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Pas de deux dans les négociations UE-Brésil.

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Le récent quatrième sommet UE- Brésil aurait dû relancer le partenariat stratégique établi en 2007 entre la puissance lusophone du continent américain et l’Union Européenne. Dans les faits, il a plongé les dirigeants européens dans l’embarras le plus profond : quelle attitude faut-il adopter avec le Brésil ? Faut-il traiter avec le Mercosur ou seulement avec le Brésil ?

Le Mercosur, késako ?

Cette union douanière regroupant l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay et le Paraguay regroupe plus de 220 millions d’habitants, couvre 58% du territoire sud-américain et constitue aujourd’hui le quatrième plus grand groupe économique mondial . Le Mercosur apparaît en 1991 avec le Traité d’Asunción, essentiellement, comme un projet économique et politique destiné à surmonter la situation de « paix armée » dans laquelle ont vécu les pays de la région jusqu’alors.

Le Brésil, terre d’avenir

Sans avoir lu Jean-Christophe Rufin ou Stefan Zweig, tout un chacun sait que les liens entre l’Europe et le Brésil sont nombreux et profonds. Aujourd’hui, les échanges universitaires se multiplient des deux cotés de l’Atlantique, les entreprises européennes investissent massivement au Brésil (dans les transports, les télécommunications, le tourisme, les services financiers), les produits brésiliens sont de plus en plus consommés en Europe. Le 20 juillet, le gouvernement brésilien a révisé à la hausse ses prévisions de croissance : pour 2010, la croissance brésilienne est estimée à 7,5% par la CEPAL et pas moins de 1.7 millions d’emplois ont été créés durant la même période, soit des valeurs supérieures aux performances précédant la crise des subprimes. Cette croissance, due à l’évolution du marché interne brésilien et au regain de confiance des consommateurs est de bon aloi. Néanmoins, pour être durable, cette reprise de l’activité économique devrait pouvoir bénéficier d’un environnement commercial plus favorable, afin d’éviter un creusement du déficit de la balance des paiements provoqué par une contraction des exportations et une augmentation des importations. C’est la raison pour laquelle des accords de libre échange avec de grands acteurs commerciaux tels que l’Union Européenne sont cruciaux. Une situation qui pousse les grandes entreprises à accroître leur pression sur les gouvernements européens (et la Commission européenne).

Au plan politique également, les liens se tissent. Récemment, le Parti Socialiste Européen a rencontré le Parti des Travailleurs (le parti du président Lula) en vue d’un agenda politique commun sur les grandes questions internationales, comme la création d’une taxe sur les transactions financières.

La PAC comme pierre d’achoppement

Lors de ce quatrième sommet, le président de la Commission européenne, José-Manuel Barroso, et le président du Brésil, Luiz Inacio Lula de Silva, n’ont pas manqué de souligner ces liens profonds. Mais, en dépit de ces liens et malgré l’optimisme partagé des deux présidents, les blocages restent nombreux, en particulier dans les dossiers commerciaux. En point de mire, l’accord de libre échange Union Européenne-Mercosur (Argentine, Paraguay, Uruguay, dont le Brésil va prendre la tête) commencé voilà plus de 10 ans et en stand-by depuis 6 ans, suspendu jusqu’à présent aux résultats du cycle de Doha. Sous l’impulsion de la Présidence espagnole, les négociations ont néanmoins récemment repris.

Bien que le président Lula ait répété à qui veut l’entendre avoir l’ambition de conclure l’accord entre le Mercosur et l’UE avant la fin de son mandat, la perspective d’un tel accord avant la fin 2010 reste fort improbable. La Politique Agricole Commune reste (comme d’habitude) la pomme de discorde à la conclusion d’un accord de libre échange entre blocs régionaux. Le sujet est ultra sensible et il a fait capoter les négociations sur un Accord de Libre Échange jusqu’à maintenant. Le mois passé, le Commissaire européen à l’Agriculture Dacian Ciolos, poussé notamment dans le dos par la Grèce, avait accusé l’Argentine d’imposer des restrictions aux importations de produits agricoles en provenance de l’UE. L’Argentine a démenti ces allégations. Tout cela donne du grain à moudre aux opposants d’un tel accord de libre échange, notamment de France ou d’Irlande, qui craignent de voir les marchés européens inondés de bœuf argentin ou de soja brésilien. Pour un géant vert comme le Brésil, l’enjeu n’est pas mince. Ainsi ses exportations de bœufs envers l’UE avaient chuté de pas moins de 85% en 2009 pour des motifs phytosanitaires qui avaient tous les atours de mesure de protectionnisme déguisé.

