Vers une même tendance à l’abstention, mais des préoccupations sensiblement différentes
Les femmes dans les institutions européennes avant les élections européennes de juin 2009
Les Eurodéputées constituent 31% de l’actuel Parlement européen.
La première Présidente du Parlement européen, Simone Veil, a été élue en 1979. A ce jour, Nicole Fontaine est la seule a avoir occupé de nouveau cette fonction, en 1999.
10 Commissaires européens sur 27 sont des femmes, soit 37%.
La première Commissaire européenne a fait son entrée au sein de la Commission Delors en 1988 mais aucune femme n’a jamais été Présidente de la Commission européenne. La première femme occupant le fauteuil de Vice-Présidente, Margot Wallström, a été désignée en 2004.
L’Union européenne ne comprend que 5 femmes chefs d’Etat ou de gouvernement : Angela Merkel (Allemagne), Mary McAleese (Irlande), Tarja Halonen (Finlande), Jóhanna Sigurðardóttir (Islande). Dalia Grybauskaite (Lithuanie).
Alors que depuis 1979, les femmes votaient généralement moins que les hommes, l’écart s’est considérablement rétréci pour les dernières élections européennes de 2004. A cette occasion en effet, d’après les données de l’Eurobaromètre, 45% des femmes et 46% des hommes sont allés aux urnes. Il ne s’agit pas d’un évènement ponctuel puisque les élections qui s’annoncent semblent reproduire ce nouveau schéma : 31% des hommes et 28% des femmes affichent leur certitude d’aller voter, alors que 14% des femmes et 15% des hommes n’ont pas l’intention d’aller voter. Selon toute probabilité, les femmes et les hommes iront voter dans les mêmes proportions le week-end prochain.
Peu de différences au niveau des abstentions donc, mais une approche légèrement divergente des politiques prioritaires de l’UE et des thèmes électoraux. Généralement plus pessimistes que les hommes au sujet de leur situation économique actuelle et future, mais également au sujet de la situation économique nationale, européenne et internationale, les femmes considèrent que les politiques de l’UE devraient se tourner prioritairement vers l’amélioration de la protection du consommateur et de la santé publique, puis vers la lutte contre le terrorisme et la lutte contre le changement climatique. Les hommes ont de leur côté plutôt tendance à placer en tête la lutte contre le terrorisme, tout en retenant 6 autres politiques prioritaires comme une politique de sécurité et de défense permettant à l’UE d’affronter les crises internationales, ou une politique énergétique commune. Plus sélectives, les femmes semblent accorder d’avantage d’importance aux politiques qui les concernent directement au quotidien. Au niveau des thèmes de campagne prioritaires, les femmes placent le chômage en tête, suivi de la croissance économique et du pouvoir d’achat. Les hommes quant à eux, placent la croissance économique en tête, puis le chômage et le pouvoir d’achat.
Comment lutter contre l’abstention des femmes : la nécessité d’un discours ciblé ?

- Logo de la campagne du Parlement européen
Les femmes se sentent et se déclarent moins informées que les hommes sur les questions relatives à l’Union européenne : seules 36% des Européennes déclarent comprendre le fonctionnement de l’UE, contre près de la moitié des Européens. De plus, seulement 39% des femmes estiment que leurs intérêts sont représentés par l’UE, contre 46% qui estiment qu’ils ne le sont pas. Elles ne sont que 40% à se déclarer intéressées par les élections européennes, contre 49% des hommes. Pour répondre à leurs interrogations, deux types de campagne ont vu le jour.
Le Parlement européen a choisi de mener une campagne générale visant à lutter contre l’abstention : à grand renfort de clips vidéo sur la toile et sur nos écrans, de panneaux publicitaires et de maquettes géantes, le Parlement européen mène une intense campagne sur tous les fronts. Cependant, aucun aspect de cette campagne ne traite spécifiquement des femmes : cette dernière est totalement neutre du point de vue du genre. Daniela Carvalho, coordinatrice du groupe de travail « Elections européennes » de la Direction générale Communication du Parlement européen, raconte : « Nous nous sommes évidemment penchés sur cette question, parce qu’historiquement les femmes votent moins que les hommes. Mais notre objectif majeur est d’avoir accès au plus de citoyens possibles : nous avons donc choisi de parler de thèmes généraux qui touchent tous les citoyens de l’Union européenne ».

