Du « NEE » Néerlandais

Et voilà ! Deux baffes en trois jours, deux jolis doigts d’honneur à l’Europe, deux événements attendus de longue date et qui doivent nous faire réfléchir. Qu’on le veuille ou non, bons sentiments pro-européens ou pas, ces deux votes sont la simple continuation d’une crise (du genre nerveux) sociale et politique, elle-même issue d’une crise économique latente. Tout le monde connaît le cas français, pas la peine de s’étendre là -dessus, mais nous devrions nous pencher sur les Pays-Bas. Sans vouloir m’auto-déclarer spécialiste de la question, je me permet tout de même de pointer du doigt deux ou trois choses.


Et voilà ! Deux baffes en trois jours, deux jolis doigts d’honneur à l’Europe, deux événements attendus de longue date et qui doivent nous faire réfléchir. Qu’on le veuille ou non, bons sentiments pro-européens ou pas, ces deux votes sont la simple continuation d’une crise (du genre nerveux) sociale et politique, elle-même issue d’une crise économique latente. Tout le monde connaît le cas français, pas la peine de s’étendre là -dessus, mais nous devrions nous pencher sur les Pays-Bas. Sans vouloir m’auto-déclarer spécialiste de la question, je me permet tout de même de pointer du doigt deux ou trois choses.

Tout d’abord, il y a comme une sorte de synchronisation des phases politiques entre la France, les Pays-Bas et quelques autres pays qui nous entourent. Il faut quand même se souvenir de cette période « faste » de la fin des années 1990, avec la « vague » sociale-démocrate qui emportait la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Pays-Bas, et d’autres. Et puis l’autre période, un peu plus inquiétante, dite de la « montée des populismes », avec Haider en Autriche, Pim Fortuyn en Hollande, Le Pen triomphant par chez nous, les néo-nazis de retour en campagne en Allemagne.

Que nous vivions dans des espaces publics et politiques différents et assez ignorants vis-à-vis de l’autre, il existe bien une évolution vers des expériences sociales et politiques partagées. Les orientations à gauche et à droite arrivent parfois en même temps, mais ce qui nous caractérise tous c’est la même montée des inégalités économiques et sociales, la même persistance du chômage, et par là la cristallisation des mêmes peurs : de l’autre, de l’étranger, du futur proche en général. On peut déblatérer sur ces taux de chômage si bas en Angleterre ou au Pays-Bas, mais tout le monde sait que tout cela ne cache que boulots précaires et chômage habilement couverts par les statistiques. On peut me bercer avec le modèle des « polders » et le « capitalisme rhénan », mais la pauvreté gagne partout et les colères populaires parfois si dangereuses s’expriment toujours plus fortement : Schroeder éjecté de son fief électoral, les nouveaux nationaux-socialistes qui grignotent des voix localement dans les Länder, Pim Fortuyn qui met un coup de pied dans la fourmilière hollandaise que l’on croyait si tranquille et qui finit flingué à bout portant. La même crise politique sévit partout en Europe de l’Ouest, à des degrés parfois différents, s’exprimant de manière variée, mais s’extériorisant au détriment de tous, ces derniers temps avec l’Europe comme bouc émissaire et le vote sur cette « Constitution » comme éxutoire.

Mais revenons au cas hollandais. Ce pays traverse à mon avis une crise aussi grave que la notre, selon des modalités quelques peu différentes. Souvenez-vous, c’était il y a quelques années, ou hier encore dans un média quelconque : les Pays-Bas « modèle de tolérance », les Pays-Bas contrée heureuse du « modèle des polders »... qu’est-ce que tout cela voulait dire ? Nous avons tous en tête, nous qui connaissons un peu l’histoire, les Pays-Bas de la Renaissance, pays de riches marchands, pays de tolérance religieuse et petit Etat prospère par-delà les océans (« petit pays mais grande nation » comme dit l’expression consacrée). Nous connaissons également cette Hollande contemporaine, toujours aussi marchande, toujours aussi tolérante d’apparence pour ses étrangers, ses drogués, ses prostitué(e)s , ses euthanasiés en j’en passe. C’était pour nous une sorte de Suisse libérale (au sens politique et social du terme entendons nous), riche et permissive. Un coin sympa pour passer le week end et fuir l’ambiance sarkozienne de chez nous. Mais que cachait donc cette contrée en apparence si tranquille pour qu’on y assassine un populiste dérangeant et un cinéaste provocateur, qu’on y brûle des mosquées à tour de bras et qu’on y agresse au grand jour les mères un peu basanées et un peu voilées ?

