Qu’est-ce qu’un lobby ? La définition peut être chaotique. Mais dans un sens large, ce terme désigne toute entité représentant et défendant des intérêts. Ainsi, si dans l’imaginaire collectif, le lobbyiste travaille pour Philips Morris ou Montsanto, la définition convient tout à fait à l’écologiste de Greenpeace ou le représentant d’association de consommateurs.
En dehors des grands classiques, que pouvons-nous trouver à Bruxelles ? De tout. Et parfois, cela peut prêter à sourire. Petite sélection.
Même le thé (sans la Party)
La Fédération Européenne de l’Industrie agroalimentaire pour Animaux domestiques -The European Pet Food Industry Federation (FEDIAF).
Il n’y a donc pas que Nestlé ou Danone qui cherchent à protéger à leur manière les intérêts de nos assiettes à Bruxelles. Canigou, Royal Canin ou Whiskas sont là aussi. Mais n’allez pas croire que c’est uniquement par amour des bêtes. Rien qu’en France, le marché de la nourriture pour les animaux de compagnie représente 2,3 milliards d’euros.
La Fédération européenne de la Crème Glacée - European Ice Cream Association
Là encore, le marché représente...9 milliards d’euros. Et le lobby regroupe 100 entreprises qui emploient 15 000 personnes en Europe. Sur le site, tout nous est expliqué : des ingrédients pour faire de la glace à l’adresse de la personne à contacter pour proposer....un nouveau parfum.
L’Association européenne des céréales de petit-déjeuners -European Breakfast Cereal Association
Derrière le sacro-saint petit-déjeuner, c’est du sérieux. En 2010, a même été organisé, dans l’enceinte du Parlement européen, la « Breakfast week », sorte de rendez-vous annuel pour faire la promotion de l’industrie au plus près des décideurs politiques avec buffet petit déjeuner offert à tous dans les couloirs de l’institution. Ils avaient reçu le soutien direct de la député européenne néerlandaise Esther de Lange.
Des photos de l’évènement sont visibles sur Facebook.

- « Breakfast week » : les petits déjeunes historiques
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L’Association européenne des céréales de petit-déjeuner a une stratégie de communication à Bruxelles assez audacieuse, en particulier auprès des députés européens, comme le montre cet extrait d’invitation à la dernière « Breakfast week »
L’Association européenne des Infusions d’herbes / Comité européen du thé - EHIA - European Herbal Infusions Association /ETC - European Tea Committee
A ne pas confondre avec les Tea Parties aux États-Unis.
L’Association européenne des producteurs de munitions sportives - Association of European Manufacturers of Sporting Ammunition (AFEMS)
Sur leur site Internet, le visiteur est accueilli par une bannière avec le slogan « thinking ahead ». Toujours utile avant de tirer...
La Fédération des Industries des Sauces Condimentaires, de la Moutarde et des Fruits et Légumes Préparés à l’Huile et au Vinaigre de l’Union Européenne - Federation of the Condiment and Sauce Industries
Même le ketchup et la mayonnaise ont droit à leurs défenseurs...Et ça ne rigole pas. En 2006, ils ont publié un code de bonnes pratiques pour la moutarde, le ketchup et la mayonnaise.
Les autres exemples de lobbys « originaux » pourraient être multipliés presque à l’infini...comme avec la Fédération européenne du Parquet ou laFédération Européenne des Fabricants de Tuiles et de Briques. Aussi, il existe la Fédération des Associations européennes des Industries des Bouillions et Soupes (Federation of the Associations of the EU Broth and Soup Industries (FAIBP).
Parfois, la spécialisation est aussi poussée très loin, avec des noms barbares comme avec l’Association européenne des Résines phénoliques (European Phenolic Resins Associations - EPRA). Pour information, les résines phénoliques sont en fait une sorte de plastique.
Reste une question à se poser. Tout cela est-il bien utile ?
Reconnaître Bruxelles comme centre de pouvoirs
Derrière l’aspect souriant de ces lobbys, si des entreprises prennent la peine de se regrouper en associations ou fédérations, et payer pour un bureau à Bruxelles, il y a une raison qui dépasse toutes les autres :
« S’ils sont là, cela signifie que c’est à cet endroit que les décisions sont prises. Et si de tels lobbyistes existent, c’est que les décisions concernent ces domaines », commente Carolyn de Cock, lobbyiste indépendante installée à Bruxelles et blogueuse connue sous le nom de LinotheRhino. « Dans le domaine de l’agroalimentaire ou des télécommunications, presque tout se passe à Bruxelles, il s’agit donc aux entreprises d’être présentes en se présentant comme des expertes et des conseillères dans leur domaine ».
Mais la lobbyiste rajoute que « le moment de la transposition nationale est aussi très important. Une directive, comme son nom l’indique, donne des directions. Et parfois, certains groupes n’ont pas le moyen de continuer le travail au niveau des 27, ce qui bien plus couteux mais les empêchent d’aller jusqu’au bout de leur démarche ».