- Campagne de la représentation permanente de la Commission européenne en Belgique
A l’inverse, la représentation de la Commission européenne en Belgique a choisi de mener une campagne d’affichage intensive axée sur la problématique de la représentation des femmes au sein des institutions européennes et sur leur vision de l’Europe. Ainsi, les citoyens belges peuvent voir sur tous les transports en commun et sur les routes des affiches ciblées : « A propos : et les femmes ? » ou « Les femmes : un autre regard sur l’Europe ». La campagne est également présente dans les grands quotidiens et les magazines. Selon l’Eurobaromètre, une large majorité d’hommes et de femmes considèrent que les hommes dominent la scène politique et que les femmes apportent une valeur ajoutée à la prise de décision : s’appuyant sur ce constat, Willy Helin, Chef de la Représentation de la Commission européenne en Belgique, a lancé cette campagne originale : « Nous avons voulu illustrer une série de vérités, notamment la faible représentation des femmes dans le monde politique. L’égalité des genres constitue une de nos priorités au sein de la Commission européenne, et nous voulons inciter les femmes non seulement à voter, mais à participer activement à la vie politique. » Au cours d’interviews publiées dans de nombreux magazines féminins belges, Margot Wallström relaie cette campagne : « Les citoyens doivent choisir des responsables politiques qui les représentent et qui défendent les points de vue et les intérêts de tous. Plus de 50% des belges sont des femmes, pourquoi y a-t-il, au mieux, deux fois plus d’hommes que de femmes au pouvoir ? ».
Femmes et hommes ont généralement les mêmes intérêts, mais la campagne lancée par la Commission vise à insister sur la valeur ajoutée des femmes en politique : « Les femmes peuvent aussi apporter une contribution spécifique au débat sur des thèmes cruciaux, souvent relativement délaissés par les hommes, tels que l’éducation, la santé, les enfants, la violence conjugale, la sécurité, l’égalité de salaire, etc... »
La Commission établit donc un lien fort entre la participation électorale des femmes et leur participation politique, reconnu par, entre autres, le Lobby Européen des Femmes (LEF). Dans sa campagne intitulée « 50/50 pour la démocratie » et avec le slogan « Pas de démocratie européenne moderne sans égalité femmes-hommes ! », le LEF réclame la parité au sein du Parlement européen, de la Commission et dans les instances décisionnelles. Car comme le dit Cécile Gréboval, Directrice des politiques au LEF, « l’Europe ne peut plus, en 2009, se permettre une photo de famille d’où les femmes sont inexistantes, cela vaut pour le PE, la Commission et les postes à haut niveau prévus par le traité de Lisbonne. La démocratie européenne ne sera pas complète sans la pleine participation des femmes et la pleine prise en compte des questions d’égalité. » Le LEF lie participation électorale et participation politique : « Nous encourageons vivement les femmes à s’impliquer dans la politique européenne et à voter lors des élections de juin2009, pour assurer que l’Union européenne réponde mieux à leurs attentes et contribue pleinement à l’égalité dans la vie quotidienne », a déclaré Brigitte Triems, Présidente du LEF.

- Margot Wallström, la 1ère femme Vice-Présidente de la Commmission européenne, mène une campagne active pour la participation électorale et politique des femmes
Le Parlement européen n’est pas en reste : sa Commission droit des femmes et égalité des genres a organisé une conférence à l’occasion de la journée internationale de la femme sur le thème « Les femmes et les élections européennes ». Vaste sujet, qui n’a pourtant tourné qu’autour de la représentation des femmes au sein des institutions européennes et nationales. Or, on ne peut que regretter cette focalisation sur la participation politique des femmes : car sans participation électorale des femmes, point de participation politique. Cette conférence aurait pu constituer le lieu idéal du lancement d’un débat sur la nécessité ou non d’une campagne ciblée à destination des femmes au sein du Parlement européen.
