A partir de 15h05, les femmes travaillent gratuitement
Symboliquement depuis 1957 et effectivement depuis 1975, l’Union européenne a œuvré pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans le domaine de l’emploi et du travail : le principe « à travail égal, salaire égal », la lutte contre la discrimination au travail, l’égalité de traitement, la santé des travailleuses, notamment des travailleuses enceintes, les mesures favorisant les systèmes de garde, tout ça c’est l’Europe.
Résultat en 2010 : 60% des femmes européennes travaillent, alors qu’elles n’étaient que 53,6% en 2000. C’est le seul et unique objectif de Lisbonne que l’Union européenne a réussi à atteindre. Les femmes ont dont investi massivement le marché du travail, souvent armées d’un solide bagage universitaire (59% des diplômés en Europe sont des femmes). Mais c’est une fois arrivées sur le marché du travail que les choses se compliquent : elles sont sur-représentées dans des emplois peu reconnus donc peu rémunérés, travaillent souvent à temps partiel et se heurtent au plafond de verre. Et lorsqu’elles ont des enfants, beaucoup d’entre elles quittent le marché du travail. Ainsi, alors que selon toute logique l’accroissement du niveau d’éducation et du taux d’emploi des femmes aurait du avoir pour conséquences une amélioration de leur niveau de vie, il n’en est rien : en moyenne en Europe, l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes s’élève à 17,6%. Les différences entre les États membres sont considérables : l’écart de rémunération est de moins de 10 % en Italie, en Pologne, en Slovénie, de plus de 20 % en Slovaquie, en République tchèque, à Chypre, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Grèce et aux Pays-Bas, et de plus de 25 % en Estonie et en Autriche. Et le plus déprimant, c’est que cet écart ne s’est pas résorbé depuis 2000, au contraire, il a tendance à s’accroître. En d’autres termes, à l’échelle européenne, une femme doit travailler jusqu’au 22 février (c’est-à-dire 418 jours calendrier) pour gagner autant qu’un homme durant une année. Comme une image vaut mieux qu’un grand discours, la Fédération générale du travail de Belgique (FGTB) a lancé une campagne choc en 2007, soulignant qu’à partir de 15h05, les femmes travaillent gratuitement (en 2007, l’écart salarial entre hommes et femmes en Belgique était de 25%).
La campagne était également sous format vidéo :
Cette année, la FGTB a décidé de mettre en avant les conséquences d’un salaire moindre pour les femmes sur le ménage. En temps de crise, l’argument économique est assez intéressant :
Femmes européennes, le tableau n’est pas si noir. Car même si les stéréotypes ont toujours la vie dure, de nombreux exemples démontrent que la ségrégation professionnelle commence légèrement à s’effriter, au bénéfice des hommes comme des femmes : les femmes se rêvent aussi soudeuses, les hommes aides-maternelles. Il ne reste plus qu’à faire évoluer la langue française pour faire apparaître des sages-hommes, des entraîneuses (de foot), des puériculteurs, des chauffeuses (de bus). Petite parenthèse : remarquez comme certains métiers, une fois féminisées, n’ont plus vraiment la même signification.
Et pour finir en beauté, voici l’excellente campagne de Skills Belgium :
Et si la crise était une chance ?
Données générales sur l’égalité entre les femmes et les hommes
60% des femmes travaillent contre 73% des hommes, mais il existe des différences importantes entre les Etats membres : 37,4% à Malte et 74,3% au Danemark
59% des diplômés sont des femmes mais il existe toujours des différences au niveau du genre par rapport aux domaines d’études, notamment les études d’ingénieur (18% de femmes diplômées) et informatique (20% de femmes diplômées), alors que les femmes sont prédominantes dans les études de commerce, de droit et d’administration (60%)
31,1% des femmes travaillent à temps partiel contre 7,9% des hommes
les femmes avec enfants travaillent moins que les femmes sans enfant (-11,5 points), alors que les hommes avec enfants travaillent plus que les hommes sans enfant (+6,8 points)
35% des Députés européens sont des femmes
33% des Commissaires européens sont des femmes
3% des Présidents des conseils d’administration des entreprises côtées en bourse sont des femmes
11% des membres des conseils d’administration des entreprises côtées en bourse sont des femmes
Au début, les hommes ont vu leur taux de chômage augmenter plus rapidement que celui des femmes. La raison en est simple : les secteurs les plus touchés en premier, à savoir l’automobile, la métallurgie et la construction, connaissent une sur-représentation d’hommes. Cependant, ces derniers mois, les taux de chômage des femmes et des hommes ont crû au même rythme, reflétant une extension de la crise à d’autres secteurs caractérisés par une plus grande mixité. En outre, dans une bonne dizaine d’États membres, le chômage reste plus élevé parmi les femmes, qui sont traditionnellement plus menacées par la pauvreté, notamment les mères isolées et les femmes de plus de 65 ans. Une étude récente a d’ailleurs dévoilé que le wallon le plus pauvre était une femme. De plus, comme le secteur public emploie beaucoup de femmes, un nombre disproportionné d’entre elles pourraient perdre leur emploi à la suite de coupes budgétaires. Et pour finir, ces pertes d’emploi dans le secteur public auront certainement des conséquences sur l’offre en matière de gardes d’enfants ou d’aide aux personnes, pénalisant en majorité des femmes. La sortie de crise s’annonce également assez difficile : selon la Commission européenne, « l’expérience des crises précédentes montre que le taux d’emploi des hommes se redresse généralement plus rapidement que celui des femmes. En cas de perte d’emploi, le risque de ne pas retrouver de travail est plus élevé pour les femmes. »
L’avenir ne s’annonce donc pas rose du tout. Pourtant, dans une résolution sur l’égalité entre les femmes et les hommes adoptée le 10 février dernier, le Parlement européen, tout en tirant la sonnette d’alarme « sur la nécessité d’intégrer les politiques d’égalité entre les femmes et les hommes dans les plans de relance européens, nationaux et internationaux de lutte contre la crise », a tenu à souligner que cette crise pouvait également représenter une opportunité « pour faire de l’Union une économie plus productive et innovante et une société prenant davantage en compte l’égalité entre les femmes et les hommes, si les politiques et les mesures adéquates étaient adoptées ».
