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L’Europe toujours à la recherche d’une stratégie face à la crise

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Entre relance, compétivité et tentations protectionnistes

La crise économique à laquelle l’Europe est confrontée depuis l’année dernière, présentée comme la plus profonde depuis les années 30, annonce une phase de récession exceptionnelle. Alors que celle-ci se déroule sous nos yeux, l’UE tente encore de coordonner une réponse politique. Mais entre relance à tout prix, respect des critères budgétaires, compétitivité et tentations protectionnistes, la « voie européenne » se fait toujours attendre.


Des prévisions funestes pour la croissance et l’emploi

C’est une évidence depuis de longs mois : l’Europe n’échappera pas à un brusque ralentissement de son activité économique en raison de la crise financière mondial.

Dans ses prévisions économiques pour 2009-2010, publiées le 19 janvier dernier, la Commission européenne annonçait pour 2009 la première récession de l’histoire de la zone euro, récession devant atteindre – 1,9 % (contre - 1,6% aux Etats-Unis et – 2,4% au Japon) et ayant pour conséquence une hausse dramatique du chômage avec quelques 3,5 millions de suppressions d’emplois. Le recul de l’activité économique mondiale et des échanges commerciaux, dont une image particulièrement marquante est celle du port de Singapour, où l’activité frénétique a laissé la place à de longues files de bateaux amarrés, n’arrangent pas les perspectives. Selon le Directeur adjoint des affaires économiques de l’OCDE, Jean-Luc Schneider, « le commerce mondial s’est effondré depuis la fin 2008, et nous prévoyons son recul de 13,2% pour l’ensemble de 2009 ». Malgré les déclarations optimistes de plusieurs dirigeants politiques ces dernières semaines, la reprise semble encore loin…

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Remontée drastique du chômage

Alors que, depuis le milieu de la décennie 2000, l’emploi avait constamment progressé en Europe (certes avec une partie non négligeable de temps partiels et d’emplois de faible qualité), la crise actuelle devrait entraîner une remontée massive du chômage : les prévisions tablent sur 3,5 millions de suppressions d’emploi en 2009 et 6 millions jusqu’à fin 2010, ce qui ferait passer le taux de chômage de 7,2% fin 2008 à 8,5% fin 2009 puis 10% fin 2010. Afin de contrecarrer l’établissement d’un tel chômage de masse, les Etats européens mettent en oeuvre différents types de mesure comme le soutien massif au chômage partiel (où l’employé travaille moins voire plus du tout mais préserve son contrat de travail en attente d’une conjoncture meilleure, et peut pendant le même temps suivre des qualifications) ou l’aide à des secteurs en difficulté.

(Photo : juan-j, flickr.com)

Emploi, relance et compétitivité : quel équilibre ?

Conséquence la plus visible et la plus directe de la crise pour les citoyens, la sauvegarde de l’emploi est au cœur des préoccupations de tous les gouvernements européens. Ainsi le plan de sauvetage français du secteur automobile, très critiqué lorsqu’il fut annoncé, a toutefois le mérite de proposer une mesure potentiellement salvatrice en termes d’emploi. Venir en aide à des secteurs conjoncturellement en difficulté peut donc apparaître comme une bonne solution à court-terme. Mais cette stratégie a ses limites, sur lesquelles insiste à juste titre Inge Bernaerts, assistante du directeur général à la concurrence de la Commission Européenne : en période de pénurie de liquidités, ne vaut-il pas mieux investir dans des activités porteuses et compétitives plutôt que de voler au secours de secteurs en perte de vitesse dont la survie ne dépend plus que des injections de fonds publics ? Si elles connaissent toutes des difficultés en temps de crises, il faut pouvoir distinguer les entreprises « solvables » de celles qui ne le sont pas. C’est ce que fait la Suède en laissant peu à peu tomber Saab, son deuxième constructeur automobile, parce qu’elle ne considère pas qu’un sauvetage de Saab permettra une reprise flamboyante de son activité en des temps meilleurs, et ce même si le sauvetage de Saab aurait pu éviter la suppression annoncée de 750 emplois… La dialectique emploi/compétitivité n’est donc pas simple.

Mais où en est donc le pacte de stabilité ?