Alors, campagne ciblée ou générale ? Ces deux types de démarche ne sont pas foncièrement antagonistes, mais plutôt complémentaires : le Parlement européen informe les citoyens et leur propose de prendre position sur des choix politiques majeurs mais neutres du point de vue du genre, et la représentation de la Commission européenne en Belgique apporte un éclairage sur les problématiques spécifiquement associées aux droits des femmes. Cette campagne innovante mérite d’être saluée et particulièrement soutenue : accrocheuse, elle incite à la réflexion sur des problématiques spécifiques qui nous concernent tous, hommes et femmes. Le public est le même, mais l’approche est totalement différente. En lançant le débat, la représentation de la Commission européenne en Belgique a montré que l’Europe s’intéressait aux femmes. Et ce n’est pas trop tôt !
Comment attirer les femmes ? Les programmes politiques pour les élections européennes
Les résultats d’Eurobaromètre montrent que les femmes et les hommes choisissent de voter pour un candidat selon les mêmes critères : tout d’abord, l’expérience des questions européennes, puis l’orientation politique, et finalement la visibilité. Le genre du candidat vient en dernière position : il intervient dans le choix du candidat pour 5% des femmes et 3% des hommes. Il existe néanmoins de grandes différences entre les Etats membres. En effet, le genre est cité le plus souvent en Finlande (17%), au Danemark (16%), en Belgique et aux Pays-Bas (11%), alors qu’il l’est le moins en France (2%) et au Portugal (1%).
Cependant, même si l’électorat féminin choisit le candidat sur les mêmes bases, nous avons vu que ses préoccupations sont sensiblement différentes. Notamment, les femmes sont traditionnellement plus intéressées par les questions d’égalité des genres et de défense de leurs droits que les hommes. Le LEF a publié un audit examinant les élections européennes dans la perspective du droit des femmes, notamment les manifestes électoraux de quatre des plus importants partis politiques européens. Le LEF a analysé ces manifestes au regard de quatre thèmes majeurs : l’affirmation de l’égalité entre les femmes et les hommes comme une priorité, la réconciliation vie privée/vie professionnelle, la violence contre les femmes et la perspective d’égalité des sexes dans d’autres politiques importantes. Conclusion de cette étude pour Cécile Gréboval, Directrice des politiques au LEF : « Les femmes s’intéresseraient peut-être plus à l’Europe si l’Europe s’intéressait plus aux femmes, intérêt bien insuffisant au vu de notre audit. » Le Parti populaire européen (PPE) et le Parti européen des libéraux démocrates et réformateurs (ELDR) récoltent chacun un feu rouge : le PPE, même s’il mentionne à deux reprises les femmes, ne contient aucune proposition concrète pour l’égalité femmes-hommes. L’ELDR quant à lui ne mentionne tout simplement à aucun moment le mot femmes…. Les Verts européens sont gratifiés d’un feu jaune, indiquant que le manifeste est sur la bonne voie, mais qu’il n’a pas totalement intégré l’égalité femmes-hommes comme une priorité. Les lauriers - et donc le feu vert - sont décernés au Parti socialiste européen (PSE), dont le manifeste consacre une priorité entière sur six à la promotion de l’égalité femmes-hommes en Europe : au-delà des discours, le PSE propose des mesures concrètes pour lutter contre la violence envers les femmes et contre le trafic d’êtres humains, éliminer les écarts salariaux, et concilier vie professionnelle et vie privée. Mais le LEF prévient : « Les organisations de femmes à travers l’Europe tiendront à l’œil la mise en œuvre des ces propositions ! »
Les femmes n’ont pas une totale confiance en l’UE et ne considèrent pas que leurs intérêts soient suffisamment représentés. Elles se déclarent souvent moins bien informées que les hommes et moins intéressées par les prochaines élections. Et pourtant, est-il encore nécessaire de rappeler que l’Europe est bien plus féministe que ses Etats membres ? Que les droits des femmes ont sans cesse été défendus à l’échelle européenne ? Au-delà des campagnes du Parlement européen, de la Commission européenne et des partis, les citoyennes et les citoyens doivent s’informer, et voter en conséquence !
Alors le 7 juin, levez-vous tôt, parcourez les nombreux articles sortis récemment sur les élections européennes, renseignez-vous, lisez les programmes des partis politiques, et allez voter !
Source logo : campagne de la Représentation de la Commission européenne en Belgique


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