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Boris Grigić, Ambassadeur de la Croatie en Belgique : « Nous allons renforcer la position des petits pays ».

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Il y a quelques jours, à la demande de José Manuel Barrosso, Président de la Commission européenne, les chapitres de négociations pour l’adhésion de la Croatie à l’Union européenne ont été clos. A présent le Traité d’adhésion est en cours de traduction dans les 23 langues officielles et devrait être ratifié par les vingt-sept Etats-membres dans les mois à venir. Suite à cela, et selon la constitution Croate, un référendum devrait avoir lieu dans les trente jours suivant cette ratification. Pour le moment, il est prévu (selon l’Ambassadeur Boris Grigić) pour le mois de décembre 2011. Si une majorité de Croates votent en faveur du Traité d’adhésion de leur pays, ce qui semble être actuellement le cas, la Croatie sera au 1er juillet 2013 le 28ème pays à rejoindre l’Union européenne, et le second pays de l’Ex-Yougoslavie. Euros du Village revient sur le long processus d’adhésion, l’espace Schengen, la zone euro et la possible entrée dans l’UE de la Serbie avec S.E. M. Boris Grigić, Ambassadeur de la République de Croatie à Bruxelles.


De quoi parle-t-on ?

Acquis communautaire : L’acquis communautaire correspond au socle commun de droits et d’obligations qui lie l’ensemble des Etats membres au titre de l’Union européenne. Pour intégrer l’Union européenne, les pays candidats sont dans l’obligation de transposer l’acquis dans leurs législations nationales et de l’appliquer dès leur adhésion effective.

Chapitres de négociations : Pour les négociations d’adhésion de la Croatie, 35 chapitres ont été ouverts et refermés après accord des deux parties. Ces trente-cinq chapitres couvrent l’intégralité du droit communautaire (liberté de circulations des personnes, agriculture et le développement rural, environnement…).

Procédure de suivi : C’est une toute nouvelle procédure demandée par certains pays membres afin de s’assurer que la Croatie respectera les engagements pris lors des négociations d’adhésion jusque son adhésion officielle en juillet 2013. Si lors de cette procédure il est estimé que la Croatie ne respecte pas ses engagements elle pourrait se voir supprimer certaines des aides financières que lui verse la Commission européenne. Cela pourrait même (au pire des cas) repousser l’entrée de la Croatie au sein de l’UE.


Boris Grigić en quelques dates.

Boris Grigić est arrivé à Bruxelles en 1993 en tant que Conseiller à l’Ambassade de la République de Croatie. Après avoir occupé d’autres fonctions importantes, il devient de 1998 à 2001 Ministre plénipotentiaire / Chef Adjoint de la Mission de la République de Croatie auprès des Communautés européennes. Puis de 2006 à 2007 il est le Chef du Groupe de travail pour le chapitre 35 dans les négociations d’adhésion avec l’UE et est, depuis 2007, Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire auprès du Royaume de Belgique et le Grand-Duché de Luxembourg.

La procédure d’adhésion de la Croatie a pris six années. Avez-vous le sentiment que la Croatie a « payé » le manque de vigilance de l’Union européenne, notamment en termes de lutte contre la corruption, envers la Roumanie et la Bulgarie qui ont été admises sans être véritablement « prête » ?

En effet, la Commission et les Etats membres se sont rendus compte qu’il fallait structurer la procédure qui n’était pas parfaite et malheureusement cela s’est produit au moment de nos négociations. Donc maintenant le système est beaucoup plus strict mais aussi beaucoup plus objectif, avec des contrôles dans chacune des phases des négociations et l’on peut être sûr à la fin que tout est en ordre. C’est aussi la garantie pour nous d’avoir introduit tout ce qui était nécessaire pour entrer dans le club. Les négociations sont moins politiques mais un peu plus longues et la décision finale se fait sur base de nombreux documents, même s’il reste une place pour le politique. La Croatie a servi d’entrainement pour la Commission avec ce nouveau système. La Croatie a mis la barre des exigences plus haute et l’a passé.

La mise en « conformité » juridique avec l’UE des 27, ou acquis communautaire demande des restrictions, des sacrifices et parfois également des changements de mentalité. Quels chapitres des négociations ont été les plus difficiles à mettre en œuvre de votre point de vue ?

Deux ou trois chapitres ont été plus difficiles que le reste. Le chapitre sur l’environnement en particulier, non pas que nous ne voulions pas réécrire nos lois environnementale mais la mise en conformité demande beaucoup d’argent, pour les systèmes d’irrigation ou de retraitement des eaux par exemple.

