L’année 2009, rendez-vous essentiel pour la démocratie européenne…
Quel que soit le sort du traité de Lisbonne, l’année 2009 sera pour l’Union européenne celle du renouvellement, tant du côté du Parlement que de la Commission. Il s’agit d’un moment essentiel pour la démocratie européenne. Tous les cinq ans, les citoyens ont l’occasion de se saisir de la question européenne en envoyant directement leurs représentants au Parlement. Cette représentation est essentielle dans la mesure où le Parlement est la seule institution où les clivages se font sur des lignes politiques et non nationales. Autrement dit, c’est le lieu ou les élus de 27 pays peuvent confronter leurs visions de l’avenir de l’Europe par le biais de projets politiques qui transcendent les divisions nationales.
Les débats du parlement européen sont souvent présentés comme étant trop techniques. De fait les discussions portant sur une liste de pesticides nuisant à la santé ou sur le marché des émissions de CO2 sont difficiles à appréhender pour le citoyen européen. C’est pourquoi il est impératif que les différents partis replacent ces questions dans un discours global qui expose leurs ambitions politiques générales à l’échelle d’une législature.

- Barroso, à l’aube d’un deuxième mandat
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José Manuel Barroso, président de la Commission depuis 2004 devrait être reconduit a ses fonctions sans l’ombre d’une contestation. Contrairement a Jacques Delors qui est associé au marché unique ou Romano Prodi qui a le passage à l’Euro et l’élargissement de 2004 à son actif, Barroso n’a pour l’instant dans son escarcelle aucune réforme d’ampleur. Sa bonhomie et sa parfaite maitrise de la langue de Molière peinent à masquer son manque d’envergure. (Source photo : FlashStef sur Flickr)
Les traités permettent aux partis de se livrer à cet exercice au moment de la nomination du président de la Commission. En effet, l’usage veut que ce dernier appartienne à la famille politique sortie victorieuse des élections européennes. Ce scrutin peut donc être l’occasion pour les Verts, les Libéraux, les Sociaux-démocrates et les Conservateurs (pour ne mentionner que les partis incontournables) de présenter des candidats à la présidence de la Commission. Les personnes désignées pourraient alors incarner un projet politique avec des propositions précises (par exemple un projet de réseaux transeuropéens, ou l’encadrement des hedge funds). Ceci permettrait aux électeurs de prendre conscience des enjeux et de décider en connaissance de cause d’une orientation politique pour les 5 années à venir. On pourrait même imaginer un débat télévisé entre Martin Schutz (PSE), Daniel Conhn-Bendit (Vert), Manuel Barroso (PPE) et Graham Watson (libéraux) retransmis en prime time dans les 27 pays de l’Union !
Pourtant, les sociaux-démocrates européens ont décidé de ne pas saisir cette chance. Alors qu’ils s’étaient réunis à Madrid début décembre pour présenter leur manifeste en vue des élections à venir, ils se sont révélés incapables de désigner un candidat à la tête de la Commission. Le chef du gouvernement espagnol M. Zapatero et son homologue portugais M. Socrates s’étant prononcés en faveur de la reconduction de Barroso (sans doute pour des raisons de politicaillerie interne et pour s’assurer d’une représentation de la péninsule ibérique parmi les postes hauts placés de l’Union), personne au PSE n’a osé proposer sa candidature. Le PSE ne présentera donc vraisemblablement pas de candidat à la présidence de la Commission et avalise de fait la réélection dans un fauteuil de M. Barroso à la tête de l’exécutif européen. Cette décision est incompréhensible.
… entravé par la décision incompréhensible du PSE de ne pas nommer de candidat à la tête de la Commission
Elle l’est d’abord parce que le bilan de José Manuel Barroso est pour le moins mitigé. Son premier mandat a premièrement été entaché par les échecs référendaires successifs conduisant au naufrage de la Constitution Européenne. M Barroso s’est aussi illustré en plaçant l’action de la Commission sous le signe de la stratégie de Lisbonne, curieuse démarche puisque cette fameuse stratégie se focalise sur les matières où la Commission n’a pas de compétence ou presque. Enfin, le paquet énergie, qui devait être son dernier coup d’éclat, s’est soldé par un accord a minima révélant la toute puissance des Etats membres dans les négociations inter-institutionnelles. Bref, au moment de la crise du gaz, en plein marasme économique et face à l’exigence de la lutte contre le réchauffement climatique, on s’apprête à reconduire à la tête de la Commission un parangon de désengagement.

- Martin Schulz, l’ex candidat pressenti
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Martin Schulz, parlementaire social-démocrate allemand et chef de file du PSE au Parlement Européen, aurait pu faire figure de candidat à la présidence de la Commission. Comme ses camarades, ce leader pourtant charismatique a accepté de laisser sa famille politique dérouler un tapis rouge a M. Barroso. (Source photo : Chourka Glogowski sur Flickr)
Mais au-delà du bilan peu glorieux de M. Barroso, la décision des socialistes est coupable à bien d’autres égards. Elle souligne d’abord que le PSE pense n’avoir aucune occasion de gagner les élections européennes, alors même que les sociaux-démocrates devraient voir dans la crise financière l’occasion inespérée de réaffirmer avec vigueur leurs idées, après des années passées sur la défensive face à la domination du néolibéralisme. Cette décision révèle ensuite qu’aucun leader au PSE n’est prêt à se mouiller pour porter les couleurs de sa famille politique en représentant l’ambition des sociaux-démocrates pour l’Europe. Cette peur de la défaite est proprement consternante. Personne au PSE ne serait donc prêt à mettre sa carrière et son image dans la balance face à l’impératif de faire prendre conscience aux Européens qu’il y a une alternative à la gestion mâtinée de libéralisme et peu inspirée de M. Barroso. En renonçant à cette chance, les socialistes abandonnent la mission de base d’un mouvement politique qui consiste à donner un sens à son engagement.
Les barons du PSE ne veulent pas risquer la défaite, soit. Les politiques couards sont légion, ce n’est malheureusement pas l’apanage des sociaux-démocrates. Il existe pourtant une solution très simple à cette difficulté : il suffirait aux sociaux-démocrates de trouver un ou une jeune parlementaire ambitieus(e), en quête d’exposition médiatique, prêt(e) à porter une candidature de témoignage. Une personne incarnant l’avenir de l’Europe, une jeune parlementaire d’un nouvel Etat Membre par exemple, pourrait alors élaborer un discours enthousiasmant face au ronronnement de la commission actuelle. Cette option aurait au moins le mérite de battre en brèche ce rite d’un autre temps qui consiste à nommer entre amis un barbon (souvent éjecté au préalable par les électeurs de son propre pays) venu se recycler à Bruxelles.
La rengaine des politiques condamnant l’abstention aux élections européennes n’a pas lieu d’être tant que les électeurs ne pourront pas choisir entre des options claires l’orientation politique de la Commission et du Parlement. Si la seule perspective de la défaite empêche certains de ces politiques de formuler un discours sur l’avenir de l’Europe et de choisir une personne pour l’incarner, alors la démocratie européenne a des heures extrêmement sombres devant elle. Sur ces bonnes paroles, bonne année 2009 dans une Europe libérale… par défaut.
(Source logo : Churka Glogowski, flickr)


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