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Les enjeux du climat après Cancún

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Entretien avec François Gemenne, enseignant à Sciences Po membre de l’Institut du Développement durable et des relations internationales (IDDRI).


Quel est le résultat de la Conférence de Cancun et pourquoi parle-t-on d’une semi-victoire ?

Plus qu’une semi-victoire, l’accord de Cancun est à mon avis insatisfaisant. Il s’agit en substance d’un copier-coller du vieil accord de Copenhague et il n’y a absolument aucun progrès réel par rapport à l’année dernière. Par exemple, le fonds vert de 100 milliards de dollars destinés aux pays pauvres était déjà pensé en clôture du précédent sommet, le chiffre est resté le même et nous ne savons pas encore d’où devrait arriver cet argent. L’objectif de contenir la hausse des températures moyennes de la planète entre 2 degrés était, d’une même façon, déjà défini à Copenhague et malgré ceci, nous nous sommes aujourd’hui rendus compte qu’aucune initiative concrète n’a été adoptée pour faire respecter ce paramètre. Si on regarde le contenu du document final de Cancun, il n’y a rien de nouveau : l’unique aspect positif, on le retrouve dans l’approche différente du processus décisionnel. A Copenhague, l’accord était négocié par 5 pays et puis a été imposé aux autres tandis qu’à Cancun la décision a été préparée en impliquant la totalité des délégations, avec la seule Bolivie qui s’est auto-exclue. Cancun a représenté un retour important au multilatéralisme, qui après Copenhague avait été fortement remis en cause.

On imagine les difficultés dans la gestion de ce type de rencontres internationales : quel rôle a eu la présidence mexicaine en la personne de Patricia Espinosa ?

Ils sont tous restés positivement surpris de la performance mexicaine et du rôle de la ministre Espinosa. L’important à Cancun était surtout de rétablir la confiance entre les parties. Une confiance impérative dès que nous parlons de négociations internationales : sans cette confiance, nous ne pourrions avoir d’accord d’aucune sorte. Ainsi, la grande réussite de ce sommet a surtout été de surmonter cette défiance. Une chose qui a nécessité un grand tact, de la tactique et du savoir faire. A cette occasion, les Mexicains et surtout la Présidence de la conférence, Patricia Espinosa, ont démontré une capacité particulière dans le fait de mettre leurs partenaires à leur aise : le succès de Cancun est surtout diplomatique.

Pourquoi la Bolivie a-t-elle refusé l’accord ?

Il est en effet curieux que la Bolivie soit l’unique pays, parmi les 194, à avoir refusé l’accord. Curieux d’autant plus que les autres membres de l’Alternative Bolivarienne, par ailleurs très combatifs dans les négociations (je me réfère surtout à Cuba, à l’Equateur et au Venezuela), ont choisi, à la fin, de souscrire au document final. Aujourd’hui, tout le monde se demande pourquoi un tel refus. Probablement, une partie de l’explication peut être reconduite au sommet de Cochabamba, la rencontre des peuples sur les changements climatiques. Où fut élaboré un accord sur le climat par certains aspects concurrent à celui de Copenhague. Aujourd’hui, à Cancun, il a été choisi de formaliser l’accord de Copenhague (en le réintégrant de fait dans le processus de l’ONU) tandis que l’accord signé en Bolivie a fini dans l’oubli ; ainsi, je crois que ceci soit probablement une erreur grossière que la délégation bolivienne n’a pas pesée et qui a mené en substance au refus final. Ceci reste cependant une seule des interprétations possibles de la chute.

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François Gemenne

Auteur du livre « Géopolitique du changement climatique » (Armand Colin, 2009). François Gemmene enseigne la géopolitique des changements climatiques à Sciences Po Paris et à l’Université Paris XIII. Ses travaux de recherche se concentrent surtout sur les migrations environnements et sur les phénomènes d’adaptation aux changements climatiques. Il est membre de l’Institut du Développement durable et des relations internationales (IDDRI).

Quel poids ont encore la Chine et les Etats-Unis dans les traités internationaux sur l’environnement (MEA) et quel est le rapport de force entre ces deux pouvoirs ?