Le discours de clôture du Président Lula a rappelé cette tension. Lors de ce sommet, le président Lula a gentiment désigné le principal opposant à cet accord : « Comme le camarade qui a le plus travaillé (contre cet accord) est mon grand ami Nicolas Sarkozy, j’ai la responsabilité de tenter d’attendrir le cœur des Français pour obtenir un accord ».

Avec une telle déclaration, le président Lula pointe les faiblesses de l’Union européenne : même si cette dernière a une pleine compétence en matière commerciale, elle reste profondément fragmentée par les velléités contraires de ses Etats Membres. Il y a quatre mois, Barack Obama s’exaspérait déjà de ne pas trouver d’interlocuteur unique au niveau européen pour traiter des grands dossiers internationaux (Iran, changement climatique, conflit israélo-palestinien, SWIFT et lutte contre le terrorisme). Les dirigeants américains se sont vite rendus compte qu’il fallait mieux traiter directement avec les grands Etats membres : Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie. La déclaration du président Lula s’inscrit dans cette lignée.

En étant mieux coordonnée et mieux préparée, l’Europe, et en premier lieu la Commission européenne, aurait pu se passer de cette mise au point brésilienne. Pourtant, la négociation de cet accord nécessitera également des concessions importantes au sein du Mercosur notamment en matière de marchés publics, d’ouverture du secteur automobile et du respect des droits de propriété intellectuelle. Or la solidarité est beaucoup moins établie au sein du Mercosur qu’au sein de l’UE. Les secteurs automobiles restent souvent des chasses gardées et malgré le Traité d’Asunción les bagarres commerciales entre États membres du Mercosur sont légions et se résolvent plus devant l’OMC que devant le tribunal de résolution des différends du Mercosur.

La désUnion Européenne face au Brésil

Il faut dire que les motifs de mésentente sont nombreux entre les pays européens : la France, appuyée par neuf Etats membres, s’est inquiétée de l’impact de l’accord pour l’agriculture. Le soutien aux agriculteurs reste un sujet sensible pour de nombreux États Membres Devant le Sénat, le ministre français de l’Agriculture a ainsi déclaré : « Nous ne pouvons pas accepter que l’agriculture soit la variable systématique d’ajustement des discussions commerciales, que ce soit avec le Mercosur ou dans le cadre de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) ». Leurs voix sont entendues en Europe, notamment par les Irlandais et les pays d’Europe du Sud (Italie, Portugal, Espagne).

De l’autre côté, les industriels et les grandes entreprises européennes font pression pour une conclusion rapide de l’accord de libre échange. Toutefois, ils ne sont pas aidés à la Commission européenne. Cette dernière, sans doute habituée à un ancien mode de fonctionnement, n’a pas pris la peine d’informer le Parlement européen de la relance des négociations avec le Brésil. La réaction des eurodéputés ne s’est évidemment pas fait attendre et des critiques virulentes ont été exprimées.

Aux vieilles querelles entre Etats libre-échangistes et protectionnistes et entre industrialistes et agriculteurs s’ajoute aujourd’hui un débat sur la pertinence de continuer traiter avec les grands ensembles mondiaux, comme le Mercosur, la ligne historique de l’Union Européenne, ou de revenir aux négociations bilatérales, en l’occurrence Union Européenne- Brésil. Récemment, l’éditorialiste Ferdinando Riccardi qualifiait le projet d’accord UE-Mercosur de « projet rhétorique et idéaliste » : « L’expérience indique que ce genre de négociations entre deux groupements qui n’ont pas la même nature ni les mêmes objectifs sont destinées à traîner en longueur pour des résultats inexistants ou minimes. »

