La candidature de Tony Blair à la présidence du Conseil européen créée par le Traité de Lisbonne semble bel et bien morte. C’est ce qui ressort des conclusions officieuses du Conseil européen du 30 octobre dernier, même si aucune décision formelle n’a encore été prise. Trop britannique, atlantiste et symbole de la guerre en Irak pour certains, trop libéral (alors même qu’il fait officiellement partie de la famille social-démocrate) pour d’autres, et enfin trop connu, autoritaire et entreprenant pour beaucoup, l’ancien premier ministre britannique n’a donc pas su créer un consensus autour de sa personne parmi les dirigeants nationaux. Le coup de grâce est semble-t-il venu de sa propre famille politique social-démocrate (dont il s’est il est vrai beaucoup éloigné), pour qui il symbolise la guerre en Irak et le libéralisme économique. Refusant le poste de président du Conseil, les dirigeants socialistes ont au contraire exigé d’obtenir le poste de Haut Représentant pour la politique étrangère, et auraient même fortement défendu la nomination du ministre des affaires étrangères britannique David Miliband... deux éléments qui rendent toute nomination de Tony Blair caduque. Mais qui sera donc choisi pour remplacer Tony Blair, seul candidat ouvertement déclaré pour l’instant, même si d’autres, comme le luxembourgeois Jean-Claude Juncker, ont du mal à cacher leur envie ? Les rumeurs colportées après le Conseil européen font état d’un accord sur un dirigeant issu du Bénélux, ce qui, à première vue, ouvre tout grand la porte aux deux candidats naturels, les deux personnalités au profil le plus européen, Jean-Claude Juncker ou le Belge Guy Verhofstadt, voire au premier ministre néerlandais Jan-Peter Balkenende. Et bien que nenni, le nom qui se détache serait celui du premier ministre belge Herman Van Rompuy, un choix apparemment surprenant puisque ce-dernier est très largement inconnu en Europe et dans le monde. Mais c’est justement cette caractéristique qui rend cette possible nomination pas si surprenante que cela, signifiant que les Etats membres préfèrent une personnalité effacée qui se cantonnerait à un rôle de coordinateur à une personnalité forte à même de leur faire de l’ombre... L’autre enseignement de ce choix officieux est que les voix de la politique européenne sont décidément impénétrables, et que le favori est souvent évincé au profit d’un inconnu, à l’image du choix de Barroso comme président de la Commission à la place de Verhofstadt en 2004. Mais à côté de ces enseignements, le choix potentiel du duo Van Rompuy - Miliband pose aussi deux questions : d’une part celle de la place faite aux femmes dans la nouvelle architecture institutionnelle européenne, puis que tous les postes d’envergure (président de la Commission, du PE, du Conseil européen et Haut Représentant) seraient occupés par des hommes ; et d’autre part celle de l’avenir de la Belgique, qui se retrouverait privée d’un premier ministre consensuel et aurait alors vite fait de replonger dans le psychodrame politique... Qui pense à nos amis belges, qui ?
Voir notre « dossier spécial Traité de Lisbonne »
(Photo : Luc Van Braekel, flickr.com)










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