Je crois qu’il faut regarder les choses en face : les Pays-Bas sont, dans le langage global anglo-saxonisé, un pays « tolérant », c’est-à-dire qui aime et cultive la « différence » plutôt que la « diversité ». Je m’explique : aux Pays-Bas, la société a longtemps été gouvernée sur le modèle des « piliers », c’est-à-dire des appartenances confessionelles (en l’occurrence catholique, protestante -et subsidiairement juive). On naissait dans sa clinique catho, on était éduqué chez les calvinistes, on jouait au foot le week-end avec les papistes et on passait ses derniers jours dans la maison de retraite de ses amis juifs. Tout ce beau monde se partageait le pouvoir à travers des partis plus ou moins confessionnels et forcés de gouverner par coalition, et délibérant donc plutôt sur le mode consensuel. On vivait donc en harmonie, chacun chez soi, avec les siens. Pour qui a lu un peu un certain Emmanuel Todd, les Pays-Bas (que ses études anthropologiques placent apparemment de manière correcte dans la même aire culturelle que la Grande-Bretagne et le Danemark) sont un pays culturellement « différentialiste » en même temps que « libéral » : on y accepte la différence (de couleur de peau, de religion, de tendances sexuelles et autres) mais on ne l’accepte que si elle « reste » une différence, c’est-à-dire que si elle reste cantonnée chez autrui, dans son quartier, dans son école, dans son cocon familial. En gros, d’accord pour la « diversité », mais pourvu qu’elle soit organisée en communauté, voir en ghettos. D’où le qualificatif de « différentialiste ».

Deux remarques à ce sujet : on peut mesurer la pertinence de ces observations (qui ne sont pas de moi : je cite Todd, mais j’ai eu l’opportunité également de suivre des cours de sciences-po sur les Pays-Bas... auxquelles je peux ajouter quelques menues observations faites in situ) à travers deux exemples historiques. Tout d’abord retour à « l’âge d’or » néerlandais des XVIème et XVIIème siècles : un petit ensemble de républiques plus ou moins fédérées, organisées autour d’identités régionales fortes (toujours présentes aujourd’hui par la diversité des dialectes et des accents malgré la contiguïté de ces provinces) et capables de faire cohabiter catholiques de longue date, réformés de différentes églises (y compris ceux non acceptés en Angleterre pourtant considérée comme une terre de tolérance et de pluralité religieuse), juifs chassés d’Espagne, etc. Il y avait d’évidence un terreau culturel favorable à une telle diversité que la France par exemple ne pouvait supporter (cf. nos belles guerres de religion). Deuxième illustration : personne n’a oublié l’Afrique du Sud, pays de colons blancs foncièrement racistes et pratiquant « l’apartheid ». Il est assez sidérant de voir que des populations « blanches », installées depuis 300 ou 400 ans ne peuvent et ne veulent toujours pas se mélanger à des populations « locales », certes bien noires de peau mais tout de même voisines depuis des générations et des générations. C’est sans doute un des pays du monde les plus violemment racistes du point de vue social et politique, et qui l’avait exprimé de façon limpide à travers un programme explicitement « differentialiste ». Or, qui sont ces « blancs », ces descendants de colons ? Des néerlandais. Eh bien oui, qui connaît l’origine du mot « apartheid » ? Elle est néerlandaise. « Apartheid » signifie simplement « être à part » ou « vivre à part », en ghettos culturels ou selon la couleur de la peau. L’héritage colonial néerlandais est très éclairant sur le fond culturel de ce pays, et il nous rappelle cette proximité culturelle que j’évocais précédemment avec les pays anglo-saxons : quelle différence entre l’apartheid néerlandais et le sort des noirs ou des indiens aux Etats-Unis ? des aborigènes australiens ? des Inuits groenlandais (sous domination danoise) ?

