de la politique monétaire. Celle-ci doit en effet s’assurer que le volume de monnaie en circulation dans l’économie corresponde au montant des dépenses totales opérées par les citoyens, indépendamment des redistributions de pouvoir d’achat qui ont pu avoir lieu entre les agents économiques. L’inflation perçue ne peut pas non plus être utilisée comme référence pour l’indexation des salaires ou des loyers. Cela pourrait avoir des impacts négatifs directs sur l’emploi et sur la compétitivité du pays, car les ménages pourraient aisément valider des estimations erronées des hausses de prix. De plus, à court terme, ils auraient tout intérêt à surestimer l’inflation pour s’assurer de meilleurs salaires. Cette pratique risquerait bien vite de déclencher une spirale prix salaire et qui nuirait à l’ensemble de l’économie. Que ce soit pour la gestion de la politique monétaire ou pour les indexations, l’inflation perçue ne peut ainsi être utilisée comme indice de référence. L’IPCH et l’indice santé (voir définitions dans l’encadré) sont des indicateurs pertinents. On pourrait bien entendu discuter de la composition de leurs paniers de référence respectifs et des pondérations des produits qu’ils contiennent, mais ce sont foncièrement les indicateurs à utiliser. Dans le contexte de la hausse des prix alimentaires, il existe cependant différents moyens de garantir le pouvoir d’achat des ménages à plus faibles revenus.
Un premier outil serait la taxe sur la valeur ajoutée, la TVA. On pourrait ainsi imaginer de réduire la TVA, voire de la supprimer pour un certains nombre de produits de première nécessité. Au lieu de la réduire ou de la supprimer tout simplement, on pourrait aussi imaginer un système où la TVA suivrait une indexation inversée en fonction de l’évolution du prix de ces mêmes produits de première nécessité. Le mécanisme pourrait fonctionner comme celui du système de cliquet inversé pour les produits pétroliers (comme par exemple la taxe intérieure sur les produits pétroliers - TIPP - en France) : Lorsque le prix de produits de première nécessité augmente, l’Etat pourrait supprimer ou réduire la TVA sur les augmentations de prix. Où tout simplement réduire le taux de TVA applicable au produit concerné. A l’heure où les recettes fiscales, et en particulier les recettes TVA, sont déjà largement inférieures aux prévisions, la proposition peut cependant paraître déplacée. Pour compenser les pertes potentielles, une solution simple serait alors d’indexer le taux pour les produits de luxe dont le prix diminue. Autrement dit, d’introduire un système de cliquet positif pour ces derniers. Cependant, baisser les taux de TVA sur les produits de première nécessité pourrait ne pas avoir les effets escomptés : Les réductions de prix risqueraient pour partie d’être mangées par les producteurs ou les distributeurs. D’autre part, les baisses de taux bénéficieraient également aux ménages les plus aisés, elles pourraient s’avérer onéreuses et n’inciteraient pas à réduire le gaspillage. Jouer sur les taux de TVA n’apparaît ainsi pas comme une panacée.
Retourner aux prix imposés ? Cela aurait l’avantage garantir un prix acceptable, mais brouillerait les signaux du marché et risquerait à terme de faire baisser l’offre. Les mesures ciblées sur les consommateurs à faibles revenus comporteraient moins d’inconvénients. Elles seraient à la fois plus réalistes d’un point de vue budgétaire et plus efficaces d’un point de vue économique.
Parmi les différentes options en ce sens, celle de la distribution de « chèques nourriture » possède des atouts certains. Elle a déjà fait ses preuves aux Etats-Unis, et outre faciliter l’accès aux produits de première nécessité, elle pourrait également permettre de favoriser une alimentation saine et des produits faiblement générateurs de CO2. Laissez-moi la développer brièvement. Ces chèques devraient permettre aux revenus modestes de s’approvisionner en produits de première nécessité à un coût raisonnable. Ils pourraient ainsi fonctionner comme le système des chèques repas, mais seraient financés par l’Etat, et réservés à l’achat d’un certain nombre de produits riches en nutriments, mais faibles en calories, tels que le pain, les légumes, les féculents ou les fruits. Ils pourraient être alloués par les communes selon des critères de revenu ou de patrimoine, et suivraient une indexation basée sur l’évolution du prix des produits auxquels ils facilitent l’accès. Seul hic : Cette pratique aurait pour inconvénient potentiel de « cataloguer » les clients, qui pourraient être incommodés par le fait de révéler involontairement leurs faibles moyens lors du passage à la caisse. Mais après tout, cela n’est-il pas déjà actuellement reflété par le caddie ? Pour un caddie mieux fourni, il s’agirait vraiment d’un moindre mal !


Newsletter
Euros du Village
Gli Euros
Die Euros
The Euros
Los Euros
Ajouter un commentaire
Ajouter un commentaire
Potere d’acquisto : cosa si può fare concretamente ?

(3)
