PS, UMP : entre messages brouillés et faux-semblants

Deux ministres socialistes qui se contredisent sur l’Europe et une fronde de députés PS, un ancien conseiller de Nicolas Sarkozy et élu UMP qui déclare qu’il ne votera pas pour son parti aux élections européennes… A l’approche de ces élections, la cacophonie semble pointer le bout de son nez au PS et à l’UMP. Et les gagnants de ces balbutiements sont déjà tout trouvés.


Plus la campagne des élections européennes avance, plus les débats semblent brouillés. Pas seulement entre le PS et l’UMP, mais au sein même des deux grands partis français, où des tensions internes s’accentuent au gré des prises de position de chacun.

Petit récapitulatif des faits. Le 1er avril tout d’abord, lorsque certains cadres et militants UMP ont peut-être cru à une blague. Invité de Public Sénat, Henri Guaino, l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy et député UMP des Yvelines, déclare : « Je ne mettrai pas un bulletin à son nom » le 25 mai prochain. Ce nom, c’est celui d’Alain Lamassoure, qui conduira la liste… UMP en Ile-de-France. « Je ne voterai pas pour l’incarnation d’une ligne qui est à l’opposée de ce que je crois être l’intérêt de mon pays », ajoute-t-il alors. Selon lui, Alain Lamassoure « connaît très mal l’UMP » et incarne « l’Europe dont personne ne veut ». Ce dernier ne croyait peut-être pas si bien dire lorsque, quelques jours avant ces propos d’Henri Guaino, il avait déclaré : « J’ai l’impression d’être un éléphant du zoo de Vincennes qui revient dans la jungle ! », lui le « parachuté » en région parisienne puisqu’il est élu député au Parlement européen dans le sud-ouest depuis 1989. Cette « Europe dont personne ne veut », Guaino, ainsi qu’une quarantaine d’élus UMP, la dénoncent une nouvelle fois avec force dans une tribune publiée par Le Figaro le 25 avril. Austérité, politique monétaire, politique de concurrence, dumping fiscal et social, commerce international, Schengen… L’ensemble de l’édifice européen en prend pour son grade, accusé de réduire « jour après jour, l’espace des libertés et de la démocratie ». Une critique extrêmement violente et profonde à l’égard d’une Europe que bon nombre de dirigeants de droite, de Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy, ont largement contribué à façonner.

Quelle est donc la « ligne » de l’UMP, entre celle des parlementaires en colère et celle d’Alain Lamassoure, dénoncée par Guaino mais dont l’intéressé maintient qu’elle est celle poursuivie par Nicolas Sarkozy pendant son quinquennat ?

Au sein du parti, deux visions de l’Europe semblent en effet s’affronter. D’un côté, celle d’un Lamassoure donc, ou d’un Michel Barnier, le commissaire européen en charge du marché intérieur. On pourrait dire qu’elle s’inscrit dans la ligne dominante du Parti populaire européen (PPE), plus ou moins proche des positions de la CDU allemande, le parti d’Angela Merkel : la vision d’une Europe qui ne s’occupe pas de tout mais qui doit continuer à s’intégrer et dont les principes fondamentaux, comme la libre circulation, doivent être préservés.

De l’autre côté se trouve un positionnement beaucoup plus souverainiste et fondamentalement critique du modèle actuel de l’Union, positionnement qui se fait fortement entendre depuis le début de la campagne, à travers les déclarations d’Henri Guaino, mais aussi de Jean-François Copé ou encore de Rachida Dati. A l’instar du premier ministre britannique David Cameron, ils prônent pour une remise en cause des fondements du « système » européen, notamment la libre circulation des travailleurs. Entre les deux, l’on pourrait également citer l’ancien ministre des affaires européennes Laurent Wauquiez qui, dans un livre récemment paru, propose de poursuivre l’intégration économique et fiscale mais dans un cadre intergouvernemental limité une Europe des 6 et sans espace Schengen… Idée qu’Alain Juppé a qualifié « d’idiote ».

« Changer l’Europe » versus « respecter les engagements donnés à Europe »