Où est-ce que je veux en venir ? Il est à mon avis pertinent d’appliquer cette grille de lecture à la situation néerlandaise d’aujourd’hui. Reprenons le modèle communautariste que j’évoquais (différent du modèle des « polders » qui n’était qu’un mode de dialogue social entre gouvernement, syndicats et patronat des années 1990 que l’on croyait parfait et qui est remis en question). Ces « piliers » organisant la société ont été repris (malgré la déchristianisation rapide du pays depuis 1945) quand il a s’agit d’accueillir des nouvelles populations, cette fois plus « colorées » et souvent musulmanes. Que s’est-il alors passé ? On a tout simplement parqué les turcs et autres marocains (comme on l’avait fait avant avec les indonésiens et les surinamiens dont l’intégration est un échec qui a des répercussions jusque dans l’équipe nationale de foot où on eu lieu des « conflits interethniques » !!) dans des quartiers à eux (chose qu’ils partagent avec beaucoup de leurs voisins ailleurs en Europe...), où ils vivent entre eux, mettent leurs enfants dans des écoles confessionnelles subventionnées par l’Etat (chose choquante à nos yeux mais parfaitement naturelle après des décennies de subventions aux écoles cathos et protestantes), regardent Al-Jazeera et bossent dans des business « ethniques » selon la catégorisation anglo-saxonne. Résultat (observé de visu par moi mais aussi certainement par d’autres qui ont passé un peu de temps aux Pays-Bas) : la moitié des filles maghrébines ou turques d’origine voilées dans la rue (à faire tomber par terre nos sécularistes franchouillards, rappelons que sur l’ensemble de nos écoles du secondaire, moins de 100 filles musulmanes ne se sont pas pliées à la règle de la loi sur la laïcité à l’école...), des Mohammed et Amza qui parlent arabe entre eux (mais vraiment l’arabe, pas quelques mots d’argot gueulés pour faire peur au petit gaulois), des écoles d’où sortent de jeunes écoliers parlant très mal le néerlandais, etc, etc. Ajoutez à cela un taux de chômage (très) élevé chez ces populations, la peur du lendemain chez le citoyen lambda, toutes les affaires de crimes tournant autour de la drogue et de la prostitution (si si ça n’a pas que des bons côtés tout cela) et ça donne un cocktail un peu explosif. Ainsi, les néerlandais tout près à accueillir des populations nouvelles pourvu qu’elles restent ghettoïsées s’aperçoivent que cela produit deux extrêmes : le mariage homo, la prostitution légalisée et le cannabis en vente libre d’un côté ; des filles voilées partout, des barbus en tout genre, des Mohamed à peine intégré culturellement de l’autre. Ajoutez-y un zeste de montée du chômage et des inégalités vous aurez un Pim Fortuyn, populiste typiquement néerlandais et inclassifiable chez nous puisqu’il revendiquait sa xénophobie (plutôt anti arabe et anti musulmane) au nom de sa liberté d’homosexuel en danger (cf également la « nouvelle star » populiste Gert Wilders, qui encore hier dans le Monde prétendait combattre l’immigration et l’Islam au nom de Pays-Bas « libres » et « libéraux » (sic.)). Ajoutez-y un crime au nom d’Al Qaida contre le cinéaste Van Gogh (un autre archétype néerlandais de libertarisme, de provocation et de brutalité dans le ton -chose observable chez beaucoup de nos amis bataves) et vous aurez des nuées de skinheads incendiant des mosquées et des écoles confessionnelles, aggressant des vieillards dans la rue. La violence xénophobe actuelle est à mon humble avis le produit d’années de politiques communautaristes dangereuses. Et je me permet de donner un autre exemple à l’appui cette interprétation : la Flandre voisine. Les Flamands sont en effet culturellement, linguistiquement et « ethniquement » néerlandais, or que s’y passe-t-il ? Même situation : une économie en apparence forte (en tout cas plus riche et plus croissante qu’en Wallonie) mais caractérisée par une montée des inégalités, et le même genre de politique sociale vis-à-vis des populations d’origine étrangère. Résultat : le Vlaams Belang (Vlaams Blok rebaptisé après dissolution pour cause d’incitation à la haine raciale) est numéro un ou presque à Anvers et à travers la province. Et même constat : un pays en apparence riche, « tolérant » car autorisant le mariage homo, dépénalisant l’usage du cannabis, etc... et un racisme très puissant (constatation personnelle aussi dans des discussions avec des étudiants locaux, d’un « camp » comme de l’autre) face à la ghettoïsation des marocains notamment.