- Fédération Européenne de l’Industrie du Parquet (FEP) : un exemple d’action
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Malgré le nom plus ou moins intriguant de certains lobbys, la plupart de ceux-ci représentent de réels intérêts, que les institutions peuvent prendre en compte, d’autant que de très nombreuses normes sont régies au niveau européen. La FEP avait par exemple demandé à la Commission, en janvier 2009, des éclaircissements sur la date exacte à laquelle le marquage CE pour les parquets et les revêtements de sol en bois deviendrait obligatoire, obtenant satisfaction.
Du coup Bruxelles regorge de ce genre de personnes et d’organisations. Elles pullulent dans le quartier européen, entre le Conseil, le Parlement ou la Commission. Ceci est un peu l’apanage des centres de décisions. Dans une interview donnée au Monde, Arianna Huffington avançait pour la ville de Washington DC, le chiffre de « 13 700 lobbyistes enregistrés » soit « 26 lobbyistes par membre du Congrès » et qui auraient dépensé en 2009 « un record de 3,5 milliards de dollars, le double qu’en 2002 ».
Les chiffres bruxellois sont plus flous. Selon le registre ouvert par la Commission européenne et où l’inscription n’est pas obligatoire, il y aurait 3180 lobbys. Mais leur nombre réel pourrait être bien plus élevé. 4000 ? 5000 ? Personne ne sait vraiment.
La Commission favorise ces groupes
L’autre responsable de cette prolifération de groupes parfois « farfelus », la Commission européenne elle-même. « Les institutions européennes encouragent ces regroupements, préférant dialoguer avec des représentants ayant déjà négocié un dénominateur commun avec l’ensemble de l’industrie concernée. Cela donne un côté édulcoré aux positions mais cela paraît plus simple aux fonctionnaires » commente Caroline de Cock
Tout en ajoutant qu’il « n’y rien d’étonnant de voir de nombreuses représentations dites originales dans le domaine agroalimentaire puisque l’Union européenne s’occupe du sujet depuis longtemps. Ils sont même bien plus professionnalisés que dans d’autres secteurs plus récents mais qui semblent plus sérieux comme les télécoms ».
Le diable est dans les détails
Pour s’y retrouver, au début des années 2000, était même publié un « Lobby Planet Guide » qui avait pour but de « vous initier au monde caché des lobbys ». Il était rédigé par un centre de recherche néerlandais, le Corporate Europe Observatory (CEO), qui a pour objectif de mettre en avant « les menaces pour la démocratie, l’équité, la justice sociale et l’environnement que peuvent représenter ces groupes ».
Depuis quelques années, existe même un prix spécial pour les « pires des lobbys » organisé par le même think tank. Pour le prix 2010, sont en lise les tenants de la dérégulation financière ou les sceptiques du changement climatique.
Mais au final, un lobby, petit ou grand ne resterait-il pas le même ? Jouant toujours plus ou moins sur les mots et avec l’intérêt des citoyens. En parcourant les lignes du guide sur le ketchup et la mayonnaise évoqué précédemment, il est expliqué que ce code est réalisé dans le but d’améliorer le marché unique et dans l’intérêt du consommateur.
Toutefois, en scrutant les détails, il pourra voir que ce sont bien les industries qui contrôlent ces lobbys et que parfois, la définition des aliments reste vague.
Ainsi, en évoquant la mayonnaise, il est dit que : « les œufs et les produits à base d’œufs doivent être des œufs de poule ou obtenus à partir d’œufs de poule ». Autrement dit : les dérivés et substituts dérivés d’œufs sont autorisés, sans préciser le pourcentage d’œufs qu’ils doivent contenir. Il est évoqué la possibilité de rajouter des « sucres » ce que la recette traditionnelle ne permet pas vraiment.


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