Un autre chapitre difficile, d’un point de vu économique, a été le chapitre 8, celui sur la compétition. Nous avons eu des problèmes avec nos chantiers navals. C’est une tradition que nous avons sur la côte adriatique, nous y construisons des bateaux depuis toujours. Maintenant avec les chantiers modernes nous faisons face à la concurrence de la Chine et de la Corée qui sont moins chères. Nos chantiers reçoivent donc l’assistance de l’Etat sous forme de garanties ou d’argent, ce qui va à l’encontre des règles communautaires. De plus, avec la crise économique et financière depuis quelques années cela n’a pas été facile de trouver des investisseurs privés pour acheter les chantiers.

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Siège du ribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye

Il a été longtemps reproché à la Croatie de ne pas coopérer avec le TPIY, notamment pour la capture de criminels de guerre. Cela a reporté le début des négociations.

Source : MoRsE

Il y a aussi le fameux chapitre 23 « justice et droits de l’homme », qui n’a pas été difficile pour ce qui est d’accepter l’acquis communautaire, car la Croatie est déjà membre de toutes les conventions européennes sur le sujet. Le problème est surtout de prouver que nous nous battons vraiment contre la corruption et contre le crime organisé. Et bien sûr il y a eu la question de notre collaboration avec le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye pour les crimes de guerre. Cela a été un point très sensible car nous avons eu la guerre, mais pour nous défendre de l’agression de la Serbie du temps de Milošević et de la rébellion des Serbes en Croatie. Pour notre population il a été très difficile d’accepter que même lorsque l’on se défend on peut commettre des crimes. Cela a été un sujet très sensible pour la population car pour eux les combattants croates sont des héros de la patrie.

Certains pays membres, les Pays-Bas en tête, ont demandé la mise en place d’une procédure de suivi jusqu’à l’adhésion officielle de votre pays. Qu’en pensez-vous ?

Pour nous ce qui est important c’est que les chapitres de négociations sont clos, que la traduction de notre traité [d’adhésion] dans toutes les langues officielles est en cours. Donc nous n’avons pas de problème avec cela, nous avons décidé de continuer nos changements et nos réformes pour améliorer la vie des gens en Croatie et pas juste pour plaire à l’Union européenne. Donc bien entendu nous allons faire le suivi. Nous acceptons les changements car ils sont bons pour la Croatie.

Lors du Sommet européen du 23 juin dernier les Etats-membres ont adopté un accord permettant de rétablir un contrôle des personnes aux frontières nationales en cas de pression « migratoire exceptionnelle ». Cette décision exprime également la défiance de certains pays du nord envers ceux du sud quant à leur capacité à garder les frontières européennes. Vous sentez-vous prêts à entrer dans l’Espace Schengen ?

Nous sommes prêts à entrer dans l’espace Schengen. La frontière donnant sur la mer ne sera pas vraiment problématique pour nous car elle est un peu plus loin des zones de migrations qui posent des problèmes en Méditerranée, il y a d’abord Malte ou Lampedusa ou même la Sicile. Sur le continent nous aurons un soutien de la Commission européenne au niveau technique, de l’équipement et de la formation de nos hommes. Donc, nous n’envisageons pas de problème particulier.

L’un des autres grands sujets de ce Conseil était bien évidemment le nouveau plan de « sauvetage » de la Grèce. La Croatie souhaitera-t-elle faire partie de la zone euro, qui en ce moment est une zone de turbulence ?

Oui, absolument. En ce moment il y a des problèmes au sein de la zone euro, mais ils ne sont pas là à cause de l’euro lui-même, mais parce que certains pays n’ont pas été pas vigilants sur leur dette. Ils n’ont pas respecté les règles, maintenant il faut payer. La Croatie a un grand intérêt pour la zone euro. D’un côté nous avons beaucoup d’échanges commerciaux avec l’Italie, l’Allemagne et l’Autriche, et d’un autre côté beaucoup de touristes viennent de la zone euro et le tourisme représente 20% du PIB de la Croatie.

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Drapeaux de l’UE et de la Croatie

Le drapeau de la Croatie et le drapeau européen, sur un immeuble du ministère des Affaires étrangères et de l’Intégration européenne, à Zagreb. Un signe de plus du souhait du pays d’accéder à l’UE.

Source : Bogdan Giuşcă

L’Union européenne s’est construite historiquement pour assurer la paix sur le continent et réconcilier les anciens ennemis. Si la Serbie devait rejoindre le club européen, pensez-vous que la population Croate sera à l’aise avec cela ?

Je pense qu’une grande majorité des croates n’aura pas de problème avec ça. Nous avons vécu ensemble pendant des décennies. En Croatie, comme en Serbie ou en Bosnie-Bosnie-Herzégovine, il y a beaucoup de mariages mixtes. C’est vrai que la situation des années 90 a été difficile, Milošević a empoisonné l’atmosphère. Aujourd’hui les relations sont redevenues normales, nous avons des relations commerciales, des relations sociales et familiales qui se développent à nouveau. Evidemment chaque jour ces mauvais souvenirs s’éloignent, et dans dix ans -le temps probable dont la Serbie aura besoin avant de pouvoir faire parti de l’Union européenne- ces événements tragiques seront encore plus dans le passé, donc il ne devrait pas y avoir de problème.

