Ajouter un commentaire

IMMIGRATION : L’intégration selon l’Union Européenne

Recommander cet article

Un nouveau critère de sélection des immigrés ?

Le programme de La Haye, plan d’action en matière de Justice et Affaires intérieures pour les prochaines années entré en vigueur en mars 2005, propose une première définition communautaire de la notion d’intégration des ressortissants d’Etats tiers. Cette définition mérite à mon sens une analyse critique, parce que placée dans une optique trop restrictive de l’immigration. Revenons tout d’abord sur les trois points qui la composent.


Le programme de La Haye, ainsi, dispose que « l’intégration :
- est un processus permanent à double sens, qui concerne à la fois les ressortissants de pays tiers en séjour régulier dans l’UE et leur société d’accueil ;
- englobe la politique antidiscriminatoire, mais ne se limite pas à celle-ci ;
- implique le respect des valeurs fondamentales de l’Union européenne et des droits de l’homme ;
- requiert la possession des compétences de base nécessaires pour participer à la vie en société ;
- repose sur des échanges fréquents et le dialogue interculturel entre tous les membres de la société, dans le cadre d’enceintes et d’activités communes, afin d’améliorer la compréhension mutuelle ;
- couvre des domaines d’action variés, dont l’emploi et l’éducation. »

Premier élément : la réciprocité

En premier lieu, la proposition « l’intégration est un processus à double sens », entre les ressortissants d’Etats tiers et la société d’accueil, fait apparaître l’idée centrale de réciprocité. C’est un premier élément de ce que j’appellerais le « modèle européen » d’intégration. Cette conception ne fait en effet que refléter un certain consensus, ou tout un moins un processus de convergence récent en Europe, en matière de politique migratoire, autour de la notion de contrat. Deux exemples significatifs sont l’Allemagne et la France, avec d’une part la mise en place de « programmes d’intégration nationale » consistant en des cours d’allemand et une sorte de formation civique dans le cadre de la loi Otto Schily de mars 2002 pour l’Allemagne, et d’autre part la mise en place du « Contrat d’accueil et d’intégration » à l’été 2003 parallèlement à la loi Sarkozy sur le contrôle de l’immigration pour la France. Par ce contrat, l’Etat français s’engage à assurer à l’immigré toute une série de services d’accueil de qualité, c’est à dire une formation civique, une visite médicale, éventuellement un suivi social, mais surtout un enseignement de français gratuit et adapté au niveau de la personne. Le primo-arrivant en échange, s’engage à respecter les valeurs de la République et à s’efforcer de s’intégrer à la société française, (c’est à dire dans un premier temps à participer à toutes ces formations). Par ailleurs, le non respect des dispositions du contrat peut avoir des conséquences, en Allemagne comme en France, sur l’obtention ou le renouvellement des titres de séjour. Dans les deux cas, allemand comme français, et dans la continuité des politiques mises en œuvre dans les pays nordiques depuis plusieurs années, il s’agit de mettre l’accent sur la notion d’engagement réciproque et, par cet acte symbolique, de provoquer une prise de conscience chez l’immigré récemment arrivé quant à l’importance de son intégration pour sa vie sociale, de le responsabiliser en quelque sorte. Ces exemples permettent de voir la signification concrète de ce premier principe de la définition européenne de l’intégration, à savoir la réciprocité de l’engagement, et de voir que ce principe a effectivement une portée importante dans les faits.

Second élément : le multiculturalisme

En second lieu, l’Europe semble vouloir se distinguer des Etats Unis par exemple en proposant un modèle plus ambitieux de gestion du multiculturalisme qu’une simple politique « antidiscriminatoire ». Un modèle qui serait davantage en conformité avec « les valeurs fondamentales de l’Union et des droits de l’homme ». Sans s’en tenir à l’image caricaturale du « salad bowl » américain, l’Union semble tout de même ici faire référence aux modes de gestion communautaristes du multiculturalisme, type politique de quotas ou « affirmative action », qui tendent à ériger la différence en principe de classification, pour les écarter. On peut alors s’interroger sur l’alternative que l’UE entend promouvoir. L’option libérale théorisée par Rawls dans ce débat sur le multiculturalisme, semble tout à fait conforme aux « valeurs fondamentales de l’union » évoquées dans la définition, puisque selon cette conception doit primer l’universalisme (idée d’un nécessaire « voile d’ignorance » sur les différences développée par Rawls), les politiques qui découlent de cette conception s’attachant, dans une optique palliative, à compenser les inégalités observées.

