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Les think tanks européens pensent-ils pour nos décideurs ?

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Un « think tank » se cacherait-il donc derrière chaque responsable politique ? Quel rôle ces « boites à penser » jouent-elles réellement dans le processus de décision politique ?


Lorsque Nicolas Sarkozy présente sa vision de l’Europe lors de la campagne présidentielle française de 2007, il choisit de le faire devant un parterre de leaders d’opinions européens réuni par Friends of Europe. Quand les chefs d’Etat examinent fin 2010 la crise de la dette publique des Etats membres de l’Union européenne, les solutions qu’ils examinent sont notamment inspirées de l’institut Bruegel et du Centre for European Policy Studies (CEPS). Et chaque 15 novembre, le gouvernement allemand attend avec nervosité le rapport d’évaluation du Conseil Allemand d’Experts Economiques, cinq « sages » issus d’organismes tel que le Zentrums für Europäische Wirtschaftsforschung. Un « think tank » se cacherait-il donc derrière chaque responsable politique ? Quel rôle ces « boites à penser » jouent-elles réellement dans le processus de décision politique ?

Aux origines

L’expression « think tank » - littéralement « réservoir à penser » - remonte à la deuxième Guerre Mondiale. Elle fait alors référence à la salle du QG militaire où les stratèges s’isolaient pour planifier les opérations. La réalité du concept est toutefois plus ancienne et plus large. Dès le début du XXème siècle apparaissent des officines privées qui œuvrent à analyser les problématiques sociales grâce aux nouveaux outils académiques, et à proposer des solutions novatrices aux décideurs politiques.

Les premiers instituts, apparus après la première Guerre Mondiale, cherchent à promouvoir la paix mondiale. Le riche philanthrope Andrew Carnegie, croyant fermement que la guerre pouvait être éliminée par des lois et des organisations internationales plus fortes, crée ainsi le Carnegie Endowment for International Peace. C’est après la deuxième Guerre Mondiale que leur nombre augmente toutefois le plus rapidement pour chercher des solutions au conflit Est-Ouest, aux problèmes de la décolonisation et aux rapports Nord-Sud.

Chaque crise apporte par la suite son lot de nouveaux organismes : crises pétrolières du début des années 1970, chute du mur de Berlin, ou plus récemment, la prise de conscience du défi du changement climatique entrainent la création d’instituts d’analyse et de proposition politique qui ne sont pas issus des institutions publiques mais visent à contribuer leurs propositions politiques.

3000 think tanks pour 27 pays

Selon l’enquête menée il y a quelques années par Notre Europe (voir ci-contre, « A lire »), les think tanks qui traitent des affaires européennes se donnent comme mission, par ordre de priorité : « d’encourager une meilleure élaboration des politiques en diffusant de ‘meilleures pratiques’ » ; de « faire en sorte que les citoyens soient plus conscients et plus engagés en politique » ; «  d’aider les décideurs dans leur travail, généralement par des contacts avec des universitaires, en proposant une plate-forme, une ‘interface’ ou un forum pour permettre un débat avec des experts, et par des services comme la formation » ; de « promouvoir l’intérêt général » ; de « soutenir le projet européen, en général ou en relation avec l’intégration de leur propre pays », et, pour certains, de faciliter les contacts entre diverses communautés, notamment monde des affaires, académique, ONGs et décideurs politiques.

Le nombre de think tanks en Europe est désormais stupéfiant. Suivant la définition que l’on utilise, on peut en recenser un minimum de 3000 dans les 27 Etats membres, certains généralistes, tels que le European Policy Centre (EPC) à Bruxelles ou SWP en Allemagne, d’autres spécialisés, tels l’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI) à Paris, ou le Brussels Institute of Contemporary China Studies (BICCS), pour ne prendre que quelques exemples au hasard d’instituts réputés dans leurs champs respectifs.

Quelle influence ?

Les think tanks dominent-ils pour autant la pensée des responsables politiques ? Mesurer leur influence est difficile. Tout d’abord parce que la ‘traçabilité’ d’une proposition dans le débat politique est aléatoire. Si certains think tanks se vantent d’avoir été à l’origine d’un concept ou le promoteur d’une réforme importante – le Centre for European Policy Studies par exemple se targue d’avoir porté le concept de monnaie unique aux fonts baptismaux –, rares sont les cas d’influence clairs. Ceci n’est pas surprenant quand on prend la mesure du caractère marginal en nombre des effectifs des think tanks : même avec quelques milliers de chercheurs et propagateurs d’idées nouvelles, la capacité des think tanks reste limitée face aux administrations et aux instituts universitaires nationaux qui produisent également des analyses et des propositions à la demande des autorités publiques.

