Définitions
Choc asymétrique : Un choc asymétrique est un choc d’offre ou de demande qui affecte de manière différente deux régions ou pays qui ont décidé de faire monnaie commune.
Dévaluation : La dévaluation signifie la perte de valeur d’une monnaie par rapport à d’autres monnaies lorsque ce sont les autorités publiques qui prennent l’initiative de cette diminution de valeur.
Dépréciation : La dépréciation constitue une diminution de la valeur d’une monnaie par rapport à d’autres monnaies ou à un étalon de référence. Ce mécanisme est le résultat du jeu de l’offre et de la demande de monnaie sur le marché des changes et non d’une action volontaire des autorités. La dépréciation a pour conséquence un renchérissement du prix des importations et une diminution du prix des exportations.
Dévaluation compétitive : La dévaluation compétitive d’une monnaie nationale fait partie de l’arsenal des mesures protectionnistes. Il s’agit d’une dévaluation orchestrée afin de faire baisser le prix en monnaie étrangère des exportations et de rendre ainsi les produits exportés plus compétitifs.
Accusé de faire grimper les prix et d’affecter le pouvoir d’achat lors de son introduction physique en 2002, l’euro semble aujourd’hui tenir ses promesses. Tout d’abord, en faisant baisser les coûts de transaction et en offrant une plus grande transparence en matière de prix, il a participé directement à l’accroissement des échanges, à la maîtrise de l’inflation et à plus de stabilité économique au sein de la zone euro. Surtout, en ces temps de crise économique et financière, la monnaie unique apparaît de plus en plus comme une aubaine pour les pays qui l’ont adoptée. Certes, devant l’augmentation des pertes d’emplois et l’accumulation des faillites, il y a bien quelques voix pour réclamer un retour aux monnaies nationales et à la possibilité de mener des dévaluations compétitives. Pourtant, les détracteurs de la monnaie unique se font discrets et nombre de pays auparavant réticents, comme le Danemark, la Suède et même l’Islande, se pressent aujourd’hui au portillon. Si l’euro n’est pas une panacée, il semble bien être un atout par les temps qui courent. Encore faut-il remplir les conditions pour l’adopter…

- Banque d’Angleterre
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Contrairement aux autres pays de l’UE (à l’exception du Danemark), le Royaume-Uni dispose d’une exemption sur l’Union économique et monétaire et n’est donc pas obligé d’adopter un jour l’euro. Sa banque centrale est libre de déterminer sa propre politique monétaire, ce qui lui a permis de laisser chuter la livre ces derniers mois pour rétablir la compétitivité du pays. Mais cette stratégie n’aura-t-elle que des bénéfices ?
(Photo : carlos_seo, flickr.com)
L’indépendance monétaire a des atouts…
On pose souvent la question de la justification de l’euro, et des bénéfices que la monnaie unique est, depuis son introduction, censée apporter à l’économie européenne. Mais cette question peut très bien être retournée, en particulier dans le contexte de crise économique actuelle : quels seraient les avantages d’une monnaie nationale par rapport à une monnaie commune à 16 pays d’Europe ?
Au-delà du symbole d’« identité nationale », le grand avantage de disposer de sa propre monnaie réside dans la possibilité pour un pays d’adapter la conduite de sa politique monétaire à sa propre situation économique et financière. Par exemple, en cas de perte de compétitivité, un pays non membre de la zone euro peut décider d’ajuster ou de laisser filer son taux de change afin de rendre ses produits moins chers par rapport à ceux de ses partenaires commerciaux, et ainsi plus compétitifs. A l’inverse, lorsqu’un pays membre d’une communauté monétaire fait face à un choc dit « asymétrique », c’est-à-dire qui le touche bien plus fortement qu’il ne touche ses voisins, il ne dispose plus de sa propre monnaie comme variable d’ajustement et doit donc rétablir sa compétitivité par un ajustement des prix et des salaires, ce qui est souvent long et douloureux.