Ils sont sans aucun doute deux pouvoirs « décisifs » qui peuvent signer toutes les formes de de traités internationaux sur l’environnement. Deux grands pouvoirs qui s’observent et savent parfaitement qu’il e peut y avoir aucun grand accord global qui exclue la Chine et les Etats-Unis. A Cancun, nous avons également vu comme l’un attend toujours les mouvements de l’autre. En ce qui concerne ces négociations il y a toujours eu au moins deux points fermes dans la politique chinoise : le premier est le refus de quelque accord qui puisse mettre en péril sa souveraineté nationale, le second est qu’il n’y aura plus jamais aucune baisse des émissions sans un engagement égal de la part des Etats-Unis. La situation reste donc bloquée si on pense aux difficultés internes de l’administration Obama qui, après avoir perdu la majorité au Congrès doive lutter pour proposer un « agenda vert » digne de ce nom. Il est bien évident que, dans l’état actuel, le Congrès n’a aucune intention de prendre des accords qui le lient. Il en découle une situation très difficile et c’est dommage car, tout particulièrement à l’occasion de ce dernier sommet, la Chine s’est montrée plus flexible, poussée en particulier par la nouvelle position indienne. Elle a accepté le principe selon lequel les pays émergents doivent également réduire leurs émissions en souscrivant à un contrôle international, et donc elle a su envoyé différents signaux d’ouverture. Le décrochage dans les traités internationaux dépend entièrement de la situation problématique interne des Etats-Unis : seuls eux pouvaient envoyer à leur tour un signal de fexibilité, il aurait pu arriver de véritables changements. Cette situation de blocage perdurera, à mon avis, au moins jusqu’à la fin de la présidence Obama. Si le premier mouvement vient, comme nous l’avons dit, des Etats-Unis, nous pouvons en outre affirmer que d’autres pays industrialisés, comme les Japon et le Canada en tête, doivent offrir plus de disponibilités au dialogue. Le discours est différent pour l’Europe qui joue actuellement en solitaire le rôle de l’élève modèle.

A ce propos, pourquoi le Japon a-t-il proposé un nouvel accord qui substitut Kyoto avant son échéance, en 2012 ? A quelle fin ?

Il est certainement ironique que Tokyo veuille changer Kyoto. Il y a de plus de raisons qui peuvent expliquer cette prise de position : la première est la grande rivalité avec la Chine. Le Japon supporte mal la perte du rôle de première puissance asiatique et n’est pas disposé à baisser ses émissions alors que le pays qui est actuellement identifié par tous comme première puissance économique, non seulement économique, mais mondiale, ne soit pas à son tour liée à un tel accord. Le Japon cherche encore à se réaffirmer sur la scène mondiale.

Quel climat nous attend après Cancun et quelles attentes pour le prochain sommet de Durban 2011 ?

L’idée est que le chemin tracé à Cancun puisse finalement porter à quelque chose de plus concret l’année prochaine à Durban ou peut-être à Rio en 2012 quand on célèbrera les 20 ans du Sommet de la Terre. L’espoir est clairement celui d’un accord liant qui impliquerait tous les Etats à partir de ceux les plus industrialisés.

Et l’Europe ?

Nous sommes sans aucun doute les premiers de la classe. Ces années, le rôle de l’Europe s’est beaucoup renforcé et il a été possible grâce aussi à la coordination de tous les Etats membres sur quelques positions unitaires mais ceci ne veut pas dire qu’à l’intérieur de l’Union européenne il n’y ait pas de discussions. De fait, récemment 2 pays en particulier se sont distingués pour leur mauvaise position en la matière : l’Italie et la Pologne. Le fait extrêmement positif, qui a émergé aussi lors de cette dernière rencontre, est que les acteurs se perçoivent comme un grand pouvoir, l’unique qui s’efforce actuellement de trouver des accords liants pour protéger l’environnement.


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Quale clima dopo Cancun ?

Auteurs

Emanuele RICCI

Après avoir terminé son master 2 en « Innovation et Développement » à l’Université de Rome La Sapienza, Emanuele s’est installé à Bruxelles où, actuellement, fréquente un master en relations internationales à l’Université Libre de Bruxelles. Dans le mois de (...)

traducteur

Antoine Bargas

Rédacteur en chef adjoint de la version francophone

Antoine est diplomé de Sciences Po Paris (Master Affaires Européennes) et de l’ Université Bocconi de Milan. Dans le cadre du programme Erasmus, Antoine a passé un an à étudier à l’ université d’ Uppsala, en Suède. Après plusieurs stages en France (Air (...)

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« Le train des négociations est à nouveau sur les rails »

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