Quels sont les enjeux ?
Le réchauffement climatique représente une menace grave et urgente pour la planète et l’humanité, et sera au cœur des négociations à Copenhague. Le constat selon lequel nous faisons face à un changement climatique « anormal », c’est-à-dire non créé par la nature elle-même mais dû à l’activité humaine, est largement accepté, bien que quelques sceptiques demeurent. Concrètement, les scientifiques observent une augmentation sans précédent des températures à l’échelle mondiale, l’élévation du niveau des mers et des océans, la fonte des calottes polaires ainsi que, entre autres évènements, des phénomènes météorologiques extrêmes. Comme l’indique le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), ces changements sont en grande partie dus à l’augmentation de la concentration de gaz à effet de serre présents dans l’atmosphère entraînée par des activités humaines très émettrices de ces gaz, comme la déforestation et la combustion de carburants fossiles. Le but des négociations est donc d’établir un cadre international pour réguler et réduire les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle de la planète. Un cadre international est en effet nécessaire car les effets climatiques de l’activité humaine ne connaissent pas de frontières, et c’est bien l’environnement mondial qui est en jeu. Les émissions de gaz à effets de serre d’un pays sont potentiellement aussi néfastes pour ses voisins que pour lui-même, de même que les bénéfices de la réduction de ces émissions. Tout le monde partageant les conséquences de ces « externalités », il faut leur fixer un prix, ou du moins un cadre commun.
Les acteurs en présence Malgré tout, bien que qu’aucun Etat ne soit épargné par le changement climatique, tous ne partent pas sur un pied d’égalité. Quelques pays ou groupes de pays jouent un rôle de leader en matière de réduction des émissions de carbone, tandis que d’autres, de par leur taille et leur capacité industrielle, causent d’immenses dégâts. Certains Etats jouissent d’un développement économique et technologique, et enfin d’une situation financière bien plus favorable que d’autres, ce qui leur permet plus facilement de s’engager en faveur d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre. Enfin, tous les pays ne subissent pas exactement de la même manière les effets du changement climatique : la palette va de ceux qui se voient menacés de disparition (comme certaines îles en raison de la montée des eaux) tandis que d’autres, comme la Russie, ont pu croire un temps que le réchauffement leur serait bénéfique. Ces éléments jouent sur la perception que les différents Etats ont du changement climatique et donc rendent les positions au sein des négociations potentiellement divergents – rendant d’autant plus difficile la perspective d’un accord.
L’Union européenne se considère depuis longtemps comme un leader dans le domaine de l’environnement et a sans aucun doute fait de son mieux pour mériter ce titre à l’approche du sommet de Copenhague. Il y a de cela presqu’un an, l’UE s’engageait à réduire de 20% ses émissions de CO2 (par rapport à 1990) à l’horizon 2020. En outre, elle entend faire progresser la part des sources d’énergies renouvelables pour atteindre 20% de la quantité totale d’énergie consommée sur le territoire communautaire. Et ce n’est pas tout : l’UE a consenti à élever l’objectif de réductions des émissions à 30%, sous réserve d’engagements similaires de la part d’autres Etats.

- Les futurs héros en matière d’environnement ?
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Le président des Etats-Unis Barack Obama et la chancelière allemande Angela Merkel ont la possibilité de faire aboutir le sommet de Copenhague à un résultat ambitieux et décisif.
Photo : Barack Obama, flickr.com
Les Etats-Unis ont perdu leur place de leader dans le domaine de l’environnement depuis que le gouvernement Bush a refusé de signer le protocole de Kyoto. Il n’en demeure pas moins qu’un engagement significatif de la part des Etats-Unis est à la base de la réussite du sommet de Copenhague, et ce pour deux raisons principales. Premièrement, les Etats-Unis sont les deuxièmes plus gros pollueurs de la planète, après la Chine. Deuxièmement, si les Etats-Unis ne font plus figure de leader sur le sujet de l’environnement, ils n’en restent pas moins une puissance mondiale sur tous les plans. De nombreux pays, la Chine en particulier, attendent que les Etats-Unis annoncent leurs objectifs pour affirmer leur engagement en faveur de réductions des émissions de carbone. L’administration Obama s’est préconise une réduction ambitieuse de 80% des émissions de gaz à effet de serre (par rapport à 1990) d’ici à 2050. Toutefois, cet engagement doit encore être ratifié par le Sénat américain avant qu’il n’entre dans la législation américaine.
