Euros du Village : La tribune parue vendredi 25 avril dans les colonnes du Figaro correspond-elle à votre vision de l’Europe ?
Alain Lamassoure : Evidemment pas. Ca ne correspond surtout pas au projet de l’UMP. Et ce projet a été élaboré pendant une période de plusieurs mois, à l’intérieur d’un comité de rédaction sous la présidence de Jean-François Copé. Il a été adopté à l’unanimité moins une voix (celle de Laurent Wauquiez, ndlr). Il engage désormais tout le parti. Nous avons besoin d’une clarification. J’ai lancé et je renouvelle un appel aux dirigeants de l’UMP pour qu’il y ait une déclaration commune qui confirme que le programme du parti est celui annoncé la semaine dernière par Jean-François Copé devant la presse. Et que c’est ce projet que les députés UMP appliqueront au Parlement européen, et non pas les idées farfelues de ce pamphlet.
Quand on lit cette tribune, elle se positionne clairement dans l’euroscepticisme…
Elle est totalement contradictoire. Elle rend hommage aux pères fondateurs et critique tout ce qui a été fait depuis 30 ans ! J’ai été amené à m’insurger contre des élus qui salissent le bilan européen de Nicolas Sarkozy, alors que les inspirateurs de ce texte ont été, pour l’un son ministre des affaires européennes, pour l’autre son principal conseiller politique. Les parlementaires qui ont cosigné le texte ont eux-aussi soutenu la politique européenne de Nicolas Sarkozy. Je trouve cela à la fois contradictoire, absurde et insultant pour l’ancien président.
Qu’est-ce qui différencie ce texte du programme européen du FN ?
C’est une bonne question. En plus, ce qui est totalement incohérent, c’est que dans son ouvrage paru récemment, Laurent Wauquiez propose une petite Europe fédérale – Europe à la géographie pittoresque ceci dit puisqu’il décrète tout seul que le Luxembourg n’est pas un pays. Tandis que pour sa part, Henri Guaino se veut le champion du souverainisme. Tout cela n’est pas sérieux.
On y trouve également des éléments de campagne du PS : critique de l’austérité, lutte contre le dumping social entre autres…
Ce texte se prive d’un argument majeur de l’UMP dans la campagne selon lequel l’austérité n’est pas une austérité européenne. L’Europe du nord se porte très bien. Il y a des pays européens où il n’y a plus de chômage. Une politique de rigueur est nécessaire en France et l’UMP l’appelle de ses vœux depuis deux ans. Cette rigueur ne nous est pas imposée par l’Europe, et si le gouvernement Hollande avait suivi plus tôt les recommandations de Bruxelles, on n’en serait pas arrivé à la nécessité de faire les économies aujourd’hui nécessaires. Donc tout cela est un tissu de contradictions à la fois avec ce qui a été fait avec Nicolas Sarkozy, avec les positions nationales de l’UMP et avec les réalités de la politique européenne. Ce texte n’honore pas ses auteurs.
Selon vous, cette tribune a-t-elle donc essentiellement une visée électoraliste, motivée par la peur de voir vos électeurs fuir vers le FN ?
C’est aux auteurs du texte qu’il faut poser la question. Je suis le premier à admettre qu’il faut un débat aussi large que possible avant que le parti prenne position sur quelque sujet que ce soit. Ce qui me choque, c’est le moment où cela arrive. Ce texte serait paru il y a une ou deux semaines, il y aurait eu débat. Mais faire paraître ce texte au lendemain de l’annonce de la ligne politique pour les européennes par le président du parti, ça n‘est pas correct. Quand le match a commencé, la division est un péché mortel. Quand dans une équipe les avants sont plaqués par les arrières, pour l’emporter sur l’adversaire, ça devient un peu compliqué.
Aujourd’hui, l’UMP a t-elle une ligne claire dans cette campagne ?