Selon vous, où doit s’arrêter l’élargissement ?

Tous les pays européens peuvent devenir membres une fois toutes les conditions remplies. La limite géographique n’est pas vraiment claires mais je pense que certains pays comme la Biélorussie, l’Ukraine, la Moldavie peuvent devenir membres. Il est important selon moi de faire partie géographiquement de l’Europe et d’avoir un comportement européen.

...donc pour vous la Turquie peut entrer ?

C’est une question de manière de vivre, il faut accepter les règles européennes. Il me semble que la Turquie est acceptée comme un pays européen. La Turquie a un morceau de son territoire sur le continent. J’ai l’impression que l’Union européenne a accepté le fait que la Turquie peut essayer de devenir un pays membre de l’Union européenne. Historiquement, les Turcs ont été présents en Croatie pendant des siècles.

Il s’agit vraiment des valeurs, si le pays est démocratique, s’il est séculaire, si c’est un Etat de droit, si le multipartisme et la transparence existe, s’il existe des droits pour les minorités, si l’acquis communautaire est là, si tous cela est présent, alors on ne peut pas refuser ce pays.

Alors que c’est plutôt l’euroscepticisme qui règne au sein des populations de plusieurs Etats déjà membres, les Croates sont-ils favorables à cette adhésion à l’Union européenne ?

Oui, oui absolument, la population veut devenir membre de l’Union européenne. Il y a 15 ans, 80% de la population était pour. Ensuite, après les différentes demandes de l’Union européenne, le taux a un peu baissé. Aujourd’hui, le chiffre est plutôt de 60% avant la campagne d’explication de ce que signifie notre adhésion à l’Union européenne, après la campagne officielle je pense que le chiffre remontera à 70%.

Que va apporter la Croatie à l’Union européenne ?

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La ville de Rovinj sur la mer Adriatique

Et 6000 km de côte sur l’Adriatique de gagnées pour l’UE, 6 !

Source : Minikti

Nous allons apporter tout ce que nous avons ! Une mer Adriatique très belle, cette tradition européenne que nous avons, bien qu’elle ait été coupée par différents régimes, une tradition culturelle. Nous allons probablement un peu renforcer le catholicisme dans l’Union européenne car la Croatie est à 80% catholique. Nous allons également renforcer la position des petits pays dont nous ferons partie. Nous avons eu un recensement il y a deux mois, dont les premiers résultats sont sortis il y a quelques jours. Il a été effectué selon les standards européens, à la différence du précédent qui date de 2001. Nous sommes 4 290 000 habitants. Nous apporterons également notre dynamisme mais aussi plus de sécurité. Avec notre adhésion la région sera un peu plus sure : notre connaissance de nos voisins sera très utile pour notre avenir, nous allons pouvoir expliquer aux autres pays européens la meilleure approche à avoir avec cette zone troublée et troublante.


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Un enthousiaste de l’adhésion croate
14 octobre 2011
11:01
Boris Grigić, Ambassadeur de la Croatie en Belgique : « Nous allons renforcer la position des petits pays ».

Sur la dernière question - ce qu’apporte l’adhésion de la Croatie à l’Union européenne, c’est aussi de renouer avec le premier objectif de la construction européenne : l’ancrage de la paix. Les Francais et autres « vieux européens » parlent souvent de ca de manière très théorique, historique, en noir et blanc. On oublie que les Croates de plus de 20 ans peuvent vous parler de la guerre !

Le pays a beaucoup changé depuis et a sans aucun doute le niveau pour entrer dans l’Union. Dommage que cela n’intéresse pas nos médias généralistes. Je me souviens du JT de France 2 qui, pour annoncer la conclusion des négociations, diffusa un reportage traitant de la présence de mines antipersonnel sur certaines portions du territoire croate. Un sujet sans doute important, mais quelle manipulation d’image ! On aurait pu parler de la beauté du pays, sa modernité, le mélange d’influences d’Europe centrale et méditerranéenne ou encore de la méthodologie stricte du processus d’adhésion, qui a amené le pays à se surpasser en matière de réformes. Mais non. A se demander si le reportage n’était pas financé par le lobby de la Côte d’Azur, inquiet de la concurrence des belles plages de Dubrovnik ! ;-)

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Directrice du développement Groupe, coordinatrice des rédactions

Après un Master en communication et négociation internationale à l’Université de Provence, et un Master en Journalisme politique et communication institutionnelle à l’international à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, Maha a rejoint le (...)

Sur internet

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Relations UE-Croatie

Site Commission européenne - Elargissement
Etapes du processus d'adhésion d'un pays à l'UE

Site officiel de la Croatie pour son entrée dans l’Union européenne
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