Elections européennes en Grèce, un test pour l’UE

Depuis 2010 et l’explosion de la crise de la dette grecque, qui a entraîné celle de l’euro, parler de la Grèce conduit presque inéluctablement à parler de l’Union européenne. Depuis quatre ans, la politique hellénique est largement dictée par la fameuse « troïka » composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du FMI. Dans un pays marqué par une récession extrêmement profonde et une grave crise sociale, et dont le paysage politique est en pleine recomposition, les élections européennes feront presque figure de référendum sur la stratégie de lutte contre la crise de ces dernières années.


C’est peut-être là que les résultats des élections européennes auront le plus d’écho, d’un point de vue symbolique du moins. Là où la crise économique et six ans de récession ont causé le plus de dégâts, avec une dette publique s’élevant à 320 milliards d’euros (175% du PIB), une chute de 38% du niveau de vie et un taux de chômage de 28% (dont 60% chez les jeunes). Là où l’Union européenne (UE) est le plus intervenue en fournissant près de 240 milliards d’euros d’aides à travers ses différents programmes de sauvetage. Là, également, où les manifestations contre l’UE ont été les plus nombreuses (plus de 20 000 en quatre ans selon la police). Là, en Grèce.

Les élections européennes de la fin du mois apparaissent comme un véritable test pour l’UE, quasiment un référendum. En effet, les électeurs européens ont, pour la première fois depuis le début de la crise de l’euro, la possibilité d’exprimer simultanément leur opinion sur l’action de l’Union avec un bulletin de vote. Mais comment ces élections ne pourraient-elles pas être symboliques en Grèce, dans ce pays qui vit depuis quatre ans au rythme des décisions européennes à son égard ? Symboliques, les résultats sortant des urnes grecques pourraient même l’être doublement. En effet, à l’heure où les sondages semblent faire la part belle aux mouvements d’extrême-droite dans un nombre croissant de pays de l’Union, il est possible de voir arriver en tête en Grèce le parti de la gauche radicale, Syriza. Un parti qui a fait de l’opposition aux programmes d’austérité imposés par la Troïka son principal cheval de bataille, et dont le leader, Alexis Tsipras, est le candidat de la gauche radicale européenne à la présidence de la Commission (désigné à 84% lors du Congrès du Parti de la Gauche européenne à Madrid en décembre 2013).

Certes, la situation économique de la Grèce semble s’améliorer depuis quelques temps. Le 10 avril, pour la première fois depuis quatre ans, Athènes a fait son retour sur les marchés financiers en levant trois milliards d’euros sur cinq ans, faisant dire au premier ministre conservateur Antonis Samaras : « Les marchés internationaux ont exprimé d’une façon incontestable leur confiance dans l’économie grecque, dans l’avenir de la Grèce et dans sa capacité à sortir de la crise ». De plus, le retour de la croissance est enfin annoncé, à hauteur de 0.6% pour 2014. De là amener les Grecs à soutenir l’action de leur gouvernement – une coalition entre la Nouvelle-Démocratie, ND, parti de la droite conservatrice, et le PASOK, parti socialiste, dont l’ancien premier ministre Georges Papandreou était aux manettes lors de l’élaboration des premiers plans de sauvetage ? Une bonne partie des électeurs grecs ne semble pas voir la situation de cet œil-là, loin s’en faut.

D’abord, car ces avancées restent limitées, mais surtout car la vie quotidienne des Grecs ne s’est pas améliorée. Dans les rues, la désespérance sociale est plus que jamais présente. Dans ce contexte, un parti a émergé, et contrairement à de nombreux pays européens, il n’est pas à l’extrême-droite de l’échiquier politique. Syriza, parti de la gauche radicale, a ainsi récolté 26% des suffrages aux dernières élections législatives, en 2012. Il est ainsi devenu le principal parti d’opposition à la Nouvelle Démocratie (30% des voix aux législatives), s’imposant comme le premier parti de la gauche loin devant le PASOK, le parti socialiste grec à la dérive et désormais en pleine crise. Les prévisions pour ces élections européennes prédisent d’ailleurs un coude-à-coude entre Syriza et ND en tête du scrutin. Selon le dernier sondage paru, le 4 mai par l’institut Metron Analysis, ND récolterait 28,4% des suffrages, contre 27.6% pour Syriza. En avril, le même institut de sondage donnait 1.4% d’avance au parti d’Alexis Tsipras sur celui d’Antonis Samaras. « Nous serons la surprise de ces élections » a ainsi déclaré Tsipras.