Troisième élément : les moyens pour une intégration réussie

Le dernier élément de la définition européenne de l’intégration concerne les moyens considérés comme pertinents pour une intégration « réussie » : par la « possession des compétences de base nécessaires pour participer à la vie en société » on peut entendre par exemple la maîtrise de la langue, comme nous l’avons évoqué plus haut dans la présentation des politiques de contrat allemandes et françaises. Apparaissent également au titre des instruments privilégiés d’intégration l’emploi et l’éducation.

Un manque de générosité vis-à-vis des immigrés ?

Peut-être peut-on commencer l’analyse critique par ce dernier point : celui des moyens.

La maîtrise de la langue, l’emploi et l’éducation me paraissent effectivement être les « moyens » les plus efficaces d’intégration des immigrés. Ayant personnellement eu l’occasion de participer, dans le cadre d’un stage, à la mise en place du contrat d’accueil et d’intégration à l’été 2003 sur les structures lilloises, j’ai pu réaliser à quel point la langue était l’outil fondamental pour s’intégrer, et à quel point une formation linguistique gratuite répondait à un réel besoin pour les immigrés récemment arrivés en France. L’emploi est évidemment également un lieu privilégié de socialisation. Toutefois, il faut être prudent quant à l’utilisation qui peut être faite de cette idée d’intégration par le travail : la loi adoptée en 2001 au Danemark par exemple, tendait certes à faciliter l’accès au marché de l’emploi aux immigrés en abaissant les exigences linguistiques notamment, mais elle permettait aussi de payer un immigré qui avait des « difficultés spéciales » (mauvaise connaissance du dannois, manque de formation professionnelle) en dessous du salaire minimum pendant un an…S’agit-il encore dans ce cas réellement d’un souci d’intégration des immigrés ? On le voit, si les moyens privilégiés retenus par l’Union semblent pertinents, tout dépend de l’utilisation qui en sera faite par les Etats.

Ce sont en effet les Etats qui sont appelés à appliquer cette définition et à lui donner ainsi tout sons sens. Malgré le récent passage à la majorité qualifiée pour certains domaines spécifiques en matière d’immigration, tels que la politique des visas ou les mesures de lutte contre l’immigration clandestine, c’est à dire traitant exclusivement de l’entrée sur le territoire des Etats membres, (du fait de la dynamique engagée par les accords de Schengen), les politiques de gestion du séjour des immigrés une fois entrés légalement restent encore, à l’heure actuelle, largement du ressort des Etats membres. C’est une compétence régalienne, qui touche en outre à la politique sociale. On peut donc aisément prévoir que les Etats ne seront pas prêts à y renoncer dans un avenir proche, et on peut ainsi s’interroger sur la pertinence de l’idée d’une définition européenne de l’intégration : Est-ce réellement une conception commune de la manière de gérer l’immigration dans son volet séjour ? ou est-ce une compilation des différents modèles nationaux en vigueur dans les Etats membres aujourd’hui, qui au mieux convergeraient vers un minimum définitionnel (qui serait la notion de contrat et l’accord sur ce que ne doit pas être la politique européenne d’intégration) ? En l’absence d’une véritable communautarisation de la politique d’immigration, on peut en effet s’attendre à ce que, conformément au principe de subsidiarité, chaque Etat continue à appliquer le moyen qui a historiquement été utilisé dans son pays : l’emploi et l‘habitat en Allemagne, le droit de vote local aux étrangers dans les pays nordiques, les trois moyens explicitement mentionnés dans le texte de La Haye étant ceux qui font sans aucun problème l’unanimité. On remarquera notamment que n’est nullement mentionnée la question pourtant fondamentale de la naturalisation et de son lien éventuel avec le processus d’intégration, probablement parce que beaucoup plus problématique à l’heure d’obtenir le consentement de l‘ensemble des Etats membres. Ainsi il convient à mon sens de relativiser la portée de cette définition européenne de l’intégration, ou tout du moins son caractère européen, au sens de modèle unique pour tous les Etats. Cette remarque doit être comprise comme une observation et non une critique : elle vise simplement à attirer l’attention sur le fait que nous n’en sommes qu’aux prémisses d’une véritable politique européenne en matière de séjour des étrangers. Le simple souci de faire figurer dans le programme de La Haye une définition de l’intégration, si limitée soit-elle, est déjà une évolution très positive en soi, car elle montre déja que l’intégration est une préoccupation commune des Etats.