C’est en partie cette stratégie de la réaction par le taux de change que la Grande-Bretagne applique aujourd’hui. Étant donné sa situation particulière – effondrement du marché immobilier, rétrécissement du secteur financier et haut niveau d’endettement des ménages – cette dernière semble en effet profiter d’une indépendance monétaire qui lui permet de gérer la crise avec plus de flexibilité. Il faut toutefois souligner que le Royaume-Uni connaît une situation spécifique, et surtout que les avis divergent sur la durabilité d’une telle politique. En effet, l’arme monétaire n’est pas sans risque et lorsque le choc est commun à un ensemble de pays, mieux vaut la proscrire.

- Manifestants devant le parlement hongrois, Budapest
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La crise économique a déjà des conséquences politiques dans plusieurs pays d’Europe de l’Est : après la Lettonie et la Lituanie, c’est le gouvernement hongrois du premier ministre Ferenc Gyurcsany qui a dû démissioner le 23 mars dernier. Il faut dire que ces pays, Hongrie en tête, sont très durement frappés par la crise et n’échappent au défaut de paiement que grâce à l’aide du FMI et de l’UE. Face à cela, leurs dirigeants réclament un assouplissement des critères d’adhésion à la monnaie unique... assouplissement qui leur a jusqu’à présent été refusé.
(Photo : habeebee, flickr.com)
… mais aussi de nombreux revers
La dévaluation ou la dépréciation monétaire permet de gagner en compétitivité et de relancer les exportations. Mais il y a des limites et les effets secondaires des modifications de taux de change se révèlent bien souvent plus douloureux.
Premièrement, une situation dans laquelle tous les pays se mettraient à dévaluer leur monnaie pour relancer leur économie par les exportations serait in fine dommageable pour chacun d’entre eux. Elle créerait un climat de grande incertitude et d’instabilité, et conduirait à une contraction des échanges commerciaux, sans compter les possibles réactions protectionnistes qui s’ensuivraient. Un tel scénario est certes très improbable dans le contexte actuel de l’Union européenne, mais c’est le phénomène qui a été observé dans les années trente.
Deuxièmement, pour reprendre une formule de Paul Volcker, ancien président de la Federal Reserve (la banque central américaine) et actuellement conseiller de Barack Obama, « il est plus sûr de se trouver sur un grand bateau lorsque la mer est agitée ». Depuis la faillite de Lehman Brothers en septembre dernier, les monnaies à ancrage global telles que l’euro et le dollar ont été les plus stables. Avec la crise, les investisseurs boudent les pays et les monnaies qu’ils perçoivent comme « à risque » et instables. Le fait d’appartenir à un grand ensemble monétaire protège des attaques spéculatives et des fuites de capitaux. En dehors de l’Union monétaire, la République Tchèque, la Hongrie et plus encore la Pologne en ont fait les frais et leurs monnaies respectives se sont significativement dépréciées par rapport à l’euro. Au Danemark, afin d’éviter l’effondrement de la couronne et de retenir les investisseurs, la banque centrale a été contrainte de remonter ses taux d’intérêt en octobre dernier, une mesure pourtant en contradiction avec le besoin de relance de l’économie et qui n’a donc pas arrangé ses perspectives de croissance. A l’opposé, plusieurs États membres de la zone euro dont les monnaies nationales auraient à coup sûr fait les frais d’attaques spéculatives, comme l’Italie, l’Espagne, la Belgique ou l’Irlande, ont été protégées par leur appartenance à la zone monétaire commune : grâce à l’euro, les marchés ne s’inquiètent pas trop de la montée des déficits de ces pays car ils savent que la BCE est là, ce qui rassure les investisseurs et évite une fuite des capitaux. En dehors de la zone euro, nombre de gouvernements seraient contraints d’emprunter à des taux plus élevés, ce qui grèverait un peu plus les finances publiques, rendrait plus difficile leur action contre la crise, et contribuerait à déstabiliser encore plus l’ensemble de l’économie européenne.