Quid du contexte européen pour ce pays ? Ce que j’ai décris prédédemment rend la situation politique intenable (la coalition de droite a pu se faire élire sur les ruines de la « liste Pim Fortuyn » élue triomphalement en deuxième position dans le pays après le meurtre de Fortuyn en 2002 et totalement incapable de gouverner dans l’année qui a suivi et qui a vu l’organisation de nouvelles élections). Le gouvernement est apparemment aussi impopulaire que Raffarin and Co (chose remarquable, mais compréhensible car les mêmes genres de « réformes » dures y sont menées, ce qui a tout de même fait descendre 400 000 personnes dans la rue il y a quelques mois !), et tout appel à référendum est évidemment voué à l’échec. Premier handicap. Si on ajoute à cette colère sourde depuis plusieurs années le mécontentement vis-à-vis de l’euro qui a fait grimper les prix, l’idée que les Pays-Bas payent trop pour l’Europe (et notamment ses agriculteurs français...), que les grands pays renforcent leur domination (chose tout à fait juste dans le texte de feu la « Constitution ») dans un contexte d’élargissement quelque peu effrayant (75 millions d’Européens en plus ça peut effectivement faire peur à 16 millions de néerlandais), eh bien tout fout le camp ma bonne dame. Charte des Droits Fondamentaux ou pas, ministre des affaires étrangères ou pas (rappelons-nous que les Pays-Bas sont plutôt atlantistes sur ce sujet), pouvoirs accrus au Parlement ou pas, c’est NON !

Je pense que le fait que la France et les Pays-Bas aient rejetés le nouveau traité va aussi « déshinniber » d’autres pays comme le Danemark (qui n’a peut-être même pas besoin de nous pour dire non), la République tchèque, voir l’Irlande, sans parler de la Grande-Bretagne dont on se demande si elle n’est pas le grand vainqueur de cet épisode malheureux (un oui britannique, par référendum -peu probable certes- ou par voie parlementaire serait une sorte de situation vaudevilesque et pathétique ou le plus libéral de la maison entérinne le plus avancé et le plus « social » des traités européens). Mais le fait que ces rejets soient le fait de pays fondateurs est important et ne l’est pas en même temps. Ca fait bien sûr très mal à la construction européenne, mais ce n’est pas elle qui est la première en cause. Il s’agit bien de débordements de situations politiques nationales : la crise politique entraîne logiquement le rejet référendaire en France, aux Pays-Bas mais tout aussi potentiellement en Allemagne, en Belgique ou ailleurs. Je reviens ainsi à l’idée de « synchronisation » des temps politiques en Europe occidentale. On était majoritairement de gauche à la fin de la dernière décennie dans un contexte de croissance économique et d’un peu de confiance morale et sociale (si, si, ça a existé avant le 21 avril, j’en suis sûr). On est maintenant majoritairement de droite dans un contexte de peur, de théorisation masochiste du « déclin », de stagnation économique et de durcissement social. Je suis sûr (je sais que l’exercice est facile et souvent peu utile...) que ce traité soumis à un vote par référendum en 1998-2000 (en lieu et place des timides textes d’Amsterdam et de Nice) serait passé beaucoup plus facilement (ce qui ne veut pas dire largement). C’est pour cela que le choix de Chirac était profondément stupide et suicidaire. C’est comme si il cherchait inconsciemment l’épreuve douloureuse et peut-être le défi personnel. Ca ressemble trop à la dissolution de 1997. Il est décidément très bon pour ce qui est de la conquête du pouvoir, mais c’est une vraie truffe quant à l’exercice de ce même pouvoir. Je suis persuadé que la meilleure période pour Chirac, y compris sur le plan personnel, a été 1997-2002. Cinq années certes loin d’être parfaites mais où au moins il aura eu l’excuse de présider un gouvernement progressiste et qui avait quelques ambitions sociales qu’il a pu réaliser. Les périodes Juppé-Raffarin et bientôt Villepin n’auront été que des pitreries tellement dures pour les Français.

