Un accord pragmatique
Qui se ressemble s’assemble. Ce dicton qualifie à merveille la relation franco-britannique en matière de défense. La déclaration officielle publiée sur le site de l’Elysée le rappelle de manière limpide :
« Le Royaume-Uni et la France sont des partenaires naturels en matière de sécurité et de défense. Membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, Alliés de l’OTAN, membres de l’Union européenne et États dotés d’armes nucléaires, nous avons en commun un grand nombre d’intérêts et de responsabilités. (…) nous investissons, à nous deux, la moitié des budgets de défense des pays européens et les deux tiers des dépenses de recherche et de technologie. Nous sommes au nombre des contributeurs les plus actifs aux opérations en Afghanistan et dans d’autres zones de crises. »
Cette convergence de statut et d’intérêts se double d’un destin intimement lié, souligné sans ambages : « Nous n’envisageons aucune situation où les intérêts vitaux de l’une de nos deux Nations pourraient être menacés sans que ceux de l’autre le soient aussi. »
La coopération qui en découle est à la mesure de cette convergence d’intérêts
Dans le domaine du nucléaire militaire tout d’abord, français et britanniques vont développer une installation commune à Valduc, en France, qui modélisera la performance de leurs têtes nucléaires afin d’en assurer la viabilité et la sécurité. L’utilisation de ces techniques de simulation est, en effet, indispensable pour les deux pays signataires du traité d’interdiction des essais nucléaires. Outre-Manche, chercheurs français et britanniques travailleront ensemble dans un centre commun de technologie nucléaire à Aldermaston. La mise en œuvre de ces projets se fera dans le respect de l’indépendance de la dissuasion nucléaire des deux pays.
En matière de déploiement de moyens, une Force expéditionnaire commune interarmées sera mise en place. Associant les trois armées - Air, Mer et Terre - cette force franco-britannique ne sera pas permanente mais disponible sur préavis pour des opérations bilatérales, de l’OTAN, de l’Union européenne, des Nations Unies ou d’autres opérations. Par ailleurs, les avions britanniques et français pourront opérer à partir des porte-avions des deux pays. A partir du début des années 2020, le Royaume-Uni et la France devront être en mesure de déployer une force aéronavale d’attaque intégrée.
En ce qui concerne l’équipement et les capacités, de nombreuses synergies ont été identifiées. Français et britanniques travailleront ensemble dans les domaines du soutien et de la formation au futur avion de transport militaire A400M, des technologies et systèmes pour les sous-marins, du développement de nouveaux missiles et de drones, de la recherche et la technologie militaires, de la cybersécurité ou encore de la lutte contre le terrorisme.
S’agissant, enfin, de la politique internationale, Londres et Paris affirment leur convergence de points de vue sur les questions de la lutte contre la prolifération et du positionnement à l’égard de l’Iran, de l’Afghanistan et du Pakistan.
Un Groupe de haut niveau sera chargé de superviser les travaux dans tous ces domaines et rendez-vous est pris pour un nouveau Sommet franco-britannique, qui se tiendra en France, en 2011.
Mise à part l’hypothèse d’importantes divergences entre le Royaume-Uni et la France, comme ce fut le cas au sujet de l’Irak, il est très probable que nombre de mesures annoncées par le traité de coopération se traduisent en actes. Au delà des intérêts communs précédemment rappelés, les deux pays mettent en œuvre des politiques de rigueur budgétaire rendant indispensable une coopération accrue afin d’économiser l’argent public sans entamer leurs futures capacités militaires.
L’Europe de la défense : victime collatérale des accords de Londres
Les accords de Londres marquent le retour en force du bilatéralisme. La France récolte les dividendes de sa réintégration dans le commandement intégré de l’OTAN en renforçant ses relations avec le Royaume-Uni, ce qui contribuera peut-être à contrebalancer le partenariat privilégié de Londres avec Washington. Londres s’assure que Paris se fera moins pressante sur le développement d’une Europe de la défense. Et c’est bien cette dernière qui est la victime collatérale des accords de Londres. La déclaration ne laisse d’ailleurs guère planer le doute.
En matière de sécurité internationale, « L’OTAN demeure le garant essentiel de la sécurité de l’Europe ». L’Europe de la défense, évoquée ensuite, pouvait difficilement faire l’objet de développements plus courts. La déclaration officielle se borne à rappeler le soutien aux décisions prises sous la présidence française de l’UE et à encourager, plus particulièrement, « tous les membres de l’Union européenne à développer leurs capacités militaires, civiles et civilo-militaires ». Elle appelle surtout de ses vœux « une coopération plus étroite et la complémentarité entre l’UE et l’OTAN ».
Comme l’ont souligné à juste titre les observateurs assidus des questions de défense (notamment Jean-Dominique MERCHET et Nicolas GROS-VERHEYDE sur leurs excellents blogs), les accords de Londres sont aux antipodes du Sommet de Saint-Malo de décembre 1998 au cours duquel Paris et Londres avaient formulé des propositions communes en faveur d’une Europe de la défense. Il s’agit en effet d’accords bilatéraux, exclusifs des autres membres de l’UE, dont la participation aux projets énumérés n’est à aucun moment envisagée. Les autres partenaires industriels européens apprécieront…
Sans l’appui des deux poids lourds militaires de l’UE, il y a fort à parier que les avancées nécessaires à la réalisation d’une véritable Europe de la défense restent lettre morte encore un certain temps.


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