Ajouter un commentaire

Espagne : Rajoy, la victoire triomphale, mais sans convaincre

Recommander cet article

Après deux tentatives infructueuses et 8 ans passés dans l’opposition, Mariano Rajoy, 56 ans, voit enfin s’ouvrir les portes du Palais de la Moncloa, le siège de la présidence du gouvernement espagnol. Il deviendra dans quelques semaines le sixième président du gouvernement espagnol de l’ère démocratique.


Les élections législatives de la semaine dernière ont eu lieu dans un contexte politique européen tendu. Dans les jours précédant le scrutin, la pression des marchés avait fait tomber deux gouvernements européens, ceux de Georges Papandréou et de Silvio Berlusconi. Le cas espagnol, s’il a lui aussi clairement été poussé par les marchés, s’inscrit dans une ligne légèrement différente puisque le premier ministre sortant, le socialiste Jose Luis Zapatero, avait annoncé dès le mois d’aout la tenue d’élections anticipées, faisant également savoir qu’il ne s’y présenterait pas.

Le parti populaire, dont la victoire était annoncée, a gagné ces élections par un résultat historique : il obtient 186 députés au Congrés, le plus haut score enregistré depuis le retour à la démocratie, contre seulement 110 pour el PSOE, qui perd 59 sièges et surtout 4,3millions d’électeurs. Comme prévu, les Espagnols ont donc sévèrement puni le gouvernement socialiste sortant, dont les sévères mesures d’austérité n’ont su empêcher le pays de se retrouver dans une situation économique dramatique, avec notamment 22% de chômage (le plus haut niveau depuis 15 ans.

JPEG - 57 ko

Dans une telle situation, la victoire du PP est tout sauf euphorique, d’autant plus lorsque l’on se penche de plus près sur le contexte politique dans le quel elle a eu lieu. L’abstention, certes de manière moins forte que prévue, pour atteindre 29%. Surtout, nombre d’observateurs espagnols ont vu dans ces élections du 20 novembre une simple « formalité » destinée avant tout à rassurer les marchés et non à dessiner une perspective politique pour le pays. La pauvreté de la campagne électorale et l’absence de tout programme politique concret de la part des deux principaux candidats n’ont en effet pas manqué de conforter dans leur opinion les déçus de la politique espagnole, pour qui ces élections ont surtout constitué une parodie démocratique.

Les Espagnols ne semblent donc pas avoir choisi Mariano Rajoy et le Parti populaire comme une option politique. Au contraire, ils semblent involontairement avoir participé à un plébiscite sur l’appropriation politique et démocratique par les marchés de l’Etat de droit. Malgré les élections, le retour du parti populaire au pouvoir laissent le même goût que les chutes respectives de M. Papandreou et Berlusconi : celui d’une situation dans laquelle les acteurs politiques nationaux ne contrôlent plus les règles du jeu démocratique. La légitimité obtenues dans les urnes par Mariano Rajoy semble au final aussi artificielle que dans les deux autres cas, particulièrement dans le contexte d’une Espagne « indignée » et privée d’une vraie campagne électorale.

Cette victoire de la droite espagnole, qui a déjà une grande puissance politique à l’échelle locale et régionale, impose néanmoins au parti populaire un devoir de responsabilité politique à l’heure de gouverner : il devra faire face à un pays en crise asphyxié par le chômage et sur le point de tomber dans une profonde récession. Si Mariano Rajoy a déjà annoncé des sacrifices et des larmes pour rétablir l’équilibre budgétaire, il y a encore beaucoup d’inconnues quant au contenu du programme du parti populaire. Les marchés restent préoccupés sur l’apparent manque de leadership et de volonté politique du futur président du gouvernement. D’autant plus que bien que disposant de la majorité absolue, le parti populaire devra éviter de tomber dans l’autisme et opter pour une gestion ouverte au dialogue et la coopération avec tous les partis qui ont obtenu une représentation parlementaire ainsi qu’avec les partenaires sociaux.

JPEG - 246.7 ko
Indignados

Les « indignés » des grandes villes espagnoles, force sociale depuis ces derniers mois mais grande absente de la campagne électorale écoulée

Source : calafellvalo, flickr.com

Mariano Rajoy devra toujours se rappeler que plus qu’un vote d’adhésion à sa personne, les Espagnols lui ont accordé une confiance résignée pour sortir le pays de la crise. Quant aux investisseurs, le changement de gouvernement ne semble pas leur avoir inspiré une grande confiance quant à la capacité du pays à améliorer rapidement la situation économique et budgétaire. L’UE a averti que si le nouveau gouvernement n’adopte pas une politique courageuse d’austérité l’Espagne n’aura pas d’aide extérieure.