Je m’arrête là car je pourrais embrayer sur la campagne référendaire proprement dite, au risque de vous tenir la jambe pendant des heures. Mais je crois qu’il est intéressant de partager ses opinions autant que possible car il faut un peu libérer la parole et réfléchir sur le fond. Je suis peut-être un peu pédant sur les Pays-Bas mais j’en ai tellement marre d’entendre le Monde ou France Inter pleurer sur les néerlandais si tolérants et si gentils ! Non, on a tous ses défauts, et n’en plaise à Baverez on est pas les seuls à « chuter ». La Grande-Bretagne c’est pas le paradis, et je sais ce que je dis, j’y vais une fois par mois. les Etats-Unis c’est de la blague car ils sont tombés bien plus bas que nous, je ne vous fais pas de dessin. C’est con ce que je dis, mais après avoir laissé la campagne du référendum aux démagogues, aux populistes et aux écrivains à la petite semaine j’ai aussi envie de dire merde, mais de façon constructive, en expliquant les choses et peut-être en ayant quelques idées intéressantes !

Voilà, à bon entendeur salut !


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Mathieu, Euros du Village
15 octobre 2006
16:37
Du « NEE » Néerlandais

Eclairant ! Merci JB pour cet aticle qui nous apporte des éléments très pertinents sur la question. Ca fait plaisir ! Continue !

Nicolas Cadène
15 octobre 2006
16:37
Du « NEE » Néerlandais

Félicitation pour cet article ! Vraiment éclairant et intéressant même si on peut ne pas être exactement d’accord sur tout. J’ai fait un blog dans le même registre pour y débattre : http://ouialeurope.blogspirit.com Peut-être nous nous y retrouverons. En tout cas je reviendrai ici lire de tels articles ! Bravo.

Bornéo
15 octobre 2006
16:38
http://oui-europe.over-blog.com/
Du « NEE » Néerlandais

Depuis des années nos sociétées fonctionnent suivant un régime d’appartheid subtile. Dans les entreprises, dans les grandes écoles, dans les médias (on cherche les animateurs bronzés à la tv). Les populations d’origine immigrée ont compris. Donc soit, on devient vraiment anti raciste, en exigeant de tous qu’ils prouvent qu’ils ont une neutralité « sociologique » dans leur recrutement ou nous allons vers des affrontements et nous devrons supporter la montée des partis petits blancs et racistes ici et ailleurs.

Arnaud
15 octobre 2006
16:39
http://oui-europe.over-blog.com/
Du « NEE » Néerlandais

Merci pour ce commentaire éclairant sur ce pays que, toi et moi, nous connaissons bien.

Je partage ton analyse du repli sur soi du modèle polder, l’excès (étouffant !) de tolérance toute luthérienne au pays d’Anne Franck.

Cependant, j’ajouterais, dans ta vision d’une « droitisation » des politiques nationales à l’échelle de l’Europe, la dérive des politiques européennes, que ce soit au Conseil (logique, ce sont les gouvernements me direz-vous), masi également à la Commission, déjà sous Prodi ! Et on ne parle pas de Barosso, dont le seul programme réside dans les mots « non-interventionnisme » et l’indigeste « agenda de Lisbonne ». Et on ne parle pas non plus des insultantes manoeuvres (soutenues par la France) visant à limiter le budget européen 2006-2013 à 1% du PEB (bah oui, PNB européen j’ai toujours trouvé que ça n’avait pas de sens...), le premier budget de l’élargissement ! Comment la France et la quasi totalité des contributeurs nets peuvent-ils soutenir la construction européenne, la ratification de la constitution, l’élargissement récent et ceux à venir et, dans la même semaine, envoyer un signal fort de « vous êtes déjà là vous ? Bon ben il reste quelques places sur les strapontins au fond à droite... » J’ai pris l’exemple du budget parce qu’il est particulièrement parlant. Il y en a malheureusment mille autres, vous les connaissez.