Aube Dorée, le parti d’extrême-droite, reste lui à la marge. Bien que largement médiatisé, notamment suite à l’assassinat d’un rappeur antifasciste et à l’arrestation de plusieurs de ses dirigeants, son influence reste « relativement » limitée dans l’opinion grecque. D’après les sondages, il ne devrait arriver qu’en quatrième position aux européennes, avec 6% des voix.

Une autre surprise de ce scrutin en Grèce est qu’à la troisième place, on ne devrait pas trouver le PASOK (qui est lui sixième, derrière le parti communiste, et pourrait n’obtenir qu’un seul siège de député européen, voire aucun). C’est en effet La Rivière (« Potami », en grec), qui complète pour l’instant le podium. Ce mouvement a été créé il y a quelques semaines seulement par un journaliste vedette de télévision, Stavros Theodorakis. Sans orientation politique claire mais avec un style bien à lui (jean, baskets, sac à dos, franc-parler), Theodorakis a fait appel à des personnalités de la société civile pour montrer sa différence avec les partis politiques traditionnels qu’il critique. Potami est largement critiqué par les autres partis grecs notamment du fait qu’il a dans ses rangs des magnats des médias et qu’il n’a pas de programme politique clairement établi. La nouvelle formation politique se déclare néanmoins en faveur de l’euro et d’une Europe fédérale et souhaite un Parlement renforcé.

Si ces résultats venaient à être confirmés dans les urnes, ils ne résonneraient pas seulement comme un nouveau vote sanction à l’égard de la classe politique grecque, mais également à l’égard de l’UE et de la politique qu’elle a inspiré dans le pays depuis quatre ans – et ce même si les européennes n’ont pas de répercussions politiques internes immédiates. Alexis Tsipras, désormais l’homme fort de la gauche grecque, combat vertement la politique européenne actuelle, qualifiant l’austérité imposée par l’Union de « barbare » et ayant affirmé, lors d’une visite en France en février, sa volonté « d’envahir la Bastille du néolibéralisme global qu’est l’actuelle Europe néolibérale ». Syriza ne préconise pas, cependant, une sortie de l’Europe ou de l’euro, mais une autre politique, avec par exemple l’abandon d’une partie de la dette du pays, des réformes davantage portées sur l’emploi, une meilleure répartition des richesses… Sans toutefois préciser comment cette nouvelle politique pourrait être mise en place ni, surtout, comment il pourrait la faire accepter par ses partenaires européens - point faible de son argumentaire régulièrement pointé par ses critiques.

A l’opposé, le principal concurrent de Syriza, le partie de la Nouvelle-Démocratie du Premier Ministre Antonis Samaras, se positionne généralement dans la ligne du Parti populaire européen (PPE) auquel il appartient, revendiquant la nécessité de poursuivre les mesures d’austérité et la réduction de la dette.

Cette politique européenne ne serait d’ailleurs pas directement remise en cause pas une victoire de Syriza aux élections européennes... ne serait-ce que parce que le Parlement européen n’a pas de rôle formel dans l’élaboration et l’adoption des « programmes » administrés par la Troïka. Néanmoins, un résultat d’ampleur du parti de Tsipras aurait sans aucune doute une portée symbolique importante, d’autant plus si celle-ci s’accompagne d’une percée de la GUE (le groupe de la gauche de la gauche au parlement européennee) de manière générale. Certaines enquêtes d’opinion prévoient que la GUE pourrait voir son nombre de sièges au Parlement européen passer de 35 sièges à 50 (sur 751), voire 60 selon les projections les plus optimistes. L’ambition avouée des partis de la GUE est que de tels scores (auxquels il faudrait ajouter ceux de nombreux partis eurosceptiques sur la droite de l’échiquier politique) créent une onde de choc politique poussant à une réorientation des politiques économiques conduites par l’Union. C’est probablement également l’espoir d’un bon nombre d’électeurs de Grèce.


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Erwin Canard

Journaliste de presse écrite spécialisé dans l’éducation et l’enseignement, des thèmes qui le passionnent, Erwin n’en reste pas moins un témoin attentif de la politique française et européenne. Avant d’être diplômé de l’Ecole de Journalisme de Marseille, (...)
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