Connie Hedegaard
Peu connue sur la scène politique européenne avant sa nomination au poste de Commissaire européen en charge de la lutte contre le changement climatique et la conférence de Copenhague, Connie Hedegaard est pourtant une véritable personnalité au Danemark. Elle figurait en 2009 dans le classement des 100 personnalités les plus influentes de la planète aux côtés de B. Obama, A. Merkel ou encore C. Lagarde (Time magazine). Décrite comme dynamique, volontaire, brillante et connaissant bien ses dossiers, elle est également perçue comme incontrôlable. Membre de l’aile centriste du parti conversateur, « Connie », comme elle est simplement appelée par les médias de son pays en raison de son caractère bien trempé et de sa popularité, fut élue députée dès 1984 (en étant à l’époque le plus jeune membre de l’assemblée), avant d’entamer une carrière de journaliste puis d’être rappelée au gouvernement en 2004. Elle est actuellement ministre de l’énergie et du climat de son pays.
Le pari était osé mais risqué : en annonçant, à la fin novembre, la nomination de Connie Hedegaard au poste de Commissaire en charge de la lutte contre le changement climatique de sa prochaine Commission, Jose Manuel Barroso savait qu’il optait pour celle qui, quelques semaines plus tard, serait chargée de diriger les débats de la Conférence de Copenhague (COP15). Tout comme la création du nouveau poste, ce choix était sûrement destiné à symboliser la détermination de l’Union européenne à s’attaquer au changement climatique, notamment par une forte action sur la scène internationale. Ceci était d’autant plus vrai que « Connie », comme on l’appelle dans son pays, est connue pour son caractère dynamique et volontaire. Le galop d’essai s’est malheureusement avéré désastreux, avec un COP15 dont le déroulement a été critiqué de toutes parts et une Connie Hedegaard choisissant d’abandonner la présidence des débats au profit de son premier ministre. Alors qu’elle doit encore être confirmée à son poste de Commissaire par le Parlement européen au mois de janvier, l’autorité de « Connie », dont dépendront largement les pouvoirs réels liés à son portefeuille, est donc déjà sur la sellette.

- Négociations de Copenhague
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Au-delà de l’absence d’accord contraignant, la Conférence de Copenhague a été très largement critiquée pour son déroulement chaotique, dont était en charge la présidence danoise, et en particulier la ministre de l’environnement Connie Hedegaard.
(Photo : UN Climate Talks, flickr.com)
Hedegaard, victime collatérale d’un COP15 « anarchique »
La nouvelle, annoncée le 16 décembre au soir, a pris tous les délégués par surprise et a fait l’effet d’une bombe dans le monde habituellement si policé de la diplomatie : Connie Hedegaard, ministre danoise de l’environnement et à ce titre présidente de la Conférence des Nations Unies sur le Changement Climatique de Copenhague, dite COP15, décidait de passer la main à son premier ministre, Lars Loekke Rasmussen. Un changement uniquement motivé par des raisons de procédure, selon les deux intéressés, puisque l’arrivée de 119 chefs d’Etat et de gouvernement le lendemain exigeait que les négociations soient dirigées par une personne d’un statut similaire. Hedegaard, qui venait de passer deux ans à préparer une conférence attendue par tous comme le moment charnière dans la lutte contre le changement climatique, restait « représentante spéciale » de son gouvernement, chargée de faciliter un accord par des discussions plus informelles.
Les commentaires des participants et observateurs présents au sommet témoignaient pourtant d’un tout autre son de cloche : la démission de Hedegaard aurait été causée par les très dures critiques que sa conduite des négociations aurait suscitées, en particulier de la part du G77 (la coalition des pays en développement, qui regroupe en réalité 130 Etats), qui l’accusait de trop privilégier les intérêts des pays industrialisés. Le G77 lui reprochait notamment son utilisation abusive de groupes de contacts informels, censés faire progresser les négociations plus rapidement que le cadre officiel regroupant 192 nations, dans lesquels ils s’estimaient n’être pas justement représentés.