Si l’électeur UMP peut avoir des raisons d’être perdu, il peut en être de même du côté de l’électeur socialiste puisqu’au gouvernement, les discours sur l’Europe n’ont pas toujours la même sonorité. Ainsi, au sein même de Bercy, où cohabitent Michel Sapin, ministre des Finances, et Arnaud Montebourg, ministre de l’Economie, deux lignes différentes voire opposées s’affrontent. Le premier, dans la lignée du président de la République, martèle que la France assumera « des économies budgétaires avec des décisions difficiles pour faire en sorte que l’ensemble des engagements pris par la France (avec l’Europe) puissent être respectés ». Le second, dans le même temps, déclare : « Moi qui suis un militant de la croissance, je crois que les décisions qui ont été prises doivent être regardées de manière plus critiques. Je crois que nous avons à faire changer l’Europe si nous ne voulons pas que les citoyens décident de s’en passer ». « Changer l’Europe » versus « respecter les engagements donnés à Europe » donc. Demander un accompagnement de ses partenaires pour la mise en œuvre de réformes domestiques versus maintenir la crédibilité de la France vis-à-vis de ses partenaires. Si la ligne politique que suivra le gouvernement dans ses mesures concrètes sera probablement celle du président de la République plutôt que celle d’Arnaud Montebourg, la tonalité que donnera le PS a sa campagne est elle beaucoup mois évidente. En effet, le ministre de l’Economie n’est pas le seul socialiste à aller vent contraire. Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, et environ 80 députés socialistes se posent également contre la ligne européenne du président de la république. Claude Bartolone a ainsi déclaré au Monde le 7 avril dernier : « Nous ne pouvons sacrifier la France à l’Europe libérale », soit un désaveu de la politique sociale-libérale du gouvernement qui induit une politique d’austérité afin notamment de satisfaire les demandes de réduction du déficit de l’UE. De leur côté, quelque 80 députés socialistes, auteurs d’une tribune parue dans le Journal du Dimanche daté du 6 avril, demandent à « obtenir une réorientation européenne mettant fin aux politiques d’austérité ». Et d’ajouter : « Les trajectoires budgétaires imposées aux Etats et à l’Union, sans distinguer selon la nature des dépenses, ne sont pas des tabous. Il y a urgence à les rediscuter. La Commission doit enfin changer de cap. L’élection européenne, le 25 mai, sera aussi l’occasion de mener ce combat. » Un combat qu’ils devront donc mener contre le gouvernement… Dans la même tonalité, Liêm Hoang Ngoc, eurodéputé et membre du bureau national du PS, a affirmé, dans son blog sur Mediapart, vouloir manifester lors de la marche de l’ « opposition de gauche » samedi 12 avril « contre ce pacte d’austérité pour adresser un message fort au président de la République ».

Le message ne devrait pas s’éclaircir...

Ainsi, lors de ce début de campagne des élections européennes, les contradictions et les incohérences s’enchainent au sein du PS et de l’UMP, qui doivent affronter des désaccords en interne. Mais la situation n’est pas surprenante ni nouvelle. Au PS, le référendum sur la constitution de 2005 avait clairement mis à jour les dissensions au sein du parti entre deux visions de l’UE : l’une qui s’appuie sur l’ADN européenne et internationaliste du parti ; l’autre s’inscrivant dans l’opposition au carcan ultra-libéral supposément imposé par l’Union.

Au sein de l’UMP, si les oppositions avaient semblé plus discrètes depuis quelques années, les débats sur le traité de Maastricht avaient toutefois révélés deux identités européennes différentes : l’une qui insiste sur la souveraineté nationale, l’autre qui met l’accent sur un rapprochement franco-allemand et un fort ancrage dans l’Europe.

La crise sans précédent que traverse l’Europe – les élections européennes de mai prochain sont d’ailleurs les premières depuis son déclenchement – n’a fait qu’exacerber ces différences et tensions internes, à gauche sur la politique d’austérité notamment, à droite sur l’immigration et la souveraineté. Ainsi, certains voient là l’occasion de courir après les extrêmes qui profitent eux de l’ambiance « anti-système » qui règne. Les extrêmes qui en profitent alors pour pointer le fait que le PS et l’UMP, tout en critiquant ce système, suivent toujours les instructions de l’UE dans la politique menée…

Le résultat est une lisibilité de plus en plus incertaine pour l’électeur. Mais il n’est pas certain, loin s’en faut, que cela s’arrange durant la campagne. Si les partis choisissaient l’option d’éclaircir leur vision de l’Europe, cela ne se ferait pas sans tensions internes fortes, impliquant le risque potentiel, à terme, de scissions. Il paraît fortement improbable que le PS et l’UMP en prennent le risque. Ainsi, la campagne devrait se poursuivre comme elle a commencé, entre messages brouillés et faux semblants. L’électeur lassé s’abstiendra, et celui en recherche de repères se tournera peut-être vers d’autres partis dont le discours, non moins démagogique, aura au moins le mérite de ne pas être englué dans un brouillard idéologique…


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Erwin Canard

Journaliste de presse écrite spécialisé dans l’éducation et l’enseignement, des thèmes qui le passionnent, Erwin n’en reste pas moins un témoin attentif de la politique française et européenne. Avant d’être diplômé de l’Ecole de Journalisme de Marseille, (...)
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