C’est donc (en partie, il faut savoir raison garder) comme celà que j’analyse le double rejet du traité constitutionnel : par des peuples qui ne sont plus dupes de ces effets de manche, assorti d’une grande crise de légitimité des autorités européennes et nationales (les deux sont liées). Retour en France. Qui est le grand gagnant du referundum français ? A mon sens le Nouveau Parti Socialiste et sa « Sixième République », repris dès le dimanche 29 mai par un Bayrou appelant à une « rupture politique et... instituionnelle ».

Manque de visibilité de l’action européenne, manque de lisibilité de la Constitution, désaccord avec les intérêts européens de la France (adhésion de la Turquie, vraies/fausses directives sur les services) et la manière dont ils sont défendus par l’hôte de l’Elysée, ajoutez à celà désinformations, populismes, divisions et démagogies : le cocktail est explosif.

Ces éléments ne sont-ils pas semblables aux Pays-Bas ? Et dans combien d’autres Etats membres ?

Arnaud

Jean-Baptiste
15 octobre 2006
16:40
Du « NEE » Néerlandais

Merci pour vos commentaires. Je pense en effet, Arnaud, qu’il faut sérieusement revoir la « copie » européenne. Le double discours des gouvernements, les orientations politiques communautaires non débattues et les malheureuses agitations actuelles qui menacent le prolongement des politiques solidaires passées vers les nouveaux Etats-membres sont autant de facteurs politiques aggravant pour l’Union. La légitimité et la démocratie des institutions communautaires sont aussi un débat de fond à avoir (j’essaye d’écrire un petit truc là-dessus sous forme de propositions), même si je reste persuadé que le rejet populaire est le fruit de « situations » nationales (entre guillemets car tout le monde sait qu’il y a interdépendance dans notre Europe). Comme le disait parfaitement les affiches de campagne de De Villiers : « On a tous une bonne raison de dire non ». Les trotskystes français comme les xénophobes néerlandais... mais avec des lectures différentes de la situation en fonction des situations politiques et sociales nationales, et des « cultures » différentes. Mme Buffet qui veut le bien de tous ne se demande en effet jamais si ses voisins, même proches, veulent de son projet et pourrait même accepter la moindre de ses propositions. C’est un autre débat à avoir. Enfin, même si je suis partisan d’une révision institutionnelle audacieuse au plan européen (comme d’ailleurs au plan national, la « VIème République » offre des propositions intéressantes tout de même) et qu’il faut injecter une réelle « démocratie européenne » (et ne pas se contenter d’un titre du traité concernant la « vie démocratique de l’Union »), je crois tout de même au travail des « élites », des « gens d’en haut », appelle-les comme tu veux, quand il s’agit de construire et d’imaginer des choses à ce niveau-là de construction institutionnelle. Ensuite tout est question d’intelligence, au sens profond du terme.

TATARD
20 mars 2007
17:41
Du « NEE » Néerlandais

Lettre d’un grand père allemand à son petit fils français LA CONSTITUTION FRANCAISE DE L’EUROPE

