La première des menaces pesant sur l’Union européenne est que ses peuples ne suivent plus. A gauche comme à droite, les opinions ne comprennent plus rien à ce machin dont plus personne ne peut savoir qui le pilote. Est-ce la Commission ? Théoriquement oui, mais elle est toujours plus marginalisée par le Conseil, l’assemblée des vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement. Est-ce, alors, ce Conseil européen qui est aux commandes ? Pas beaucoup plus car deux personnalités comptent double en son sein, le président français et la chancelière allemande qui ont un certain mal à s’entendre.
Les Euros aux états généraux du renouveau
Dans le cadre des états généraux du renouveau , qui auront lieu à Grenoble du 18 au 20 juin, Euros du Village France organise un débat exceptionnel.
LA FIN DE L’UE EST-ELLE POSSIBLE ?
Centre de Congrès Alpexpo, samedi 19 juin à 11h30
INTERVENANTS :
-Jean-Pierre Jouyet, président de l’AMF, ancien secrétaire d’Etat aux affaires euroépennes,
-Bernard Guetta, journaliste français, spécialiste de géopolitique internationale et prix Albert Londres.
Le débat sera animé par Mathieu Collet, président du groupe Euros du Village
Il n’y a pas qu’un problème de perception par les opinions. Bâti au fil de décennies par addition de strates et élargissement de compétences, cet appareil de l’Union n’est pas qu’illisible. Il est byzantin, fonctionne mal, et les citoyens européens ont le sentiment, parfaitement fondé, de ne pas avoir de contrôle sur ses décisions et de ne pas pouvoir le sanctionner par leurs votes. Bien qu’animée par les élus nationaux, la machine européenne devient un instrument de confiscation de la démocratie d’autant plus rejeté que la première décision politique commune qu’elle ait prise a été d’imposer des mesures d’austérité budgétaire dont le bien fondé est, au moins, discutable.
Hier assimilée au libéralisme, l’Union l’est, désormais, à la rigueur. Elle en est de moins en moins populaire mais ce n’est pas tout. Au-delà de son dysfonctionnement structurel et de ses politiques du moment, elle souffre de trois autres maux, autrement plus profonds. Elle n’arrive toujours pas à intégrer à son fonctionnement l’incontournable réalité de la résurrection de l’Allemagne comme puissance politique. Elle unit, aujourd’hui, trop de pays trop différents par leurs niveaux de développement et leurs cultures politiques pour pouvoir se projeter dans l’avenir. Ses citoyens, surtout, souffrent d’une fatigue historique - question d’âge et de cycles - qui les incite plus à chercher le confort du repli que l’aventure d’une Renaissance continentale à imposer contre vents et marées.
L’Union peut se défaire mais ce serait simplement dramatique. Ses pays y perdraient toute possibilité de peser sur une scène internationale que dominent déjà les pays continents. Non seulement ils connaîtraient le destin de la Grèce antique en devenant des puissances déchues mais leurs citoyens se priveraient, là, de l’unique moyen de reconstituer une puissance publique de taille assez grande pour soumettre un marché internationalisé à des règles sociales, fiscales et environnementales. Beaucoup ne savent pas le voir à gauche mais l’affirmation politique de l’Europe est le seul projet de gauche qui vaille aujourd’hui car elle seule pourrait contribuer à rétablir un rapport de forces entre le capital et le travail, entre la jungle et la cité, entre le marché et la démocratie. C’est pour cela que les libéraux les plus conséquents haïssent cette utopie créatrice qu’il faut s’atteler à sauver en organisant la démocratie européenne.
Il y a tous les moyens de le faire. Il suffirait pour cela que, choix contre choix, des partis paneuropéens s’affrontent sur de vrais programmes lors des élections européennes, que le gagnant impose son candidat à la présidence de la Commission qui deviendrait alors le gouvernement - élu et responsable devant l’électorat européen - d’une Union politique de l’Europe.
Cet article est également paru dans Libération, édition du 16 juin 2010


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