Ma critique porterait en revanche davantage sur le sens qui semble être donné à l’intégration dans cette définition et surtout au regard de ses applications : l’Union semble avec cette définition s’orienter vers le modèle allemand du « gastarbeiter », du travailleur invité, autrement dit de l’immigré dont on a besoin. On est avec ce modèle bien loin de l’idée d’une Europe généreuse. L’intégration a priori inclut, elle exclut aussi, dans ce modèle , ceux qui ne seront pas en mesure de satisfaire aux critères d’intégration (maîtrise de la langue…je pense notamment aux personnes âgées…).

Ainsi cette définition, si elle témoigne d’un modèle européen des politiques migratoires en gestation et représente ainsi une avancée incontestable, elle contient aussi, selon moi, en filigrane, une conception trop restrictive de l’immigration, parce que basée sur l’immigration utile à court terme. Peut-être l’UE pourrait-elle se permettre une politique de l’immigration plus généreuse.

Illustration : image extraite du film de Charlie Chaplin, The Immigrant, 1917


Recommander cet article
reagir   Imprimer   envoyer par mail   Auteurs
Espace réactions (6)
ds Ajouter un commentaire
moi
8 novembre 2007
15:23
IMMIGRATION : L’intégration selon l’Union Européenne

très bon texte :)

ds Réagir à ce commentaire
Nomion Jr.
5 mars 2008
15:32
IMMIGRATION : L’intégration selon l’Union Européenne

On en est effectivement aux premisses d’une approche euroéenne de l’intégration. A mon avis, celle ci doit porter plus sur la méthode que sur le contenu e, et il s’agirait ’d’accompagner’ les immigrants légaux présents sur le territoire, plutôt que de les laisser faire face à des institutions peu accueillantes en général., avec une réelle prise en charge aux différents niveaux d’administration en fonction des compétences. La méthode, c’est aussi identifier des bonnes pratiques dans ce domaine en Europe et de les mettre en évidence, le fOnds Social Européen a unrôle à jouer à ce sujet.

ds Réagir à ce commentaire
Lafrance
30 juillet 2008
16:17
IMMIGRATION : L’intégration selon l’Union Européenne

J’aimerai bien ne plus voir aucuns immigrants des pays du maghreb ou de l’afrique musulmane sur nos territoires d’europe . La france.

ds Réagir à ce commentaire
Par LeMonde
13 janvier 2009
09:48
IMMIGRATION : L’intégration selon l’Union Européenne

je ne comprend pas votre point de vu nous sommes dans un monde libre il ni a plus la france aux français, l’italie aux italiens ,l’angleterre au anglais ect....Dans ce cas , si le monde fonctionnait ainsi moi je ne veux plus voir de roux en France

MAGHREB
28 octobre 2009
13:01
IMMIGRATION : L’intégration selon l’Union Européenne

Je suis tout a fait d’accord avec « Le Monde » .L’époque ou l’on proclamait la france aux francais est révolue de plus l’immigration est aussi un enrichissement culturel et de nombreuses personnes qui sont aujourd’hui de « grosses têtes » sont des enfants d’immigrés. Alors j’interdis tous sous-entendus racistes c’est ridicules et totalement stupides et pathétiques. Enfin je vous signale que l’islam est la première religion a être véritablement pratiquée.

Balsaux
24 décembre 2009
12:03
Racisme
IMMIGRATION

XENOPHOBIE ET RACISME Il est bon de rappeler aux ignorants que tout Belge depuis plus de 2500 ans est un étranger, produit de l’accueil, de l’immigration et d’invasions sanglantes ou pacifiques. Car avant la venue durant vingt-cinq siècles de tous nos ancêtres, cette terre n’était que marécages et désert forestier.

Ils ont pour noms : Celtes, Gaulois, Francs, Vikings, Romains, Espagnols de l’Inquisition, Frisons, les Français napoléoniens et des Teutons des occupations. Mais aussi nombreux issus de nos colonisations, de souverainetés éphémères durant les croisades, en Chine des Boxers et en Afrique des esclaves.