La question de l’intervention étatique pour sauver d’abord les banques, puis l’emploi dans les secteurs en difficulté et enfin pour assurer la relance (ou plutôt diminuer les coûts de la récession) se pose de manière d’autant plus problématique dans le contexte du « Pacte de Stabilité et de Croissance ». Ce pacte adopté en 1997 au Conseil européen d’Amsterdam est censé faire respecter une certaine discipline budgétaire minimale aux Etats membres de la zone euro, afin que la politique monétaire commune s’accompagne d’une coordination des politiques budgétaires nationales. En plus d’un système de surveillance multilatérale entre les différents Etats, ce pacte instaure la règle dite « des déficits excessifs ». Le déficit public d’un Etat membre de la zone euro ne doit ainsi pas dépasser 3% de son PIB et le montant de sa dette publique 60% de son PIB.

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La Commission européenne au chevet du Pacte de Stabilité

Jose Manuel Barroso et Joaquin Almunia, respectivement président de la Commission européenne et commissaire en charge des affaires économiques et monétaires, essaient par tous les moyens de sauvegarder le Pacte de Stabilité et de Croissance. Selon le « Plan de Relance Européen » que la Commission a fait adopter par les Etats membres en décembre dernier, l’ exécutif européen tolérera le dépassement des limites aux déficits publics en 2009, mais attend de chaque Etat qu’il s’engage à rétablir l’équilibre de ses finances publiques le plus rapidement possible. Si une telle position est défendable sur le long terme, nul ne sait si elle sera tenable dans les années à venir, d’autant plus si la crise s’avère durable. Le valeur du Pacte de Stabilité pourrait alors s’en voir profondément (et définitivement ?) affectée, ouvrant une nouvelle ère de la politique monétaire européenne.

(Photo : Service audiovisuel de la Commission européenne)

Or, les mesures actuellement mises en œuvre par les Etats européens pour lutter contre la crise grèvent gravement leurs budgets et les font largement sortir des limites du Pacte : la France, par exemple, a enregistré en 2008, selon une publication de l’Insee le mardi 31 mars, un déficit public de 3,4% du PIB (alors qu’il était de 2,7% du PIB en 2007), et la dette publique a atteint 68%. L’année 2009 s’annonce pire encore : le déficit public français devrait s’établir à 5,7% du PIB et la dette à quelques 73,9%. Mais la France n’est pas la seule dans ce cas, qui concerne au contraire un grand nombre de pays de la zone euro, comme l’Espagne (pour laquelle le FMI prévoit un déficit public de 6,1% du PIB en 2009), l’Italie, la Grèce ou encore l’Irlande. Le Pacte prévoyant la possibilité de déroger aux règles en cas de crise économique sérieuse, les déficits actuels, étant donné les circonstances, ne seront pas sanctionnés. Mais la question se pose de l’avenir pur et simple du Pacte : si la crise s’affirmait comme longue et profonde, entraînant un endettement massif des Etats européens, le Pacte de Stabilité ne serait-il pas condamné à être jeté aux oubliettes ? C’est une perspective que la Commission européenne et certains Etats cherchent absolument à éviter, en mettant l’accent sur la nécessité d’obtenir des résultats avant de continuer à s’endetter. Ainsi, comme l’a indiqué le président du gouvernement espagnol José Luis Zapatero le 20 mars 2009 au Conseil européen dédié à la préparation du G20, « ce n’est pas le moment d’approuver de nouveaux plans de relance mais d’évaluer les effets des différentes mesures mises en place depuis le dernier rendez-vous à Washington, maintenant qu’elles sont pleinement opérationnelles. ». Il sera effectivement bon de savoir si le pari risqué de la relance par la dépense publique aura valu le coût.

Quelles perspectives après le G20 ?

Les débats préparatoires du G20 ont révélé différentes approches quant à la sortie de crise : d’un côté, un « axe transatlantique et anglo-saxon », pour reprendre les mots du correspondant du Monde Antoine Reverchon, se prononce pour une relance coûte que coûte de l’économie mondiale, c’est-à-dire en réactivant les dépenses publiques pour relancer la demande ; de l’autre côté, l’« Europe continentale », emmenée par la France et l’Allemagne, souhaite attendre les effets des plans de relance déjà mis en œuvre et privilégie parallèlement une meilleure régulation mondiale des activités financières. Quelles que soient ces divergences initiales, les chefs d’Etats ont su s’accorder lors du G20 de Londres le 2 avril dernier sur une série de mesures concrètes. Les institutions internationales (FMI, Banque Mondiale, OMC et le Forum de stabilité financière) devraient voir leurs financements et leurs pouvoirs s’accroître de manière substantielle. C’est en particulier le cas du FMI, dont les ressources devraient quadrupler, passant de 250 milliards de dollars à 1000 milliards de dollars (500 milliards de dollars supplémentaires et plus de 250 milliards qui viendraient de la création de droits en tirage spécial), afin de lui permettre de mieux lutter contre les crises systémiques et de mieux soutenir les Etats en difficulté avec leur balance des paiements. Grand bénéficiaire du G20, ce FMI nouvelle formule deviendra-t-il « l’embryon d’un ministère de l’économie mondiale », comme le pense Alain Faujas, du service « Economie » du Monde ?