Cette opinion n’est pas neutre : elle exprime une lassitude, de la part de nombreux décideurs ou observateurs européens de faire avancer les négociations commerciales avec les grands partenaires. Elle exprime également un abandon, justifié ou non, de l’ambition européenne à porter et dupliquer son modèle dans le monde. Face aux difficultés de conclure un accord entre deux blocs, l’Union semble avoir opté pour une stratégie de bilatéralisation des négociations. La conclusion même du partenariat stratégique avec le Brésil en 2007, suite à l’échec des négociations commerciales avec le Mercosur de 2004, en était un signe avant coureur. Même si les domaines de coopération sur lesquels ce partenariat stratégique entend avancer ne concernent pas les échanges commerciaux, le signal qu’il envoie peut être préoccupant pour les membres du Mercosur. On avance en effet sur certains domaines tels que l’environnement, les sciences et technologies qui recoupent certains des objectifs du partenariat régional. L’UE envoie un peu le message « tous les membres du partenariat sont égaux mais certains sont plus égaux que d’autres »...La stratégie de négociations avec d’autres groupes régionaux dans l’hémisphère sud tels que la CAN (Communauté Andine des Nations) en est une confirmation. Ce changement de paradigme de la part de l’Union Européenne, pour compréhensible qu’il soit d’un point de vue pragmatique, risque de mettre à mal la solidarité interne de groupements régionaux dont l’UE s’est souvent faite le chantre par le passé. Les récentes déclarations du grand opposant de Lula, le candidat de droite à l’élection présidentielle José Luis Serra, semblent d’ailleurs aller dans ce sens. Ce dernier a suggéré qu’il pourrait être bénéfique au Brésil de conclure des accords commerciaux en marge du Mercosur. De tels accords au sein d’une union douanière ne sont évidemment pas impossibles, mais de telles déclarations ne sont pas pour rassurer les partenaires mercosuriens du Brésil qui craignent déjà que celui-ci ne s’impose comme un hégémon régional utilisant le bloc comme une projection de sa politique nationale.


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USEurope
28 juillet 2010
13:00
Pas de deux dans les négociations UE-Brésil.

Merci pour cet article.

Il y a clairement une stratégie de bilatéralisation des négociations commerciales de la part de l’UE actuellement, et le Commissaire De Gucht le dit noir sur blanc. Le pragramatisme et l’application pure et simple du principe « diviser pour mieux régner » est à l’oeuvre. L’exemple de l’ASEAN est aussi révélateur de ce changement de paradigme qui consiste à abandonner la promotion de l’idéal politique européen dans le monde au profit de victoires libre-échangistes à courte-vue poussant les États réticents à ouvrir pleinement leurs frontières au commerce dans leurs derniers retranchements, et ce au détriment de la « fédéralisation du monde » et du bien commun.

Le problème de l’UE est qu’elle est beaucoup plus efficace dans le domaine des politiques commerciale et de concurrence (politiques du « laisser faire ») que dans les politiques d’action (actions pour promouvoir l’innovation, susciter la transformation de l’industrie européenne ou encore mettre en oeuvre de « grands projets »). Or, il faut que tout avance en même temps sinon le résultat sera dévasteur pour les Européens et tous les pays qu’on a convaincu d’appliquer notre modèle économique.

Quelques précisions par rapport à votre article :
- l’Argentine bloque l’importation d’une série de produits agro-alimentaires depuis plusieurs semaines, il s’agit là d’un fait établi et la Grèce n’a fait que soulever la question au Conseil (elle a d’ailleurs été appuyée par une dizaine d’autres États). Pour information, l’Argentine figure dans le peloton de tête des pays ayant adopté le plus de mesures à incidence protectionniste depuis 2008 (par contre je ne vois que peu de signes de mesures protectionnistes prises par les Européens dans le domaine agricole au cours des derniers mois... n’inversons donc pas les rôles, même si l’UE n’est pas toute blanche et heureusement !) ;
- la conclusion des négociations avec le Mercosur d’ici à la fin de l’année n’est pas très improbable mais impossible ; on a voulu faire plaisir à l’Espagne en rouvrant les négociations mais tout est bloqué.

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Vivien SIERENS
29 juillet 2010
12:33
Pas de deux dans les négociations UE-Brésil.