Ces vagues successives de populations n’ont pas été la cause uniquement de bains de sang ou d’influences religieuses. Elles eurent plus fréquemment pour conséquences de voir s’installer sur notre sol des ouvriers et des artisans. De nombreuses connaissances nous sont ainsi venues car les premiers arrivés de la préhistoire ne savaient même ni lire et ni calculer. La plupart des semences de nos fruits, nos légumes, nos céréales, nos fleurs et notre basse-cour nous sont ainsi parvenues pour agrémenter nos repas composés seulement de cervoise et de sangliers.

Que le premier qui peut se dire pur Belge et même Européen d’origine lève la main !

ds Réagir à ce commentaire
ds Ajouter un commentaire
Police et justice
Alors qu’est agité le spectre de migrations liées aux révolutions arabes, l’Europe prend la voie d’une forteresse à deux (...)
Société, citoyenneté, histoire
Alors que l’Union européenne se dote de dispositifs d’initiative populaire, l’exemple de la démocratie directe suisse nous montre que tels instruments (...)
Analyse du dernier rapport Eurobaromètre spécial d’octobre, sur les Européens et les communications électroniques.

Auteurs

Hélène LEBLANC

Diplômée de l’Institut d’Etudes Politiques de Lille, section études européennes, Hélène a réalisé une année de mobilité internationale à l’Université de sciences politiques et de sociologie de Grenade en Espagne. Elle a été chargée de mission Europe au Conseil (...)
Derniers commentaires

devouvre le website certainement avantageux. Moi pense lequel ego revenir lorsque l’envis afin de decouvrir article. casino avec bonus

Merilyn sur AVORTEMENT : une revendication (...) | 18 mai 2012, 13:49 (14)

jouer casino gratuit trouve votre site sincerement interessant. Moi-même pense qui je reintegrer lorsque plus de temps afin de consulter dire.

Melissa sur Stratégie UE 2020 : chronique d’une (...) | 15 mai 2012, 17:53 (3)

jouer au casino gratuitement machine a sous Moi-même trouve votre website tres captivant. Moi espere nous-même reexaminer plus de temps afin de decouvrir nouveaux (...)

Debra sur 8 banques recalées aux « stress tests (...) | 15 mai 2012, 17:35 (1)

Salutation, Merci d’avoir partagé cet article avec nous. A bientôt.

fabienne sur Pouvoir d’achat : que peut-on réellement | 10 mai 2012, 13:55 (7)

Salut, merci pour ces informations très interessent. C’est avec grand plaisir que je suiverai vos futurs publications. Bonne continuation. parier sur le foot en ligne (...)

matthieu sur Crise alimentaire mondiale, émeutes (...) | 9 mai 2012, 18:25 (6)

Ils nous tweetent
Facebook

L’affaire de corruption au Parlement européen, mettant en cause 3 eurodéputés sur les 60 approchés par le Sunday Times vous semble

Les blogs des sections locales et thématiques du groupe Euros du village
Le « Sonderfall » hongrois face à l'Europe
Par Zoltan BECSI
17 mai 2012
L'heure de l'apaisement pour l'hyper président
Par Gauthier Corbat
15 mai 2012
Hollande : l'enjeu de la croissance. Vraiment ?
Par Søren Henrichsen
14 mai 2012
Apprivoiser l'hydre de Bruxelles
Par Candice Léchot , (...)
11 mai 2012
La France, une nouvelle Grèce ?
Par Nataliya BORYS
8 mai 2012

Le Groupe des Belles Feuilles (GBF), rassemblement de jeunes professionnels intéressés par les questions européennes, lance « Vigie 2012 », une initiative innovante pour scruter la place de l’Europe dans la campagne présidentielle.

Inspiré des méthodes de fact checking américaines, le site décortiquera jusqu’au second tour les interventions des candidats et la place réservée aux questions européennes dans les médias avec un double objectif : démêler le vrai du faux et mesurer la place de l’Europe dans le débat.

L’opération, indépendante, est financée intégralement par la Fondation Hippocrène.

Vigie 2012 : le fact-checking européen de la présidentielle

Politique
Economie
Société & Médias
Développement durable
Affaires intérieures
Affaires extérieures
Bruxelles & Euro-bulle
France
UE 27
L’autre Europe
Monde
© Groupe Euros du Village 2010 | Mentions légales | Site réalisé avec SPIP | Réalisation technique et design : Media Animation & Euros du Village France