Mariano Rajoy a probablement profité de sa victoire ces derniers jours, mais les élections de ce 20 novembre laissent pour l’instant l’Espagne sous d’épais nuages noirs. Le pays se dirige tout droit vers la récession et les prévisions annoncent une croissance zéro jusqu’à 2013, au moins. Pour Rajoy, cette victoire à la troisième tentative est celle de la persévérance, mais il lui reste à démontrer par les faits que son ambition politique ne se résume pas à cela.


Recommander cet article
reagir   Imprimer   envoyer par mail   Auteurs
Espace réactions (1)
ds Ajouter un commentaire
kinos
4 décembre 2011
16:11
Espagne : Rajoy, la victoire triomphale, mais sans convaincre

Excellente analyse, en 2012 qui va voter en France, la démocratie ou les marchés comme en Espagne, Italie ou Irlande ?

ds Réagir à ce commentaire
ds Ajouter un commentaire
Espagne
Les deux « miracles économiques » européens de ces dernières années sont parmi les pays les plus touchés par la crise. La fin d’un modèle (...)
Politique nationale
Quand la mode des technocrates vide l’Europe de tout sens du politique.
Entretien avec l’eurodéputé Stéphane Le Foll, en charge de l’animation de la campagne de François Hollande.

Auteurs

Lorenzo JUILLET YAGÜE

Presidente Euros du village-España; Redactor jefe

Laurent est titulaire d’un DEA en droit public général de l’Université du Pays basque. En défendant sa thèse sur l’évolution institutionnelle du conseil européen à l’Université de Salamanque et à l’Université de Bordeaux, il obtient également un double titre (...)
  Les plus lus Les plus commentés
Depuis un mois | Depuis toujours
Derniers commentaires

Thanks for taking this topic, i really love reading this article. I get something new here.

Sillas sur Le Parlemètre, l’étude d’image du (...) | 22 février 2012, 09:25 (5)

Complétement d’accord avec vous, cette corruption organisée est une véritable gangrène.

michel martin sur Lobbying et corruption : le guide (...) | 20 février 2012, 09:30 (1)

Bonjour Mr / Mme Pour commencé, je tiens à dire à vous tous qui êtes à la recherche d’un prêt pour la mise en Place de vos projets ou pour consolider vos dettes. Vous avez besoin D’un fonds de (...)

ritz sur AVORTEMENT : une revendication (...) | 19 février 2012, 09:42 (14)

Le combat est déja perdu et il sera difficile de faire quelque chose car la finance peut se déplacer d’un pays à un autre facilement, c’est en réglementant un ensemble qui permettra d’avoir une (...)

poulo sur La Taxe sur les Transactions financières | 18 février 2012, 19:59 (3)

I absolutely love reading this article, the manner of writing is outstanding.This post as usual was instructive, I have had to bookmark your website and subscribe to this feed in googlereader. (...)

Gerrard sur Le Parlemètre, l’étude d’image du (...) | 17 février 2012, 07:14 (5)

Ils nous tweetent
Facebook

L’affaire de corruption au Parlement européen, mettant en cause 3 eurodéputés sur les 60 approchés par le Sunday Times vous semble

Les blogs des sections locales et thématiques du groupe Euros du village
La Grèce au bord de la banqueroute ?
Par Camilla Barbezat
20 février 2012

Le Groupe des Belles Feuilles (GBF), rassemblement de jeunes professionnels intéressés par les questions européennes, lance « Vigie 2012 », une initiative innovante pour scruter la place de l’Europe dans la campagne présidentielle.

Inspiré des méthodes de fact checking américaines, le site décortiquera jusqu’au second tour les interventions des candidats et la place réservée aux questions européennes dans les médias avec un double objectif : démêler le vrai du faux et mesurer la place de l’Europe dans le débat.

L’opération, indépendante, est financée intégralement par la Fondation Hippocrène.

Vigie 2012 : le fact-checking européen de la présidentielle

Politique
Economie
Société & Médias
Développement durable
Affaires intérieures
Affaires extérieures
Bruxelles & Euro-bulle
France
UE 27
L’autre Europe
Monde
© Groupe Euros du Village 2010 | Mentions légales | Site réalisé avec SPIP | Réalisation technique et design : Media Animation & Euros du Village France