(Indi)gestion de crises au Portugal

Le 12 avril, les experts de la Commission européenne, du Fonds Monétaire International et de la Banque Centrale européenne ont commencé à élaborer à Lisbonne les détails techniques du plan de sauvetage de 80 milliards d’euros et des mesures d’austérité qui accompagneront ce bailout. Une semaine plus tôt, le Premier Ministre José Socrates demandait formellement l’aide de l’Union à son ancien rival José Manuel Barroso. Contrairement aux précédents grec et irlandais, cette demande n’a fait frémir ni les bourses ni les correspondants internationaux.


De nombreuses questions restent cependant sans réponses : Comment l’économie portugaise peut-elle être remise sur rails alors qu’elle n’a jamais fait preuve de compétitivité depuis son entrée dans l’euro ? Quelle seront les conséquences sociales et politiques de ces mesures d’austérité alors que la population doit voter en juin ? Et plus fondamentalement, est ce le dernier acte de deux ans de crise existentielle pour l’euro ou est-ce le présage d’un effondrement plus catastrophique du voisin ibérique, l’Espagne ?

A qui le tour ?

Le Portugal n’a pas connu de boom économique de même ampleur que la Grèce, l’Espagne et l’Irlande, suite à l’entrée dans l’euro. Après des années de forte croissance dans les années 1980, le pays est rentré dans une longue stagnation vers la fin des années 1990, notamment en raison même d’un manque de compétitivité par rapport aux nouveaux membres du marché unique. Vers le milieu des années 2000, le PNB par habitant est parmi les plus faibles de l’Eurozone, le taux de croissance est au point mort et le gouvernement a du mal à garder ses finances publiques sous les critères de Maastricht.

Malgré ces problèmes structurels, le pays aborde la crise de 2008 sans les dérives de marché qui finiront par provoquer la perte des économies grecque, espagnole et irlandaise : pas de bulle immobilière, pas de défaut des banques, pas de camouflages financiers à la grecque. Le niveau de la dette est également resté raisonnable.

Suite à la panique des marchés sur la dette grecque, le gouvernement Socrates a pris des mesures ambitieuses pour éviter de se retrouver dans l’œil du cyclone. Les salaires publics sont gelés ou diminués de 5%, le taux de TVA passe de 20 à 23% et de nombreuses dépenses gouvernementales sont réduites. La plupart de ces mesures sont entrées en vigueur en janvier 2011 et se font fortement ressentir par la population.

Malgré cela, les marchés ont perdu confiance et les taux d’intérêts sur la dette publique se sont envolés de manière intenable. En mars dernier, le budget proposé par le gouvernement minoritaire, accompagné de nouvelles mesures d’austérité, est alors refusé par le Parlement, un plan de secours européen semble devenir inévitable.

Inévitable ?

La plupart des observateurs avaient largement anticipé ce recours au mécanisme européen de stabilité financière. A lire la presse internationale de ces derniers mois, après la Grèce et l’Irlande, le Portugal allait forcément recourir à la solidarité européenne.

Pourtant, il convient de s’interroger sur le processus qui à mené à cet appel à l’aide. Certes, la situation du Portugal sur les marchés était devenue intenable mais les principaux partis politiques semblaient résignés à prendre les mesures d’austérité qui s’imposaient. La crise politique qui a mené à la démission du gouvernement de centre-gauche n’était d’ailleurs non pas due à un refus de l’austérité mais bien au fait que le principal parti d’opposition, le PSD, promettait d’aller plus loin dans la réduction des dépenses gouvernementales. De plus les perspectives de reprise économique figuraient, avant la montée des taux d’intérêts sur les bons d’états, parmi les meilleures de la zone euro.

L’effet de contagion, alimenté par les dégradations des cotes des agences de notation, semble avoir primé : puisque la Grèce est tombée, c’est au tour de l’Irlande et une fois l’Irlande à terre, le Portugal ne peut que suivre ! Et ce, malgré des situations très différentes d’un pays à l’autre.

Le gouvernement portugais doit maintenant négocier les conditions d’accès aux prêts européens sans réel contrôle parlementaire puisque désormais démissionnaire. Il est probable que les mesures d’austérité à prendre soient encore plus sévères que celles refusées par le Parlement en mars dernier. Cela rendra les élections du 5 juin prochain particulièrement sensibles. Et il suffit de voir du coté d’Athènes pour savoir que le chemin de retour vers la prospérité sera long et douloureux.

La boîte à outils européenne à l’épreuve

De la manière dont sera résolue cette crise portugaise dépendra en grande partie la viabilité des mécanismes de stabilisation européens et peut-être, de manière ultime, la viabilité de la zone Euro.

En effet, les prochains dominos - espagnol, italien ou belge - qui pourraient tomber si la contagion n’est pas enrayée, pourraient faire vaciller tout l’édifice. L’augmentation de la dotation du Fonds européen de stabilisation financière à 500 milliards d’euros semble pour l’instant avoir calmé les investisseurs sur ces pays. Mais une augmentation des troubles sociaux ou une éventuelle restructuration de dette pourrait relancer les tensions.

Au delà des mécanismes financiers, c’est également la confiance vis-à-vis du projet européen qui est en jeu. La population va payer un prix élevé pour le maintien de la monnaie unique. Il paraît donc tout aussi important de convaincre les citoyens touchés que la solution choisie - plus d’austérité en échange d’octroi de prêts de sauvetage - offre des perspectives rapides de retour à la croissance et que la défense de l’euro reste l’unique voie à suivre.


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Julien de Fraipont a effectué ses études en Sciences Politiques à l’Université Libre de Bruxelles, à l’University of Victoria (Canada) et à la Katholieke Universiteit Leuven. Il a ensuite complété sa formation par un Master en études européennes au (...)
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