Pourquoi une opportunité ? Parce que c’est au moment où tous les modèles traditionnels sont remis en cause que des petites révolutions peuvent s’effectuer. Alors au lieu de sacrifier les politiques d’égalité entre les hommes et les femmes sur l’autel de la crise, les gouvernements et l’Union européenne auraient plutôt tout à gagner à introduire plus de mixité dans tous les domaines professionnels, à créer de nouveaux emplois dans les services d’aides aux personnes, à créer un congé de paternité, etc... Pourquoi tout à gagner ? Parce que selon des études récentes, les entreprises avec le plus de mixité dans leurs organes dirigeants sont plus performantes que les autres et sont donc celles qui ont souffert le moins de la crise. De là à dire que si Lehman Brothers s’était appelé Lehman Sisters, et que si les traders n’étaient pas en majorité des hommes, la crise n’aurait jamais existé, il y a un pas que nous n’allons pas franchir. Mais la solution à une sortie de crise plus rapide et plus effective réside sûrement dans une autre vision de la haute finance et des entreprises, et cette autre vision peut être apportée entre autres par des femmes. Pensez-y.
Violence contre les femmes : on peut l’arrêter !
La violence contre les femmes, sous toutes ses formes, est un obstacle majeur à l’égalité entre les femmes et les hommes et constitue une violation des droits humains. Rappelons que dans l’Union européenne, au moins deux femmes sur dix ont subi des violences physiques au moins une fois dans leur vie d’adulte et qu’environ une sur dix a été victime de violences sexuelles. La majorité de ces actes de violence sont perpétrés par des hommes qui font partie de leur entourage immédiat, le plus souvent leur partenaire ou ex-partenaire. Abstraction faite de la souffrance humaine, cette violence a aussi des conséquences sociales et financières graves, avec des coûts élevés pour le secteur de la santé, les services sociaux, policiers et judiciaires et le marché du travail. L’Espagne, à la tête de l’Union européenne depuis le 1er janvier 2010, a placé la lutte contre la violence envers les femmes au cœur de ses priorités. Pour améliorer la capacité de l’Union à éradiquer la violence sexiste, Madrid compte en effet mettre en place trois nouveaux outils : un Observatoire européen, chargé du diagnostic et de la collecte de donnée, un « Ordre européen de protection des victimes », destiné à améliorer la sécurité des femmes menacées et un numéro d’appel unique européen. Des réunions ont déjà eu lieu avec les ministres responsables des autres États membres pour mettre en place effectivement ces mesures, le secrétaire d’État espagnol à l’Intérieur, Antonio Camacho déclarant récemment que « l’éradication de la violence à caractère sexiste doit être un objectif indiscutable de l’UE ». De son côté, le Parlement européen a demandé à la Commission européenne de créer dans les cinq prochaines années une Année européenne de lutte contre la violence envers les femmes pour sensibiliser les citoyens européens à ce phénomène. En effet, encore trop souvent, les femmes victimes de violence n’osent pas porter plainte et dénoncer leur agresseur. Or, il est grand temps de changer les mentalités pour que ce fléau qui touche toute la population européenne sans distinction de barrières géographiques, économiques, culturelles ou sociales disparaisse.
Un enfant, si je veux et quand je veux !