Mon cher petit-fils,

J’ai été surpris de voir ton esprit civique à un âge où on se fout pas mal de pareilles billevesées. J’ai été encore plus surpris de m’apercevoir que tu avais déjà l’âge d’aller voter. Tu veux que je lise pour toi cette énorme et confuse élucubration et que je t’en fasse un résumé assorti de conseils judicieux. Je l’ai relue dans cette optique et je te fais grâce d’explications détaillées. La présentation est un peu ringarde car, elle ignore superbement la norme AFNOR de numérotation des chapitres, titres et sous-titres. Le repérage est pénible. C’est donc une constitution française pour l’Europe. On y retrouve la « patte » de l’Ecole Nationale d’Administration, familière à tous les lecteurs du « JOURNAL OFFICIEL DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE ». En l’occurrence, c’est précis comme l’analyse d’un avion renifleur. On y retrouve une forme et une subtilité spirituelle déjà appréciés avec la législation sur l’invention de l’avoir fiscal, sur l’imposition des plus values, et les réglementations catastrophiques sur le « regroupement familial », enfin tout ce qu’un journaliste appelait avec humour « l’autoritarisme mou ». Comme dans nos lois inapplicables (littoral et SRU 2000, Etc.…), le verbe pouvoir remplace le verbe devoir, ce qui permet aux décideurs une abstention légale et une inefficacité certaine. Là encore, le législateur laisse la décision aux hauts fonctionnaires et aux juges administratifs. Enfin, comme dans toutes les législations françaises, les dérogations abondamment prévues transforment les meilleures intentions en vœux pieux parfaitement inutiles. Lorsqu’il a fallu abandonner le droit régalien de « battre monnaie », on n’a pas eu besoin de constitution. L’impossibilité de faire tourner la planche à billets, pour boucher les trous du budget par des dévaluations, ne permet plus le déficit budgétaire programmé, ni la gestion sur une hypothétique croissance. Ignorant superbement cet incontournable postulat, la constitution imaginée par des Inspecteurs des Finances, entérine les mauvaises manières de la quatrième République, ressuscitées par François MITTERAND et poursuivies par les « blancs bonnets » qui ont succédé aux « bonnets blancs ». Les mêmes se retrouvent avec bonheur pour approuver des deux mains ce qui condamne le système. Que dire de cette phrase de l’article I – 16 (2) qui prévoit la nécessité d’une coopération loyale entre les rouages de cette organisation farfelue. Une coopération loyale ? Cela va sans dire et cela va encore mieux en ne le disant pas. On a vu ce que cela donnait pour accompagner la douteuse intervention américaine en IRAK. Quelle belle et loyale unanimité. Enfin, cerise suprême sur le gâteau, la procédure de révision semble inspirée par notre code de l’urbanisme au chapitre de la révision du Plan d’Occupation des Sols (le fameux P.O.S amoindri en P.L.U). Puisqu’on peut la réviser, à quoi sert-elle si le suffrage universel n’intervient plus ? Le rêve d’une Europe centrée sur le fameux « noyau dur de base », se répandant comme une tache d’huile destinée à s’étendre, en intensité, par l’unification des institutions, fiscales, économiques et sociales, ne se traduit pas dans ce verbiage vaseux. A vouloir tout prévoir, on s’enferme dans un carcan parfaitement irréaliste. Le plus étonnant c’est de voir l’Allemagne avaler de telles couleuvres. Il est vrai qu’engourdie dans une repentance obligatoire des jeunes générations pour les folies de leurs anciens, elle n’ose plus rien dire. En lisant cette débauche de verbiage de la constitution française de l’Europe, on peut se remémorer l’affiche de la propagande allemande de 1938 : Un balai « européen » dépoussiérait devant la porte en expulsant un coq bleu blanc rouge, courroucé, avec des livres et des journaux à la mode française. La légende : « Dehors le fatras français », est redevenue d’actualité. Il suffira de remplacer le nom d’un des journaux balayés par celui de « constitution française pour l’Europe », pour rajeunir l’affiche. Mon cher petit fils, je n’ai pas le droit de choisir pour toi. Je déplore que le vote « blanc » n’ait pas de signification. Il serait si bon qu’il corresponde, non à un refus total, mais à la réclamation d’un organigramme cohérent assurant le succès de l’application. Je vais donc, moi aussi, employer ce fameux verbe pouvoir.

Au OUI des vaincus on peut préférer le NON de la résistance.

cigars
23 novembre 2010
15:58
cigars
Du « NEE » Néerlandais

Merci pour l’écriture. J’ai été la recherche de ces informations pendant une longue période, et maintenant je l’ai trouvé !

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27 juin 2011
07:40
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Du « NEE » Néerlandais

Very interesting many thanks, I presume your readers would likely want more reviews along these lines continue the great effort.

Pays-Bas
Rejet de la Constitution européenne, stagnation économique, montée des inégalités, mécontentements face à l’Europe, limmigration et question culturelle : (...)

Auteurs

Jean-Baptiste BURDY

Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble, Jean-Baptiste (mais on dit bien sur JB, ou des fois même Jibouze) est actuellement étudiant au Master recherche de droit européen de l’université Lyon III. Il a vécu un an aux Pays-Bas en tant (...)
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9 juillet 2012

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