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Chine : la stratégie du frelon

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Pour qui en doutait encore, il doit etre trés clair que la Chine veut prendre sa revanche sur l’histoire et s’est lancée , à marche forcée, à la conquête du monde. La façon dont elle vient de le manifester , en jetant une tête de pont trés politique sur la Grêce , devrait alarmer les européens.


Non pas que la Chine soit un partenaire indésirable. Sa taille, son marché intérieur, sa stratégie d’atelier du monde, sa monnaie notoirement sous évaluées, en font qu’on le veuille ou non, l’un, sinon le centre de gravité du nouveau siècle.

Mais un partenaire respecte des règles de jeu , un adversaire les dicte.

La récente visite du Premier Ministre Chinois Wen Jiabao en Grece ressemble trop à la façon dont les puissances coloniales européennes des XVIII ème et XIX ème siècles, ou encore les USA du XX ème, établissaient et justifiaient leur domination politique ou économique sur des peuples et des pays faibles au nom des meilleures intentions civilisatrices ou sociales, pour que l’on n’y voit pas une grimace de l’histoire à notre intention . La Chine n’est pas un pays bélliqueux et notre siècle n’a plus besoin des armes pour assoir de nouvelles formes de domination économique et politique, c’est à dire d’impérialisme.

De ce point de vue, il serait naïf de penser que le Gouvernement Chinois a choisi la Grèce comme première destination européenne, pour l’importance de ses débouchés de produits chinois alors que sa population est inférieure à celle de la plupart des grandes villes chinoises . Il a choisi la Grèce parcequ’elle est le maillon actuellement le plus vulnérable de l’Europe, soumis à une cure d’autérité et de rétablissement de ses finances publiques particulièrement éprouvante pour son peuple, imposée tout à la fois par l’Union Européenne et le FMI en contrepartie de leur intervention pour lui éviter la faillite.

Au moment où les occidentaux et l’ Europe y sont, par la force des choses , trés impopulaires, la Chine vient offrir sa compassion au peuple Grec « à chéquiers ouverts » s’engageant tout à la fois à financer de la dépense publique grecque, et des programmes d’infrastructures pour soutenir sa relance économique..

Il s’est trouvé curieusement des commentateurs européens pour se réjouir de cette transfusion chinoise à l’économie grecque. Pourtant, par là-même, les Chinois viennent pour la première fois signifier aux occidentaux, sur leur sol, qu’ils entendaient jouer un nouveau rôle mondial de premier plan qui ne soit plus simplement celui de l’atelier manufacturier du monde. Au plan politique, la Chine a les moyens de déstabiliser les occidentaux : en Grèce, c’est l’Europe qui serre la ceinture et c’est la Chine qui la soulage en relançant l’économie et l’emploi.. Les formidables réserves de dollars qu’elle a accumulées lui permettent de multiplier ce scénario à l’envie, comme elle le fait d’ailleurs en Afrique dont elle nous évince en douceur..

Au plan économique, elle n’est évidemment pas plus désintéréssée et charitable que les anciens impérialismes occidentaux. En finançant les infrastructures Grecques elle va déployer et tester des produits d’équipement chinois (et non plus simplement des jouets ou des T-Shirt) sur le marché européen : routes, autoroutes, Bâtiments et travaux publics, infrastructures portuaires, ferroviaires, métros et transports urbains, énergies renouvelables.. Elle a même, conclu avec les Grecs un bien curieux marché , tout à son avantage, en libérant un fonds de 5 Milliards de dollars pour construire des bateaux grecs....dans les chantiers navals chinois ! C’est à dire qu’elle s’ achète une flotte marchande , en même temps qu’un transfert de savoir faire intégral et à domicile, ainsi que l’emploi qui va avec. Malin , non ?