La Chine est le plus gros pollueur de la planète, notamment en raison de son industrialisation rapide et de sa dépendance lourde envers les centrales au charbon qui fournissent 70% de son énergie. Avec une économie basée en grande partie sur les exportations, la Chine est souvent surnommée « l’usine du monde », celle qui produit des biens et qui les expédie dans le monde entier. Cela signifie qu’une grande partie du CO2 émis est lié à des biens consommés en dehors du pays… ce qui pousse la Chine argumenter que les pays industrialisés devraient assumer une part proportionnellement plus importante du financement de réductions des émissions de gaz à effet de serre, car ils sont les consommateurs de ces produits donc la confection a un tel impact. Alors que la Chine doit désormais adopter des objectifs précis, elle prévoit d’utiliser 15% d’énergies renouvelables à l’horizon 2020, comparé à 20% pour l’UE, mais sans engagement formel.
Les Etats africains rejoignent la Chine pour réclamer une plus grande prise en charge du financement de réductions des émissions par les pays développés, mais sur une ligne légèrement différente : l’Afrique n’est en effet responsable que d’une part minime des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, tout en étant une des premières victimes du réchauffement. Avant de réduire leurs propres émissions, ils souhaitent donc que les pays industrialisés s’engagent surtout en faveur de réductions drastiques d’émissions de leur propre côté. Estimant que les pays industrialisés ne s’engageaient pas assez, une cinquantaine de pays africains ont ainsi boycotté des réunions lors des dernières négociations de Barcelone, début novembre.
De nombreux autres Etats s’avèrent être eux aussi des acteurs clé de la CdP15. Le Brésil a manifesté des signes de solidarité avec les objectifs européens, bien qu’aucune alliance formelle n’ait été annoncée entre l’UE et le Brésil. Il ne faut pas non plus négliger le rôle de la Russie, de l’Inde et du Japon, respectivement quatrièmes, cinquièmes et sixièmes plus gros émetteurs de carbone.
Les ONG environnementales ont bien entendu plaidé en faveur d’engagements forts en vue du sommet de Copenhague. Les pourparlers sur le changement climatique de ces dernières années ont été régulièrement interrompus par des manifestations pour une ‘justice climatique’. Ce concept trouve sa source dans l’idée que le changement climatique a une importante dimension éthique, récupérée par les grands médias. Plus récemment, James Garvey écrivait dans le Guardian qu’ ‘ éviter de mesures contre le réchauffement climatique sous prétexte que ce serait trop coûteux revient moralement à attaquer physiquement autrui pour de l’argent’.
Enfin, il ne faut pas oublier ceux qui nient le changement climatique et qui pourraient susciter la controverse au cours de la Conférence. Parmi ces personnages désillusionnés, on compte le chef du Parti national britannique (BNP) Nick Griffin, le président tchèque Václav Klaus et l’ancien gouverneur de l’Alaska Sarah Pailin. Même si ceux-ci ne sont pas vraiment connus pour la rationalité de leurs jugements et de leurs convictions et que la quasi-totalité des Etats dans le monde reconnaissent le constat scientifique du changement climatique et de ses causes, l’on ne peut exclure que les « sceptiques » fassent entendre leur voix.

- Glaciers en fonte et élévation du niveau de la mer
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Les calottes polaires et les glaciers fondent à une vitesse alarmante, mettant en danger de nombreuses villes côtières.
Photo : Gerald Simmons, flickr.com
Les favoris
L’Union européenne va certainement tenter de mener les négociations à Copenhague, mais elle doit faire face à des divisions internes, un vieux problème se faisant particulièrement sentir lors de forums internationaux. Au cours du sommet des chefs d’État et de gouvernement européens qui s’est déroulé fin octobre, les Etats-membres d’Europe de l’Ouest et de l’Est étaient divisés sur la question du financement de la réduction des émissions de carbone. Les pays d’Europe de l’Est, plus pauvres, veulent que le partage de la charge financière entre les pays se fasse en fonction de leur richesse. Ils insistent sur le fait que si l’UE s’engage à débloquer des fonds pour aider des pays en développement hors-UE à réduire leurs émissions de carbone, elle devrait en faire autant pour ses membres les plus pauvres. En revanche, les Etats d’Europe occidentale préfèrent baser la répartition des coûts sur la quantité de carbone produite par chaque pays, à l’avantage de pays comme la France qui ont des sources d’énergie renouvelables plus performantes. Si l’UE parvient à un accord avant le début du sommet de Copenhague, elle pourra alors se présenter en vrai leader. Si toutefois l’UE ne peut présenter un front uni, son pouvoir de négociation en sera fortement affecté.
