L’Allemagne s’est peut-être trouvé un nouveau sport national : la vérification des thèses de doctorat de personnalités publiques, si possible de responsables politiques, en vue de les faire annuler pour plagiat. C’est en tout cas l’objectif poursuivi avec succès par VroniPlag Wiki, un site communautaire fondé à la suite du site GuttenPlag, qui avait démasqué le plagiat et fait perdre son boulot à l’ancien ministre de la défense Karl-Theodor zu Guttenberg. Dernière victime en date : Jorgo Chatzimarkakis, un homme politique libéral d’origine grecque, membre du Parlement européen, qui s’est beaucoup investi au sujet de la dette grecque et de l’avenir de l’euro. Tout comme Guttenberg ou Silvana Koch-Mehrin (ancienne vice-présidente du parlement européen) avant lui, son titre de docteur lui fut retiré après les révélations de VroniPlag. Parmi les autres « victimes » avérées ou potentielles de VroniPlag, on trouve notamment Margarita Mathiopoulos, une spécialiste de politique étrangère elle aussi germano-grecque et elle aussi membre du parti libéral (FDP), mais également la fille d’Edmund Stoiber, l’ancien ministre-président bavarois.
Il faut dire qu’en Allemagne, pays où la formation scientifique et le titre de docteur sont souvent considérés comme un facteur essentiel de réussite sociale, on ne rigole pas avec le plagiat. Enfin, c’est ce que dit la théorie, car les révélations de VroniPlag tendent en fait à prouver le contraire : pour beaucoup de personnes ambitieuses, l’obtention d’un doctorat, notamment dans le domaine des sciences sociales, n’est absolument pas un objectif en soi, mais bien plus un passage obligé sur le chemin des hautes sphères de l’entreprise ou de la politique. La thèse est donc rédigée à la va-vite, en parallèle d’une activité professionnelle ou politique intense… ce qui peut donner lieu à de nombreuses approximations (voire plus grave).
Plus que sur des tricheurs, les révélations de VroniPlag mettent donc surtout le doigt sur la crise d’un système, dont les universités ne sont pas les moindres responsables, même si elles tentent pour l’instant de garder le beau rôle en publiant des communiqués outrés et en retirant les titres qu’elles avaient accordés de bonne grâce, et souvent avec les honneurs, quelques années auparavant. En effet, les maîtres de thèse et autres correcteurs se sont montrés au mieux incapables d’effectuer une analyse correcte de l’ouvrage (il est vrai qu’ils sont souvent âgés, et qu’internet n’était pas si développé dans le passé), au pire trop complaisants avec les étudiants… Espérons donc que les révélations de VroniPlag n’auront pas pour seule conséquence la démission d’hommes politiques pour des motifs sans rapport aucun avec l’exercice de leurs fonctions, mais entraîneront également une prise de conscience généralisée du système universitaire d’outre-Rhin.


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