Pour beaucoup d’entre nous, l’avortement est un acquis, un droit qui ne peut être remis en cause que par une frange de plus en plus réduite de la population européenne. Quand on sait de plus que 24 États membres de l’Union sur 27 ont légalisé l’avortement, on se dit qu’on peut dormir sur nos deux oreilles et que nos aïeules se sont bien battues pour nous. Or, sachez que depuis 2002 et un rapport très controversé d’Anne Van Lancker, plus aucun texte sur l’avortement légal au sein de l’Union européenne n’avait été adopté par le Parlement européen. Aucun problème pour parler en général des droits sexuels et reproductifs, ni pour souligner que les avortements illégaux dans les États tiers étaient un risque pour la vie des femmes, mais pour l’avortement dans l’Union européenne, motus et bouche cousue. La droite conservatrice opposait un tel barrage que certaines Députées se réjouissaient du manque de compétence de l’Union européenne en matière d’avortement. Huit longues années de silence sur le sujet, jusqu’au 10 février dernier, jour où le Parlement européen a adopté le rapport de Marc Tarabella sur l’égalité entre les femmes et les hommes en 2009, avec son paragraphe insistant « sur le fait que les femmes doivent avoir le contrôle de leurs droits sexuels et reproductifs, notamment grâce à un accès aisé à la contraception et à l’avortement ». Dire que ce paragraphe était controversé est un euphémisme : le débat sur le rapport a été presque entièrement dédié à cette question. Le Parti Populaire Européen (PPE) avait pour consigne de voter contre ce paragraphe et, si ce dernier était adopté, de voter contre le rapport en entier. Mais une partie du PPE a refusé de suivre les consignes de vote et s’est allié avec le groupe Socialiste et Démocrate, les Verts, l’ALDE et la GUE pour adopter ce paragraphe et le rapport en entier. 57% des Députés présents ont montré leur attachement au droit à l’avortement, révélant ainsi que le nouveau Parlement européen, plus féminisé, était également plus progressiste. Cependant, il faut rester vigilant : ce droit ne cesse d’être remis en cause.
Et les hommes dans tout ça ?
L’égalité entre les hommes et les femmes, comme son nom l’indique, n’est pas qu’un combat de femmes. De nombreux hommes s’en sont rendu compte et s’y investissent également. Ainsi, ce sont des Québecois qui ont créé en 1991 la campagne du ruban blanc, suite au meurtre de 14 élèves d’une école polytechnique de Montréal. Le 6 décembre 1989, un individu armé d’un fusilmitrailleur s’était introduit dans une salle de classe de l’école et, après en avoir fait sortir les garçons, il avait fait feu sur les filles en criant « Je hais les féministes », avant de retourner l’arme contre lui. En souvenir de cette journée tragique, le 6 décembre est devenu au Canada la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes. Depuis, au Québec, en Suisse, en France et en Belgique, chaque année les hommes sont invités à porter un ruban blanc entre les 25 novembre et le 6 décembre. Ce ruban blanc symbolise leur engagement personnel de ne jamais commettre un acte de violence contre une femme et de ne jamais cautionner ou passer sous silence des actes de violence contre des femmes faits par d’autres hommes.
Le 23 février dernier, les Députés Verts du Parlement européen ont lancé une campagne coup de poing en faveur du congé de paternité : ils sont arrivés avec leurs jeunes enfants et des énormes ballons portant le sigle « Dads are parents too ! ». Ce qui apparaît comme l’énoncé d’une évidence était en réalité un appel à la mobilisation en faveur de la création d’un congé de paternité de deux semaines entièrement rémunérées et non transférables à la mère. Ce congé de paternité n’existe pas dans tous les pays européens, et lorsqu’il existe, il est souvent ridiculement court et non rémunéré. Or, la paternité est un droit. La création d’un congé de paternité permettra aux hommes de partager avec leur conjointe les bonheurs d’une nouvelle naissance, de nouer des relations fortes avec leur enfant dès la naissance, d’expérimenter une paternité plus aboutie, plus épanouie et le couple trouvera un nouvel équilibre. Les Députés membres de la commission du droit des femmes et égalité des genres ont adopté cette disposition, mais le Parlement européen doit encore se prononcer sur la question fin mars.
La mobilisation des hommes en faveur d’une plus grande égalité est lente mais réelle. Zapatero a été le premier homme politique à se proclamer féministe. En mettant un place un gouvernement entièrement paritaire et en faisant adopter des lois novatrices, a fait de son pays le nouveau fer de lance européen de l’égalité entre les femmes et les hommes. José Manuel Barroso va prochainement lancer la création d’une Charte européenne du droit des femmes. Et le nombre de Députés membres de la commission droit des femmes et égalité des genres du Parlement européen a doublé. Bon, il n’est passé que de 2 à 4, sur 61 membres, mais c’est un réel progrès.
Il reste encore beaucoup de progrès à faire pour que l’égalité entre les hommes et les femmes soit une réalité, mais une dynamique réelle est à l’oeuvre : mobilisation claire de la Présidence espagnole, Parlement européen plus progressiste, nouvelle commissaire européenne à l’égalité des genres, tout annonce une prise en compte plus effective de l’égalité dans l’Union européenne. Il ne reste plus qu’à espérer que les actes seront à la mesure des promesses.
Crédits photo du logo : FGTB Crédits photo de l’affiche « As from 3 women work for free » : Mortierbrigade










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