Bien que les objectifs de Barack Obama n’aient pas encore été approuvés par le Sénat, il faudra compter sur un certain degré de leadership américain à Copenhague, comme c’est généralement le cas pendant les réunions internationales. Il faut souligner que, lors de négociations qui ont mené au protocole de Kyoto, les Etats-unis avaient réussi à imposer l’instauration d’un marché du carbone (Carbon Emissions Trading System CETS). Celui-ci a d’ailleurs pris une curieuse tournure depuis, puisque les Etats-unis ont refusé de signer le protocole et que l’UE s’avère aujourd’hui être la meilleure utilisatrice de ce système de bourse, auquel elle s’était d’abord opposée. Sur le plan symbolique, l’aura de nouveauté autour de l’élection de Barack Obama est loin de s’être volatilisée : on attendra de lui qu’il imprime son orientation sur le débat. Cependant, on sait depuis peu que son projet de loi sur l’environnement sera soumis cinq semaines durant à une évaluation des coûts, ce qui signifie qu’il ne pourra probablement pas être voté avant 2010. Il s’agit d’un revers de taille, car même si la position d’Obama est claire, il ne sera pas légalement en mesure de se signer quoi que ce soit sans l’accord du Sénat.
A garder à l’oeil
Les pays en développement vont se battre pour que les pays industrialisés assument une plus grande part du financement de la réduction des émissions de carbone. Ils feront également pression pour obtenir de l’aide financière pour leurs propres réformes. Il sera intéressant de voir s’ils agiront ensemble ou si plusieurs voix se feront entendre pour réclamer les mêmes choses. Enfin, il ne faut pas oublier l’opinion publique. Après l’altermondialisme, qui dans les années 1990 constitua l’avant-garde d’une opinion publique, voire même de mouvements sociaux internationaux, la lutte contre le changement climatique est aujourd’hui bien placée pour prendre le relais. Un grand nombre manifestations sont ainsi à prévoir, lesquelles tenteront très probablement de faire pression pour exiger des dirigeants politiques des engagements plus forts et plus concrets.
Le rôle de l’UE
Il reste très peu de temps à l’Union pour se préparer en vue du sommet de Copenhague. Cette conférence, accueillie par l’Etat-membre du Danemark, est considérée par la quasi-totalité des dirigeants de l’UE, aussi bien au niveau national qu’au niveau des institutions européennes, comme une réelle chance pour l’UE d’imposer des mesures significatives dans un domaine qui est une de ses priorités politiques. L’UE doit clore le débat interne sur la répartition des coûts et des mesures en faveur du climat avant le 7 décembre prochain. La France et d’autres pays ont réussi à augmenter leur part de sources d’énergie renouvelable et pourraient donc trouver injuste de devoir payer pour des économies basées sur le charbon à l’Est.
Néanmoins, il faut reconnaître que les Etats d’Europe occidentale ont eu le droit par le passé de se développer grâce à des sources d’énergie moins favorables à l’environnement, raison pour laquelle ils sont aujourd’hui en mesure d’expérimenter des sources d’énergie renouvelable plus onéreuses.
Les Etats membres moins développés ne doivent toutefois pas se montrer trop gourmands. Ils doivent mettre l’accent sur leurs efforts concrets pour augmenter leur part de sources d’énergie renouvelable. L’UE doit entrer dans les négociations à Copenhague en garantissant un apport financier et technique aux pays en développement afin de soutenir leurs efforts de réduction des émissions de carbone et de développement des sources d’énergie renouvelable.
Enfin, l’UE devrait adopter l’objectif de réduction de 30% sans attendre le résultat des négociations. Proposer de diminuer les émissions de carbone d’un plus grand pourcentage si d’autres Etats font de même n’est en soi pas tout à fait logique. Si cela peut encourager d’autres pays à inscrire des objectifs ambitieux, le fait est que moins il y a d’émissions, mieux c’est. Même si d’autres pays ne la suivent pas, l’UE se rend service à elle-même et au monde entier en réduisant ses émissions. Et il est certain que si l’Union a proposé 30% de réductions, c’est qu’elle est capable de remplir cet objectif. D’aucuns pourront argumenter que son économie en souffrira et que l’UE se rendra moins compétitive que d’autres pays qui ne se seraient pas engagés sur des objectifs aussi élevés. Il faut cependant rappeler l’argument de Garvey, selon lequel « éviter de prendre des mesures contre le réchauffement climatique sous prétexte que ce serait trop coûteux revient moralement à attaquer physiquement autrui pour de l’argent ». D’autres Etats sont peut-être à l’aise avec le fait de placer le profit avant la protection de l’environnement. En fait, c’est ce que tous les Etats font depuis des décennies, en feignant l’ignorance. Mais il n’y a aucune raison pour que l’UE continue sur cette voie. L’UE est disproportionnellement riche par rapport à la taille de sa population et peut se vanter d’être la première puissance économique mondiale. Elle représente un groupe de pays prêchant les droits humains et pionnier dans le domaine de la politique environnementale, qui doit viser les plus hauts standards de protection de l’environnement et de réduction du carbone et user de tout son pouvoir de persuasion pour entraîner et aider le reste du monde à faire la même chose en décembre, à Copenhague.
Logo : Flickr, Kurt Photo


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