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Le Nouveau Président de l’Europe

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Un regard critique sur les deux candidats du consensus

En général, les citoyens n’ont pas besoin d’une longue présentation de leur nouveau président. Il s’agit souvent d’une personne de stature qui à fait campagne durant de long mois pour obtenir leur vote. Pendant cette période, leur programme, leur passé, leur vie personnelle ont été passés au crible et se sont rependus dans tous les journaux. A la veille de l’élection, ces hommes et ces femmes sont devenus des personnalités publiques bien connues, admirées ou détestées (souvent les deux). Cependant, l’UE étant ce qu’elle est, son président n’est pas élu. Et la plupart des Européens ont sans doute grandement besoin d’une présentation du premier président « permanent » du Conseil européen et du nouveau chef de la politique étrangère de l’UE. Chers citoyens de l’Union, je vous présente Herman Van Rompuy, votre nouveau président et Catherine Ashton, son ministre des affaires étrangères.


Président Van Rompuy

Alors que la majorité des citoyens de l’UE n’a sans doute jamais entendu parler d’Herman Van Rompuy, les belges sont devenus familiers de celui qui occupe la fonction de Premier Ministre depuis un an. Précédemment Président de la Chambre des Représentants, on lui crédite l’aplanissement des tensions communautaires, après dix-huit mois de crise politique en Belgique. Avant d’accéder aux fonctions suprêmes, Van Rompuy a passé quasiment trois décennies à l’avant plan de la scène politique. Economiste de formation, il débuta sa carrière à la Banque Nationale de Belgique. En tant que Ministre du Budget dans les années 1990, il a été l’artisan d’une réduction drastique de la dette publique. Alors que l’Europe tente de se remettre de la crise financière et que les budgets des états sont sous forte pression, Van Rompuy serait-il la bonne personne pour accomplir ce genre de mission ? Malheureusement l’équilibre budgétaire ne figurera pas dans les compétences du poste qu’il décroche…

Van Rompuy est membre du Parti Chrétien-démocrate flamand ce qui explique pourquoi il figurait dans la liste des candidats potentiels à la plus haute fonction du Conseil puisque la majorité des gouvernements émane du centre-droit chrétien. Sa nomination doit aussi s’analyser comme un compromis en faveur d’une personnalité moins controversée que Tony Blair, de même qu’une volonté d’éviter d’avoir un leader capable de faire ombre aux dirigeants des grands états-membres. Si sa capacité à déminer les relations entre Flamands et Wallons pourrait bien lui servir pour arbitrer les discussions à 27, son profil bas et sa couleur politique ont été vitaux pour réunir le soutien des dirigeants. Il restait ensuite à attribuer le poste de chef de la politique étrangère à une figure de centre-gauche.

Haut Représentant Ashton

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Catherine Ashton

Source : Flickr, World Economic Forum

Et voici donc la Baronne Catherine Ashton. Baronne ? En effet la Grande-Bretagne a gardé cette habitude d’accorder des titres seigneuriaux à ses politiciens afin d’amoindrir le pouvoir des Lords héréditaires à la chambre haute. Catherine ? Oui, le haut représentant est une femme ! Dès lors, soit les dirigeants l’ont choisi pour son genre, soit pour ses capacités, en espérant que ce soit cette dernière possibilité. Le choix d’Ashton est en tout cas également un choix de compromis : Brown n’a pas pu placer Blair à la présidence, le chef de la diplomatie David Miliband a préféré snober les appels de Bruxelles et donc l’Angleterre préfère s’assurer un poste important, quitte à être rempli par une politicienne de second rang.

Ashton a été parachuté à Bruxelles il y a un peu plus d’un an lorsque Peter Mandelson a été sommé de rentrer à Londres pour sauver le Parti travailliste (ce qu’il ne semble pas avoir réussi). Au poste de Commissaire au Commerce, malgré son inexpérience en la matière, Ashton s’est avérée compétente et respectée. Malheureusement, cette courte expérience au à Bruxelles est sa seule « expérience » internationale. Avant son arrivée à Bruxelles, Ashton a occupé des fonctions de présidente, vice-présidente, directrice, trésorier dans des institutions aussi diverses qu’obscures, du Comité de Campagne pour le Désarmement Nucléaire à l’Autorité des soins de santé du Comté de Hertfordshire. On lui a accordé son titre nobiliaire en 1999, lui octroyant un mandat à vie à la Chambre des Lords, qu’elle finit par diriger en 2007.