Mais oui ! Et toutes les personnalités importantes du parti, qui à un certain moment ont eu des positions différentes sur l’Europe, convergent aujourd’hui. Qu’ils viennent de l’UDF, comme Jean-Pierre Raffarin et moi-même, ou qu’ils viennent du RPR, comme Alain Juppé et François Fillon. Et ce qui me rend le plus furieux, c’est que « Ali Baba et les 40 râleurs » (sic), donnent l’impression que l’UMP est divisée alors que sur l’Europe, la fracture béante est au cœur du pouvoir socialiste. A 24 heures d’intervalle, Manuel Valls indiquait dans son discours de politique générale que la priorité devait être le retour à l’équilibre des comptes. Et un jour plus tard, le nouveau secrétaire du PS prônait la remise en cause des critères du traité de Maastricht dans la campagne du PS. Traité qui date de 1992 ! Il y a aussi un énorme problème au sein du Parti Socialiste Européen (PSE), quand on voit qu’à la veille du lancement de leur campagne, les socialistes français et allemands votaient de manière rigoureusement opposée sur le détachement des travailleurs, un des textes les plus importants de l’Europe sociale de ces dernières années.
C’est l’ancien premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker qui a été choisi comme candidat du Parti Populaire Européen (PPE), auquel l’UMP appartient, à la présidence de la Commission européenne. L’UMP soutient-elle sa candidature, lui qui défend des positions souvent diamétralement opposées à la tribune Guaino-Wauquiez ?
Complètement, et Jean-François Copé participera aux deux meetings du PPE qui auront lieu en France (à Bordeaux le 13 mai et le 21 mai à Paris, ndlr). On a besoin de personnalités d’expérience qui connaissent très bien la vie politique de l’Union et attachées à l’entente franco-allemande. Jean-Claude Juncker a justement joué un rôle essentiel dans cette relation depuis plus de 20 ans. Il a participé aux délibérations des sommets européens, il a l’estime de ses pairs. C’est un excellent candidat, notamment face à son concurrent du PSE, Martin Schulz, qui n’a malheureusement aucune expérience gouvernementale. Schulz n’a, lui, jamais siégé dans la cour des grands, ni exercé de fonctions ministérielles. Pour devenir « Monsieur Europe », à la tête de 500 millions de citoyens, c’est un peu court.
Une intervention de Nicolas Sarkozy pourrait-elle aider l’UMP dans cette épreuve ? Pour le parti, pas du tout. L’idée n’est pas d’aider l’UMP. C’est d’aider la cause de l’Europe en France, en rappelant tout simplement ce qu’il a fait grâce à l‘Union Européenne. Deux exemples. En août 2008, les troupes russes envahissent la Géorgie. Par chance c’est la France qui occupe la présidence tournante de l’Union Européenne, par chance c’est Nicolas Sarkozy. Il est hyper réactif et en 48 heures il est à Moscou. Les troupes russes s’arrêtent avant Tbilissi. Non pas à cause de Nicolas Sarkozy, mais parce que Poutine ne peut pas « antagoniser » tous les pays européens. Quelques semaines plus tard, faillite de Lehman Brothers, thrombose financière mondiale. Pour trouver une solution, M. Sarkozy réunit les quatre plus grandes puissances économiques de l’Europe. Ca ne marche pas. Il réunit les pays de la zone euro. Ca ne marche pas. Il réunit les pays de la zone euro, en y ajoutant la Grande-Bretagne, qui a une expertise que nous n’avons pas. Il trouve la solution. Mais pour sauver le système financier mondial, il faut intégrer dans ce débat les autres grandes puissances internationales. Nicolas Sarkozy invente alors le G20. Les 19 autres n’ont pas accepté le G20 parce que c’était Nicolas Sarkozy, ils l’ont fait parce qu’il parlait au nom des 27 pays de l’Union Européenne (désormais 28 ndlr).
Sans clarification de la part des dirigeants de l’UMP, vous-voyez vous plaider pour un parti dans lequel existe un courant eurosceptique ?
La question ne se pose pas en ces termes. Il y a une ligne du parti, je l’appliquerai. Même si il y a 10% d’eurosceptiques dans le parti. Mais si un certain nombre d’élus ont une position diamétralement opposée à la ligne du parti, il faut qu’ils s’interrogent sur leur propre trajectoire politique. C’est à la minorité de s’interroger, pas à la majorité.


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