Enfin, les dépréciations des monnaies nationales ne font pas seulement fuir les investisseurs : elles gonflent également l’endettement des entreprises, des ménages et des gouvernements qui ont contracté des emprunts en euros, et pose de sérieux problèmes aux systèmes bancaires des pays concernés. Pour de nombreux pays, une sortie de la zone euro se traduirait directement par une crise de change, accompagnée d’une crise bancaire sous l’effet de la fuite des dépôts. Cela les obligerait à remonter fortement leurs taux d’intérêt, augmenterait leurs charges d’emprunt et pourrait avoir de lourdes conséquences sur le plan économique et social. Dans un contexte où les investisseurs recherchent la sécurité, des pays comme l’Italie, la Belgique et la Grèce, avec des niveaux d’endettement publics très élevés, courraient à la catastrophe. L’Espagne aurait par ailleurs d’importantes difficultés à financer son déficit courant en dehors de la zone euro.

- Trichet, Juncker et Barroso célébrant les 10 ans de la BCE
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Si la crise économique et financière a pu donner le sourire a quelqu’un, c’est peut-être à Jean-Claude Trichet, président de la Banque Centrale Européenne (BCE). Longtemps considéré comme un épouvantail et fustigé pour sa politique d’euro fort et de lutte contre l’inflation, le Français a aujourd’hui largement fait taire les critiques. Applaudi pour sa gestion sereine du blocage quasi-total du système financier en octobre-novembre 2008, conforté dans son refus de taux d’intérêt trop bas (qui aux Etats-Unis ont contribué à l’explosion de la dette), il se trouve surtout à la tête d’une monnaie et d’une institution dont l’utilité apparaît plus clairement que jamais. La BCE pourrait même acquérir des pouvoirs supplémentaires dans le cadre du renforcement de la régulation financière européenne, notamment en ce qui concerne la supervision des risques financiers.
(Photo : Service audiovisuel de la Commission européenne)
L’euro protecteur, l’euro convoité, mais l’euro éloigné
Le rôle protecteur joué par l’euro dans la crise actuelle ne fait donc pas de doute, et les bénéfices potentiels de dévaluations compétitives font pâle figure à côté des atouts de la monnaie unique. En témoigne le nombre croissant de pays d’Europe centrale et orientale, auparavant réticents, qui cherchent aujourd’hui à l’adopter. Même au Danemark et en Suède l’idée d’une adhésion à la zone euro fait à nouveau parler d’elle.
Mais vouloir adhérer à l’euro est une chose, le pouvoir en est une autre. L’adhésion à la monnaie unique est en effet conditionnée au respect de critères en termes de stabilité des prix, de finances publiques, de taux d’intérêt et de taux de change (les fameux « critères de Maastricht »), dont le but est de s’assurer que les États ne fassent pas porter le poids de mauvaises politiques économiques par les autres et jouent le jeu de la coopération. Pour les pays nordiques, traditionnellement parmi les plus performants de l’Union, l’adoption de l’euro ne devrait pas trop poser de problèmes et dépend avant tout de la volonté populaire. Pour les pays d’Europe centrale et orientale en revanche, fortement fragilisés par la crise, les choses sont plus complexes. Car si la crise a rendu l’adoption de l’euro plus attractive, elle l’a aussi rendue moins probable, en tout cas en ce qui concerne les critères de Maastricht, dont la plupart nouveaux États membres se sont distancés, que ce soit en matière d’inflation, de taux de change ou de déficit public.
Plusieurs d’entres eux ont donc réclamé un adoucissement de ces critères afin d’accélérer leur entrée dans l’Union monétaire. « Il n’en est pas question » ont déclaré récemment les deux Jean-Claude (Juncker et Trichet), respectivement Président de l’Eurogroupe et de la BCE. Cette intransigeance ne plaît pas à tout le monde et peut certes sembler excessive, mais c’est certainement la position à adopter pour maintenir la crédibilité de l’euro et éviter un accroissement futur des divergences macroéconomiques au sein de la zone. Au contraire, une adoption dans la précipitation pourrait s’avérer très coûteuse sur le long terme. Les nouveaux Etats membres, même s’ils ont aujourd’hui réalisé tout l’intérêt qu’il pouvait y avoir à adhérer au club de la monnaie unique, devront donc encore patienter... et avant tout mener des réformes difficiles qu’ils n’avaient jusqu’à présent pas considérées comme prioritaires. La poursuite du succès de l’euro semble être à ce prix.
Logo : Christian Fleschhut, flickr.com


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