Merci pour ce commentaire. Cela fait toujours plaisir d’avoir des remarques constructives de la part de lecteurs critiques. Les points soulevés offrent un bon complément à l’article présenté ici. La remarque sur l’ASEAN est très pertinente et instructive. Cet enthousiasme pour l’idéal européen vous honore. Concernant la première précision sur le cas de l’Argentine, elle est très juste mais gagnerait à être plus approfondie. Il est vrai que l’Argentine s’est récemment démarquée pour la prise de diverses mesures de nature protectionniste. Elle a néanmoins régulièrement dénié avoir pris de telles mesures. De même, dans le cas qui oppose l’Union Européenne à l’Argentine, le Secrétaire d’État au commerce, Guillermo Moreno, a bel et bien dénié les allégations de protectionnisme formulées par l’UE à son encontre. Concrètement l’UE s’inquiète des blocages ayant affecté des containers en provenance de son territoire et transportant des denrées alimentaires périssables telles que des pâtes, de l’huile d’olive et des fromages italiens ainsi que des pêches grecques. L’UE a constaté, depuis mai, d’importants retards dans l’octroi de certificats permettant la mise en circulation des produits européens importés en Argentine. Cela s’est également marqué par l’annulation de commandes. Face à cette situation, l’UE a décidé de porter le cas devant l’OMC le 5 juillet dernier. Plus précisément, l’UE a posé la question de la compatibilité des mesures adoptées par l’Argentine sur les produits visés lors de la réunion du Conseil du Commerce des Marchandises de l’OMC. L’OMC n’a pas tranché, il s’agissait juste pour l’UE de faire une demande d’information à l’Argentine sur les mesures prises. Que ces blocages soient un fait établi, certes, ils n’en relèvent pas pour autant d’une mesure de protectionnisme. Le cas n’a pas été soumis à l’Organe de Résolution des Différends de l’OMC et aucun panel n’a encore été établi pour statuer sur ce cas. Lors de la réunion du Conseil du Commerce des Marchandises, l’Argentine a nié l’idée que les retards dans l’octroi des certificats d’importation soit dû à des velléités protectionnistes. L’Argentine a notamment fait parler les chiffres en montrant l’augmentation des taux d’importation de denrées agricoles en provenance de l’UE durant le premier semestre 2010 et a minimisé l’ampleur des retards justifiés par des besoins internes de surveillance. L’Argentine pour sa décharge a également renvoyé au système européen de protection de son agriculture, qui bien qu’il n’ait pas été modifié récemment continue d’exister et de poser question auprès de nombre de pays en voie de développement…Vous le reconnaissez d’ailleurs très justement. Bien sûr, avec ce dernier point dans la défense argentine, on frôle avec le principe du nemo auditur turpitudinem suam allegans ; à la différence que l’Argentine n’a, à aucun moment reconnu une quelconque faute dans le cas qui nous occupe… Par contre, il est très juste de souligner que la politique commerciale argentine suscite quelques questions, la récente décision de prendre des mesures antidumping concernant des compresseurs gaziers à l’encontre de son partenaire brésilien au sein du Mercosur pourrait augmenter les tensions entre les partenaires du bloc. Les procédures antidumping sont de plus en plus régulièrement utilisées par certains États voulant protéger leur marché car elles renversent la charge de la preuve par rapport aux autres procédures de restrictions aux importations puisqu’il revient à l’État suspect de procéder au dumping de prouver qu’il ne pratique pas à la vente de produits à un prix inférieur à celui de son marché domestique. Encore une fois le cas n’a pas encore été définitivement tranché, et il ne faudrait pas tenter de préempter les compétences de l’OMC en catégorisant ces mesures comme conformes ou non avec les Accords de Marrakech. Concernant la deuxième précision, vous avez certainement raison, une conclusion d’un accord avant la fin de l’année est probablement impossible. Il nous a néanmoins paru bon de ne pas exclure l’existence potentielle d’une possibilité si infime soit-elle…après tout avec du dynamisme politique on peut faire beaucoup en 6 mois. D’un point de vue pragmatique, nous partageons votre avis. Il est vrai que la perspective de la présidence espagnole est apparue comme une fenêtre d’opportunité pour la relance des négociations avec les Mercosur et que d’aucune ont cru qu’un nouvel élan était possible avec l’Espagne aux commandes de l’UE, il serait par contre réducteur de considérer que l’on a réouvert ces négociations uniquement pour faire plaisir à l’Espagne…. Encore Merci pour ces commentaires judicieux

USEurope
29 juillet 2010
15:29
Pas de deux dans les négociations UE-Brésil.

Merci Vivien pour votre réaction étoffée qui témoigne d’une connaissance certaine du dossier, ainsi que pour vos remarques de sympathie.