Curieuse et anecdotique coïncidence : les biologistes retiendront qu’ à peu prés à la même époque historique, un frelon venue d’Asie par le sud, remontant en france la vallée de la garonne, a colonisé le biotope européen à une vitesse incontrôlable. En Europe, le premier nid de l’impérialime chinois vient d’etre installé à Athènes par Wen Jiabao.

Il serait grand temps que les Européens, outre les Allemands qui sont les seuls à s’y préparer, prennent la mesure de l’époque et des défis considérables qu’ils vont devoir affronter, plutôt que de s’accrocher à des nostalgies et à des rentes passées déjà condamnées par l’histoire. Face à cette nouvelle donne mondiale qui n’attend pas que l’on soigne nos états d’âme et nos peurs, les responsables politiques européens ont le choix entre le déni et l’infantilisation de leurs électorats, ou au contraire une franche pédagogie des risques de déclassement et des efforts collectifs à fournir. La première voie fait le lit des populismes comme le montrent les dernières élections Suédoises et autrichiennes. La seconde, qui est celle du courage et de la vérité, nous permettra de rester dans la course à l’exemple de l’ Allemagne. La prochain débat présidentiel français opposera lucidité économique à démagogie populiste. La Gauche doit, dés aujourd’hui, méditer ce dilemme. Il n’y aura pas de voie moyenne : affronter le monde tel qu’il est , ou sombrer dans un repli franchouillard régréssif et amer.


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Jean-Baptiste
11 octobre 2010
17:51
Chine : la stratégie du frelon

Point de vue lucide. La question de l’investissement chinois est stratégique, mais tout autant celle du commerce. Le libre-échange à tout crin avec un pays comme celui-là est suicidaire. Il semble que même l’accord qui vient d’être signé avec la Corée du Sud est perdant pour l’Europe. Encore des usines menacées par la concurrence déloyale, mais bon il semble qu’il faille attendre qu’il y ait des Kia et des Hyundai partout pour qu’on daigne s’en rendre compte en Europe (comme si Samsung et LG ne suffisaient pas.... R.I.P. Thomson, Alcatel et Sagem). La métaphore est on ne peut mieux choisie car le fameux frelon asiatique est devenu le problème numéro 1 des... ruches ! Les abeilles ouvrières européennes, après avoir affronté des virus divers aux 19e-20e siècles, tous venus du Moyen et Extreme-Orient, sont confrontés à ce nouvel ennemi. La peur est grande chez les apiculteurs, même si il semble que certaines ruches ont adapté leur comportement et trouvé des stratégies collectives pour faire face à ces monstres (en terme de taille). Des apiculteurs ont ainsi observé des ruches qui coopéraient entre elles pour mettre à bas (c’est-à-dire en sacrifiant des dizaines d’abeilles kamikazes) lesdits frelons. Un exemple pour les Européens divisés et pleutres adeptes du libre-échange ?

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Valérie P.
25 octobre 2010
18:33
Chine : la stratégie du frelon

Merci Gilles Savary pour cet article fort intéressant... J’apprécierais de savoir en quoi les Allemands sont les seuls à se préparer à l’offensive chinoise. Quelles sont les décisions allemandes auxquelles pensent Gilles Savary ?

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Gilles SAVARY
26 octobre 2010
08:05
Chine : la stratégie du frelon

Les Allemands qui ont pris un temps d’avance en stabilisant leurs dépenses publiques et leur niveau d’emploi par les douloureuses réformes Schröder ( que les français se plaisaient à dénoncer sociales-libérales), sont les seuls en Europe à s’etre accrochés fermement à une politique industrielle, résistante au libéralisme naïf de l’UE, et résolument orientée vers l’export. Du coup, on peut raisonnablement penser qu’ils vont profiter à plein du moteur de la croissance et de la consommation des grand émergents. Cete situation , qui va de plus en plus les découpler de la stagnation européenne comporte un risque de dépérissement de l’UE. Mais comment le reprocher à ceux qui ont tenté de faire face à la nouvelle donne mondiale ? Gilles SAVARY

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