- Le changement climatique, une priorité politique pour les Européens
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Le changement climatique est devenu depuis quelques années un sujet de préoccupation majeur pour les citoyens européens. Un enjeu dont l’Union européenne se saisit de plus en plus, avec la constitution d’un poste de Commissaire qui lui est spécifiquement dédié.
(Photo : ItzaFineDay, flickr.com)
Au delà de Hedegaard, c’est l’ensemble de la conduite de la conférence par le Danemark qui a été largement dénoncée pour sa désorganisation, son intransigeance vis-à-vis des organisations observatrices (à qui l’on a souvent interdit l’accès aux négociations intergouvernementales) et sa fermeté excessive face aux manifestants. Les dernières heures de la conférence, dans la nuit de vendredi à samedi, se seraient déroulées dans la confusion la plus totale, certains la qualifiant même d’« anarchique » ou de « révoltante » (dixit le premier ministre néo-zélandais). Ayant totalement perdu le contrôle des débats, le premier ministre danois aurait d’ailleurs lui-même abandonné la présidence à l’ONU, fait quasiment sans précédent s’il est confirmé. Des critiques que certains considèrent comme injustes, tant le contexte était difficile et l’enjeu énorme, mais qui risquent de constituer une lourde casserole pour Hedegaard : Pourra-t-elle en effet représenter l’UE de manière crédible dans les négociations à venir, alors que les pays en développement l’ont manifestement prise en grippe ? Dans ses conditions, il n’est plus tout à fait à exclure que sa nomination soit rejetée par le Parlement européen en janvier, étant donné qu’il est probable que les eurodéputés rejettent « par principe » un candidat afin de mettre la pression sur la Commission. Connie Hedegaard pourrait bien en être la victime si les eurodéputés estiment que son autorité est trop entamée pour lui permettre de répondre aux défis de son poste.
Les enjeux qui attendent « Connie »
Le futur Commissaire en charge de la lutte contre le changement climatique ne devra en effet pas seulement traiter du problème global le plus pressant de notre temps, et dont la résolution semble avoir vécu un brutal coup d’arrêt avec l’échec du COP15. Il s’agira également de mettre en place un portefeuille qui n’existe pas encore : la Direction Générale du Climat, qui regroupera les services actuellement en charge du climat au sein de la Direction Générale de l’ Environnement, devra être créée de toute pièce avant l’été 2010. A travers cette réorganisation de l’administration européenne, c’est toute la coordination des politiques européennes qui devrait prendre une autre dimension. Les préoccupations liées au climat dans les différentes politiques de l’UE étaient jusqu’à présent au mieux prises en compte de façon technocratique (à travers l’étude d’impact environnemental), au pire ignorées. L’objectif de la création de la DG Climat et de l’installation d’un Commissaire spécifique est bien d’instaurer un véritable « monitoring climatique » de chaque politique européenne.

- Barack Obama et Hu Jintao
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Avec le retour des Etats-Unis dans le jeu des négociations sur le climat et l’avènement économique du géant chinois, la position de l’Europe comme « leader mondial de la lutte contre le changement climatique » est plus que remise en cause. Il lui faudra parler d’une voix forte et convaincante pour défendre ses vues et ses intérêts.
(Photo : rebuildingdemocracy, flickr.com)
En outre, le nouveau Commissaire sera chargé de la mise en oeuvre des mesures internationales de lutte contre le changement climatique (lesquelles devaient être décidées à Copenhague mais ont été repoussées à l’année 2010, voire plus tard) ainsi que de l’application du Paquet Energie- Climat adopté en décembre 2008. Dans cette optique, il devra collaborer étroitement avec ses collègues en charge de l’ Energie, de l’Industrie, de la Coopération, des Transports et du Commerce, autant de sujets cruciaux pour une politique climatique intégrée et vis-à-vis desquels le rôle du Commissaire sera de favoriser la prise en compte de l’impact sur le climat. On le voit, le succès du détenteur du nouveau poste dépendra donc beaucoup de sa personnalité, de son talent et de son autorité politique, d’autant plus qu’il ne disposera pas d’un gigantesque ministère du climat, comme peut l’avoir Jean- Louis Borloo en France, mais uniquement d’une petite administration. Hedegaard, si elle est confirmée, devra s’imposer politiquement face aux autres Commissaires possédant une expérience européenne, un portefeuille ou un poids politique plus importants. Que vaudra-t-elle face à un Michel Barnier ou un vice- président de la Commission ? Menacera -t’elle de démissionner si elle n’obtient pas raison dans les arbitrages, comme elle l’a fait à deux reprises au Danemark ?
Deux questions supplémentaires se posent également :
Quel rôle la nouvelle Commissaire tiendra-t’elle sur la scène mondiale ? Non directement placée sous l’autorité de la Haute Représentante pour la politique extérieure, sera -t’elle en première ligne lors des négociations internationales sur le climat pendant son mandat ?
Quelle communication sur le changement climatique ? Considéré comme une préoccupation majeure par de plus en plus d’Européens et comme un des domaines où ils attendent le plus de l’action de l’UE, le changement climatique occupe aujourd’hui l’espace médiatique. A ce titre, la communication très active de Connie Hedegaard, qui est une utilisatrice habituée des blogs et de Twitter, ainsi que son expérience de journaliste pourraient être des arguments de poids en sa faveur.
On le voit, beaucoup de questions liées au poste de Commissaire en charge du changement climatique restent en suspens, mais une chose est certaine : pour Connie Hedegaard, le chemin de Bruxelles passait d’abord par Copenhague. Il n’est pas impossible qu’elle se soit définitivement perdue en route.
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Logo : World Resources, flickr.com










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