Compatibilité

Jusqu’ici il y a peu d’éléments laissant présager comment ces deux nouvelles recrues travailleront ensemble. Il est raisonnable de supposer qu’ils débuteront dans leur nouvelle fonction de manière modeste (ils ont été choisis pour cela). Ils savent tous les deux que les places sous les projecteurs sont chères à Bruxelles et seront amenés à travailler ensemble dans la mission que leur confère le Traité de Lisbonne de représenter l’Union à l’étranger. La communication ne devrait en tout cas pas leur poser de problème entre eux, grâce notamment aux capacités linguistiques avancées du quadrilingue Van Rompuy.

A coté de leur anglophonie partagée, Van Rompuy et Ashton ont une expérience de longueur assez similaire – une année - dans les positions qu’ils abandonnent aujourd’hui ; manque d’expérience relevé par de nombreux observateurs. Certes ils ont eu une longue carrière d’insider dans leur paysage politique respectif mais ils restent relativement jeunes dans la classe politique européenne. Jeunesse ou inexpérience ? Le temps le dira…

Controverse

L’opinion la plus controversée de Van Rompuy concerne la Turquie. Au Parlement belge il y a cinq ans, il clamait que la « Turquie n’est pas une partie de l’Europe et ne le sera jamais. » De plus, « Les valeurs universelles de l’Europe, et qui sont aussi des valeurs fondamentales du christianisme, perdront de leur vigueur avec l’entrée d’un grand pays islamique tel que la Turquie. » A cet égard, sa nomination à la tête du Conseil parait dangereuse et imprudente. Les relations avec la Turquie ont rarement été aussi tendues. On peut aisément comprendre le malaise turque face à au choix des dirigeants européens, qui est interprété à Ankara comme une provocation. Il serait dorénavant souhaitable que le belge garde ses convictions personnelles en dehors de la politique, afin de ne pas faire dérailler un processus entamé bien avant le début de son terme, il y a cinq ans.

Cette tâche dans le CV de Van Rompuy démontre que même les candidats consensuels ne peuvent éviter des controverses. Avec Merkel et Sarkozy tous deux opposés à l’accession de la Turquie, Van Rompuy a sans doute engrangé quelques points bonus grâce à ces déclarations. La Grande-Bretagne, favorable à une adhésion turque, de même que la Commission se réjouissent sans doute moins.

Quant à Ashton, son opinion sur la question turque n’est pas encore apparue au grand jour. Il est vrai qu’en tant que nouvelle Commissaire, elle a eu peu d’occasion de se forger un avis. Comme anglaise, on peut suggérer qu’elle aura un avis plus favorable à Ankara. Il serait néanmoins bienvenu que Barrosso choisisse un commissaire à l’élargissement dont l’opinion soit compatible avec la ligne officielle de l’exécutif européen.

Et maintenant ?

Beaucoup redoutent que Van Rompuy soit un président faible. Certains regretteront que la candidature de Tony Blair n’ait pas donné suite. La première conférence de presse de Van Rompuy n’a en tout cas pas révélé un pantin. Espérons que les premières impressions soient prometteuses…

Quant à Ashton, il est peu probable qu’elle ait une grande influence mais il serait erroné de la considérer comme inapte. Son parcours prouve qu’elle a saisi les opportunités qui se présentaient à elle.

Le facteur le plus déterminant de la réussite du nouveau couple à la tête du Conseil sera l’attitude des états-membres. Si les chefs nationaux laissent les dirigeants du Conseil une marge de manœuvre suffisante, leurs positions leur permettront d’obtenir de réels résultats à l’étranger et à l’UE d’améliorer sensiblement son impact dans les affaires mondiales. Mais si les Merkel et Sarkozy continuent à considérer l’UE comme une scène où projeter leurs agendas nationaux, Van Rompuy et Ashton seront certainement paralysés dans leurs actions.

Logo : Flickr, Luk Van Braekel


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Reatha Pfeiffer
11 septembre 2011
03:23
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Le Nouveau Président de l’Europe

Il s’agit souvent d’une personne de stature qui à fait campagne durant de long mois pour obtenir leur vote. Pendant cette période, leur programme, leur passé, leur vie personnelle ont été passés au crible et se sont rependus dans tous les journaux. A la veille de l’élection, ces hommes et ces femmes sont devenus des personnalités publiques bien connues, admirées ou détestées ?

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Auteurs

Siobhán Gabriella GIBNEY

traducteur

Julien DE FRAIPONT

Julien de Fraipont a effectué ses études en Sciences Politiques à l’Université Libre de Bruxelles, à l’University of Victoria (Canada) et à la Katholieke Universiteit Leuven. Il a ensuite complété sa formation par un Master en études européennes au (...)
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