Je m’étonne toutefois de votre scepticisme concernant l’ « affaire argentine ». Il est bien évident que l’Argentine n’a pas officiellement admis avoir violé le droit commercial international. Elle fait mine de protester et récuse toutes les accusations convergentes européennes, brésiliennes, américaines, etc., afin de gagner du temps et de maintenir autant que possible son « embargo de fait » (selon les termes même de la Commission européenne) ; mais comment pourrait-il en être autrement ? Pourquoi s’automutiler et admettre que l’on est coupable avant même que l’OMC ait pu commencer à « enquêter » ?

De plus, il est de la nature même des entraves commerciales non-tarifaires « modernes » d’être masquées – même si la suspension par l’Argentine de l’octroi des certificats de libre-échange aux produits agro-alimentaires importés concurrençant une production locale est l’un des actes protectionnistes les plus osés que l’on ait connu ces dernières années… (il n’y a toutefois aucun jugement de valeur ici sur le bien-fondé du recours à cette mesure, ceci est un autre débat).

Toutefois, je suis tout à fait d’accord avec votre remarque sur le changement de paradigme dans les négociations commerciales menées par la Commission au nom de l’UE, avec l’abandon des négociations avec des ensembles régionaux « frères » au profit de négociations commerciales bilatérales avec les « maillons faibles » plus conciliants de ces ensembles – même si vous n’allez pas jusqu’à exprimer votre pensée sur ce changement de paradigme que vous constatez (peut-on d’ailleurs connaître la teneur de votre avis ?). La politique commerciale de l’UE est un vrai sujet et doit continuer à faire l’objet de débats sur la toile…

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Vivien SIERENS
29 juillet 2010
16:53
Pas de deux dans les négociations UE-Brésil.

Merci pour cette réaction pondérée. Je ne pense pas faire preuve de scepticisme concernant l’ « affaire argentine ». Je tenais juste à préciser qu’il s’agit d’une affaire en cours et qui n’a pas encore été tranchée. Je me suis dès lors borné à souligner l’exactitude des faits relatés dans l’article : l’UE porté certaines accusations à l’égard de l’Argentine concernant des restrictions aux importations de produits agricoles, l’Argentine a démenti. En l’état on en est là. Je ne me prononce pas sur la question de qui de l’UE ou de l’Argentine est dans son bon droit dans cette affaire. L’emploi de mesures protectionnistes non tarifaires est évidemment masqué la plupart du temps…je pense d’ailleurs l’avoir laissé entendre en désignant le recours fait aux procédures antidumping comme protectionnisme déguisé (ce jugement étant fondé sur des cas avérés de protectionnisme s’étant basé sur de telles pratiques). Néanmoins vu que ces mesures sont déguisées, il est difficile de se prononcer définitivement sans avoir tous les éléments du dossier à disposition. Pour le reste, concernant l’hypothèse que vous avancez d’une stratégie argentine consistant à nier l’évidence pour éviter de s’automutiler, c’est effectivement une interprétation possible…mais cela reste une interprétation. Par ailleurs, les termes de la Commission d’ « embargo de fait » semblent quelques peu exagérés. Un embargo renvoit soit à l’interdiction de navires de quitter un port, ce qui n’est ici pas le cas puisque ce sont les containers qui ont été immobilisés ; soit à une interdiction partielle ou totale de commercer avec un pays ; que ce soit une interdiction sur tous les produits pour un pays donné ou sur certains produits stratégiques. Ces interdictions se faisant généralement à titre de sanctions. Il faut relativiser la gravité du cas…les incidents qui se sont produits concernant l’octroi des certificats d’importations, bien qu’ils aient une importance économique non négligeable et soient d’une ampleur inquiétante justifiant des préoccupations de la part de certains États Membres de l’UE, ne relèvent pas véritablement d’un « embargo », il s’agit d’incidents non généralisés…Si l’on se réfère à embargo comme étant une mesure administrative tendant à limiter la libre circulation d’un bien, un tel usage du mot deviendrait plus approprié, mais il impliquerait que ce soit toute une catégorie de biens qui soit affectés or ces incidents n’ont affectés qu’une partie des denrées agricoles importées par l’Argentine en provenance de l’ Europe, le mot est donc peut-être un peu fort même si son usage est compréhensible dans un tel contexte de contentieux commercial. Enfin concernant votre dernière remarque sur la bilatéralisation des relations commerciales, j’apprécie l’appui que vous marquez à cette hypothèse d’analyse. Au point de vue normatif, je déplore évidemment un tel changement. Comme exprimé dans le corps de l’article, ce changement risque de mettre à mal la solidarité de groupes régionaux que l’Europe avait promue jusqu’à présent. Il s’agit d’un certain renoncement à l’idéal politique que poursuivait l’Europe qui s’explique par la lassitude de négociations n’en finissant pas d’échouer. Je ne suis pas convaincu qu’il faille aboutir à une « fédéralisation du monde » comme vous l’exprimiez précédemment, mais je pense que les accords régionaux dans leurs grande diversité de formes (que ce soit des accords de libre échange ou des unions politiques) peuvent contribuer à rapprocher les peuples et à améliorer le bien être des populations qui y vivent. La multiplication d’accords bilatéraux à géométrie variable avec des États étant parties ou membres de groupements régionaux (tels que le Mercosur), risque d’affaiblir la solidarité entre les membres de ces groupes et donc d’agir au détriment de tels groupements…Je n’ai évidemment pas de boule de cristal et ne peut prévoir avec certitude le futur de la solidarité intragroupe mercosurienne mais les risques identifiés ici sont peu à déplorer…La politique commerciale est un sujet de débat extrêmement intéressant, celui de la cohérence des politiques européennes aussi, gageons que ces sujets entraîneront encore de nombreux débats…

