la vidéo a été postée sur Youtube par un proche du MPF de Philippe de Villiers
Sous de nombreux aspects, du point de vue « eurosceptiques », cette campagne européenne ressemble aux précédentes. Dans de nombreux États membres, les candidats traditionnels ou les « sortants » tels que Philippe De Villiers en France, Nigel Farage au Royaume Uni, ou les candidats de la Ligue du Nord en Italie et de la Liste de Juin en Suède font entendre de leur voix.
De même, on peut, sauf surprise majeure, s’attendre à des arguments similaires à ceux déployés lors des campagnes précédentes : critique du trop grand poids de « Bruxelles » (et notamment critiques acerbes sur les fonctionnaires communautaires et/ou les commissaires), craintes d’ une dilution de l’ influence des États membres, préférence à un schéma inter-gouvernemental classique.
Les panoplies varient cependant selon les États membres, la Commission étant plutôt un danger pour l’environnement et les droits des travailleurs (Suède, Danemark, France), ou davantage une entité bureaucratique trop régulatrice (Royaume-Uni, République tchèque, Allemagne).
Les modérés, les radicaux, ceux de droite, ceux de gauche
Il est de plus vraisemblable d’assister à une campagne distincte entre euro-sceptiques modérés et euro-sceptiques radicaux : ainsi au Royaume Uni, les Conservateurs et le Parti de l’Indépendance du Royaume Uni (UKIP) s’affrontent. Sans compter Libertas, une étonnante agrégation pan-européenne de partis anti-traité de Lisbonne. En République tchèque, deux listes concurrentes se proclament euro-sceptiques : Libertas.cz, présidé par Vladimír Železný, et le parti des citoyens libres de Petr Mach (SSO). En France, se bouscluent des euro-sceptiques de droite (Nicolas Dupont-Aignan avec Debout la république et Philippe De Villiers avec le MPF) et de gauche (Jean-Luc Mélenchon et le Nouveau Parti Anti-capitaliste d’Olivier Besancenot).
Il est tout de même un sujet sur lequel tous les euro-sceptiques se rejoignent : le rejet total du traité de Lisbonne (en cours de ratification)... tout comme les eurosceptiques rejetaient le projet de traité constitutionnel en 2004.
L’élargissement et Libertas, grandes nouveautés de l’élection de 2009
Certains signes donnent pourtant aux élections européennes de 2009 une saveur nouvelle. Au premier rang desquels, l’élargissement et l’originalité que représente une élection dans 27 États membres. Profitant de l’élargissement, le groupe eurosceptique « Union pour l’Europe des Nations » (UEN) est devenu en 2004 la quatrième force politique du Parlement Européen. L’arrivée de la Bulgarie, de la Pologne, de la République tchèque, de la Lettonie et de la Lituanie aura élargi, outre l’Union, les rangs de l’euroscepticisme au Parlement Européen, ainsi que, dans une moindre mesure, au Conseil.
Le deuxième changement est l’émergence de Libertas, sous l’égide de Declan Ganley, héraut du NON au traité de Lisbonne en Irlande. Le prolongement d’une campagne référendaire en campagne électorale n’est pas nouveau (Liste de Juin en Suède et au Danemark, campagne actuelle de J.- L. Mélenchon ou P. De Villiers en France). Cependant, pour la première fois, cette campagne entend se faire au niveau européen : Libertas veut être présent (même slogans, même matériel de campagne) dans tous les États membres. Paradoxe, puisque ce sera un mouvement tout sauf pro-européen et qui ne se distingue pas particulièrement par son unité qui aura réussi à mener l’une des premières campagnes paneuropéennes.
Jusqu’à aujourd’hui, les candidats eurosceptiques étaient principalement élus dans les États membres de la « périphérie » et dans les pays ne prenant pas part à toutes les politiques de l’Union : au Danemark, en Irlande, en Lettonie, en Lituanie, en Pologne, au Royaume- Uni, en Suède. A ce titre, la possibilité d’ une nouvelle division économique et politique en Europe, soutenue par Jean Pisani-Ferry et Zsolt Darvas, dans une étude pour le think tank Bruegel, peut constituer un ressort de choix pour les partis eurosceptiques. Les opportunités de gagner des voix dans les zones les plus prospères et les plus traditionnellement euro-enthousiastes de l’Union (Allemagne, Belgique, France, Italie, Pays- Bas) croit considérablement au fur et à mesure que croit le désenchantement vis à vis de l’Europe. En période de crise, par ailleurs, un sentiment de « payer pour les pauvres » peut se renforcer dans les autres pays contributeurs nets (Suède, Autriche, Pays- Bas) et ainsi jouer en faveur des mouvements euro- sceptiques.
Vers un grand groupe eurosceptique au Parlement européen ?
Quant aux institutions, il est certain que le Parlement Européen sera le premier affecté du possible renforcement, ou du moins de la stabilisation, de l’euroscepticisme. Il pourrait compter, lors de la prochaine législature, un nouveau groupe eurosceptique unique et d’envergure.

- David Cameron, leader des « Tories », le parti conservateur britannique
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Le Movement for a European Reform, qu’il a fondé, ambitionne de constituer un groupe de premier plan au Parlement européen, au détriment du PPE.