Néanmoins, la valeur ajoutée – théorique pour certains, réelle pour quelque uns – des think tanks est leur capacité, du fait de leur relative indépendance et de leur volonté de réfléchir hors des sentiers battus, à apporter une analyse claire de la situation politique. C’est la raison pour laquelle on entendra souvent des commentateurs issus de think tanks interviewés par les journalistes. Ils peuvent aussi être mieux à même de réunir des acteurs d’horizons divers pour discuter librement de problématiques actuelles. L’institut britannique Chatham House en a développé l’art au point que nombre d’ateliers de réflexion appliquent à leurs débats les « Chatham House rules », règles de confidentialité. Lorsqu’ils associent rigueur de la pensée avec le sens de la communication et ont suffisamment de « nez » pour sentir quand avancer une nouvelle proposition, ils parviennent aussi parfois à élargir le spectre du débat, comme lorsque la Fondation Nicolas Hulot fait la promotion de la taxe carbone en France en 2009.

Les think tanks ne pensent donc pas à la place de nos décideurs. Leur influence est parfois plus fantasmée que réelle. Néanmoins, ils sont indispensables à un débat démocratique nourri et en sont un indicateur de bonne santé. Leur développement rapide au cours des années récentes en France et au niveau européen est à encourager. Pour que vive la démocratie, que 1000 think tanks s’épanouissent !

Les 10 think tanks européens présumés les plus influents en 2009

Classement annuel effectué par le programme de recherche sur les think tanks du Foreign Policy Research Institute d’après une enquête auprès des think tanks eux-mêmes.

Think tanks
Données clefs
Domaines de recherche principaux
1. Chatham House
Royaume Uni
www.chathamhouse.org.uk
Anciennement Royal Institute of International Affairs, fondé en 1920.

Budget 2010 : €9,5m
- Relations internationales

- Energie, environnement et ressources naturelles

- Economie internationale
2. Adam Smith Institute
Royaume Uni
www.adamsmith.org
Créé en 1977 pour promouvoir la pensée économique libérale.

Budget 2010 : non révélé
- Taxes et économie

- Politique d’éducation

- Politique de santé

- Justice et libertés

- Retraite et Etat providence

- Industrie et réglementation
3. Institut Français des Relations Internationales (IFRI)
France
www.ifri.org
Créé en 1979 et dirigé par Thierry de Montbrial.

Budget 2010 : €6,4m
- Relations internationales
4. Centre for European Policy Studies  (CEPS)
Bruxelles
www.ceps.eu
Fondé en 1983

Budget 2009 : €6,7m
- Economie internationale

- Energie, climat, développement durable

- Voisinage européen

- Marchés et institutions financiers

- Justice et affaires intérieures

- Institutions et politique européennes

- Commerce et politique agricole
5. International Institute for Strategic Studies
Royaume Uni
www.iiss.org
Fondé en 1958 dans le contexte de la guerre froide.

Budget 2007-08 : €9m
- Analyse des conflits politico-militaires
6. Transparency International 
Berlin
www.transparency.org
Fondé en 1993, relève plus de l’ONG que du think tank.

Budget 2010 : €15m
Analyser, dénoncer et lutter contre la corruption
7. Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI)
Suède
www.sipri.org
Créé en 1966 par le gouvernement.

Budget 2010 : non révélé
- Contrôle des armements

- Dépenses militaires

- Conflits armés et gestion des conflits

- Sécurité régionale et globale
8. Fondation Bertelsmann
Allemagne
www.bertelsmann-stiftung.de
D’obédience néo-libérale, créée en 1977.

Budget 2009 : €63m
Généraliste, couvrant les questions politiques, économiques, de société, d’éducation, de santé, de culture
9. Bruegel
Bruxelles
www.bruegel.org
Création : 2004

Budget 2009 : €4.5m
 Economie européenne
10. International Crisis Group
Belgique
www.crisisgroup.org
Créé en 1995, relève plus de l’ONG et du groupe de consultant que du think tank stricto sensu.

Budget 2009 : €12m
Prévention et résolution des conflits armés



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Le Groupe des Belles Feuilles (GBF), rassemblement de jeunes professionnels intéressés par les questions européennes, lance « Vigie 2012 », une initiative innovante pour scruter la place de l’Europe dans la campagne présidentielle.

Inspiré des méthodes de fact checking américaines, le site décortiquera jusqu’au second tour les interventions des candidats et la place réservée aux questions européennes dans les médias avec un double objectif : démêler le vrai du faux et mesurer la place de l’Europe dans le débat.

L’opération, indépendante, est financée intégralement par la Fondation Hippocrène.

Vigie 2012 : le fact-checking européen de la présidentielle

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