USEurope
29 juillet 2010
17:33
Pas de deux dans les négociations UE-Brésil.

Je propose que nous clôturions ici nos échanges sur le contentieux argentin (j’en profite pour mentionner que la Commission évoque une “interdiction d’importer de fait” et non un “embargo de fait”, mais le sens général reste le même [essayons de ne pas juridiciser les propos tenus sur les sites d’information généralistes ! même si j’aurais dû être plus précis]). J’ai le plaisir de constater que nous pouvons achever cet échange sur un point d’accord sur l’évolution générale de la stratégie commerciale de l’UE… et je conçois que mon propos sur la « fédéralisation du monde » puisse paraître utopiste, mais mieux vaut avoir trop de vision que pas assez, surtout dans le contexte actuel où les têtes de l’UE n’incarnent pas véritablement un idéal enthousiasmant… et la meilleure preuve en est la nostalgie croissante de l’époque Delors, lequel est présenté comme un égal de Spaak, Adenauer, Spinelli et Monnet de son vivant, ce qui est une performance… Mes hommages en tout cas pour la qualité de vos réactions à mes réactions…

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Vivien SIERENS
5 août 2010
10:27
Pas de deux dans les négociations UE-Brésil.

Pour information, lors du 39ème Sommet des dirigeants du Mercosur qui a débuté le 2 août et vient de s’achever dans la ville argentine de San Juan, les dirigeants des 4 pays membres du Mercosur se sont mis d’accord sur l’élimination de la double imposition des marchandises importées (connu sous le nom de doble cobro) et sur un code douanier unique pour l’ensemble du bloc. Il s’agit d’avancées cruciales pour le perfectionnement de cette union douanière. LEn outre, l’accord trouvé lors de ce Sommet sur le financement de projets transfrontaliers rentrant dans le cadre du Fonds de Convergence Structurel du Mercosur (FOCEM)devrait également permettre de renforcer la solidarité entre les États parties au Traité d’Asunción par le développement de projets concrets. Par ailleurs, lors de ce Sommet, les dirigeants du Mercosur ont rappelé leur engagement à conclure un accord global et équilibré avec l’Union Européenne. Mais pendant que ce processus d’accord régional bilatéral piétine, un Traité de Libre Échange a été signé lors de ce Sommet entre le Mercosur et l’Égypte. S’il reste à voir comment ces engagements se traduiront dans les faits, il semble que le Mercosur fasse preuve d’un regain de dynamisme au cours de ce premier semestre 2010...

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Auteurs

Antoine Bargas

Antoine est diplomé de Sciences Po Paris (Master Affaires Européennes) et de l’ Université Bocconi de Milan. Dans le cadre du programme Erasmus, Antoine a passé un an à étudier à l’ université d’ Uppsala, en Suède. Après plusieurs stages en France (Air (...)

Vivien SIERENS

Vivien Sierens a effectué des études bilingues (français-néerlandais) en Sciences Politiques/Relations Internationales aux facultés universitaires Saint-Louis ainsi qu’à l’Université Libre de Bruxelles et la Vrije Universiteit Brussel. Il a ensuite (...)

Sur internet

le site officiel
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