Credit photo : Steve Back - www.politicalpictures.co.uk
Plusieurs évolutions sont à prévoir :
L’émergence très probable d’un nouveau groupe eurosceptique de centre-droit selon les contours du parti « Mouvement pour une réforme européenne (MER) », fondé en 2006 par David Cameron, leader du Parti conservateur britannique, qui n’a pas de reconnaissance officielle, mais dont les composantes sont actuellement membres du parti populaire européen (PPE), le principal groupe du Parlement européen. Ce groupe rassemblerait les conservateurs de Droit et Justice (PiS, Pologne) actuellement dans le groupe UEN, les conservateurs de l’ODS ( République tchèque/ PPE- DE), les possibles élus de la Liste DeDecker belge et les eurodéputés actuels du groupe UEN (Ligue du Nord en Italie, Parti du Peuple danois, conservateurs lituaniens et lettons).
L’actuel groupe Union pour l’Europe des Nations (UEN) ne semble pour sa part pas en capacité de survivre aux prochaines élections européennes, Alliance Nationale (Italie) rejoignant le groupe PPE, le Fianna Fail (Irlande) rejoignant le groupe des libéraux, l’ALDE. Le reste des eurodéputés composant l’UEN sont pressentis pour rejoindre le Mouvement pour une réforme européenne.
Il est en outre fort probable de voir émerger un nouveau groupe eurosceptique structuré autour d’élus des listes de Libertas. Si Libertas n’arrive pas à atteindre le seuil suffisant pour constituer un groupe, la question de la fusion avec le nouveau groupe eurosceptique pourrait se poser, même si bien des positions sont difficilement conciliables (agriculture, atlantisme).
Le groupe Groupe Indépendance/Démocratie (IND/DEM), dont le leitmotiv est le refus d’un « super-Etat » européen et le respect des identités nationales, et qui compte dans ses rangs les trois élus du MPF de Philippe De Villiers, peut être également affecté par le succès de Libertas. Ce groupe a en effet peu de chance de passer le seuil des 25 membres requis pour constituer un groupe, même si le Parti de l’Indépendance du Royaume Uni (UKIP), sa principale composante réitère sa performance de 2004 (8 euro députés).
A travers le complexe jeu politique à venir une fois le verdict des urnes rendu se posera donc la question de la cohérence d’un futur groupe eurosceptique. Avec un spectre allant des conservateurs britanniques, plus au centre, aux nationalistes polonais ou baltes, cette question laisse ouverte celle du positionnement. Si ce nouveau groupe se positionne au centre et parvient à négocier avec les grands groupes traditionnel, son influence sera décisive. S’il se positionne comme beaucoup plus conservateur, il est fort probable de le voir souvent marginalisé.
Les négociations sont d’ores et déjà en cours pour la création d’un tel rassemblement au sein du Parlement. La principale inconnue ne repose plus sur l’« avec qui ? » mais le « combien ? ». Car l’objectif est de devenir le plus grand groupe politique possible pour peser au Parlement.
Quel impact sur les politiques européennes ?
D’une part, au moment de l’investiture de la Commission, ce nouveau groupe pourrait influencer de manière décisive le choix des candidats commissaires. Il convient de s’attendre à la nomination possible de commissaires eurosceptiques militants et très conservateurs, puisque le système institutionnel européen veut que les futures commissaires soient approuvés par le Parlement sur proposition des États membres réunis au Conseil. En cas de constitution d’un grand groupe eurosceptique, il est peu probable que le Parlement Européen nouvellement élu réitère ses coups d’éclat de 2004 : sa ferme opposition à une candidate lettone eurosceptique et à un candidat italien très conservateur avaient contraint le président Barroso de retirer leurs candidatures. On se souviendra de l’épisode mémorable du tollé qu’avaient suscité au Parlement les propos du candidat Rocco Buttiglione lors de son audition devant les parlementaires : « la famille existe pour permettre aux femmes d’avoir des enfants et d’être protégées par un homme qui prenne soin d’elles », ou encore « l’homosexualité est un péché pour moi, en tant que chrétien ». La Commission pourra cette fois-ci courir un risque de « Blocherisation », du nom de Christophe Blocher, populiste suisse qui a progressivement réussi à se hisser au plus haut du système politique de la confédération hélvétique.
D’autre part, les eurosceptiques peuvent imprimer leur marque sur l’ agenda politique de l’Union. Plusieurs projets ou positions de l’Union pourront ainsi évoluer selon la configuration du Parlement élu en juin : une politique extérieure plus intergouvernementale, un espace de sécurité et de justice plus restrictif, des élargissements ajournés, une politique de communication enterrée, une politique environnementale moins ambitieuse. D’une manière générale, il est probable que la Commission soit encore plus frileuse en termes d’initiatives politiques, et que le Conseil, déjà en position de force, soit le grand bénéficiaire de cette absence de propositions. On pourrait donc assister à un renversement historique d’alliances au sein du triangle institutionnel, le Parlement préférant s’allier au Conseil qu’à la Commission, au risque de perdre le peu d’influence qui lui reste après 5 années de présidence Barroso.


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