Ce G20 a aussi permis la publication par l’OCDE d’une liste des paradis fiscaux, très attendue notamment par la France et l’Allemagne, mais aussi par l’ONG Oxfam qui insistait sur le besoin de transparence dans la nouvelle réglementation du système bancaire. La publication de cette liste a bien entendu suscité de vives réactions, notamment de la part du Luxembourg et de la Belgique qui se sont étonnés de se voir placer sur la « liste grise » des centres « non coopératifs » alors que, sous la pression de la Chine, ni Macao ni Hong Kong n’y figuraient. Quoi qu’il en soit, l’existence même de cette liste est un véritable bond en avant. Les sanctions contre ces places « non coopératives » vont être élaborées les mois prochains entre les Ministres des Finances des membres de ce G20. Ce rendez-vous au sommet, duquel étaient exclus les quelques 161 autres Etats du monde, n’a pas non plus fait l’impasse sur les besoins des économies des pays en développement, grâce à la décision d’allouer 100 milliards de dollars aux banques régionales de développement.

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G20 de Londres, 2 avril 2009

Les résultats du sommet ont globalement été jugés de manière positive tant par les participants que par la presse. Publication d’une liste des paradis fiscaux, établissement de principes pour une réforme de la régulation financière internationale et augmentation des ressources du FMI et des banques régionales de développement (ce qui a permis au président du sommet, le Britannique Gordon Brown, d’affirmer qu’un plan de relance mondial de 1000 milliards $ avait été décidé) sont parmi les principales mesures sur lesquelles les dirigeants des 20 premières puissances économiques mondiales se sont accordés. Reste aujourd’hui à les transformer en actions concrètes, avant de pouvoir juger sur pièce.

(Photo : Downing Street, flickr.com)

D’un avis partagé par la plupart des dirigeants politiques et des observateurs, le bilan du G20 de Londres est donc globalement positif, avant tout car il a montré la voie à une réponse coordonnée à la crise, la seule adaptée tant les ressorts de cette crise sont ancrés dans l’économie globalisée. Pourtant, les annonces du G20 ne sont encore qu’un début et devront surtout se traduire par des règles concrètes à même de mener la refondation du capitalisme mondial qui semble aujourd’hui nécessaire,

L’Europe, de son côté, n’est pas non plus en manque de défis. La question principale qui se pose aujourd’hui à elle est celle de la coordination des efforts de relance entrepris par les différents Etats membres et plus généralement celle de la solidarité entre les Etats européens en temps de crise. L’enjeu est crucial, car on touche ici au cœur de l’intégration européenne : échouer à se coordonner, c’est laisser la porte grande ouverte au retour du chacun pour soi, c’est-à-dire à la tentation du protectionnisme. Ce réflexe national est déjà bien présent : Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, en a d’ailleurs alerté le Président de la Commission européenne dans un rapport remis le lundi 30 mars sur l’évolution des politiques commerciales en réaction à la crise financière. Comme l’indiquait Patrick Messerlin, Directeur du Groupe d’Economie Mondiale et professeur à Sciences Po Paris, lors d’une table ronde organisée au Collège d’Europe à Bruges, ce protectionnisme prend des formes subtiles (bien entendu, les Etats européens n’ont pas commencé à rétablir des droits de douane ni à limiter les importations) à travers le soutien indirect à certains secteurs ou à certaines entreprises, ou la propagation d’un discours « achetez national ! » chez certains dirigeants.

Les Etats européens ont donc aujourd’hui le choix entre deux voies : soit celle du repli national, contre lequel l’Europe s’est construite, soit celle de la relance multilatérale et coordonnée. Les signes d’espoir en faveur de la deuxième, de leurs nombreux efforts de coordination au G20, existent, mais ceux plus inquiétant d’un retour du protectionnisme aussi.


Logo : London Summit, flickr.com


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Emmeline Allioux

Emmeline Allioux a suivi la filière franco-britannique de Sciences Po Lille, ce qui lui a permis d’étudier deux ans à l’Université du Kent à Canterbury et deux ans à Sciences Po Lille. Pour l’année académique 2008-09, elle est au Collège d’Europe à Bruges (...)
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