L’Amérique Latine se pacifie et résiste à la crise...mais les inégalités sociales restent importantes
Victime d’instabilité politique et économique jusque dans les années 80 et début des années 90, l’Amérique Latine semble avoir retrouvé la stabilité ces dernières années, même si le fossé social se creuse.
Au niveau politique, mis à part le récent coup d’État au Honduras, la plupart des démocraties se sont consolidées. Dernièrement, certains changements constitutionnels tel que la possibilité pour certains présidents (Hugo Chavez, Alvaro Uribe) de se représenter à un second voir à un troisième mandat ne sont pas sans réveiller les vieux démons de l’autoritarisme et du populisme. Pourtant, malgré une rhétorique nationaliste conflictuelle, l’ALC paraît actuellement être l’une des régions les moins affectée par les conflits militaires et la violence d’État. Les problèmes internes restent marginaux à l’échelle continentale : FARCs en Colombie, narcotrafiquants au Mexique.
Au niveau économique, après plusieurs décennies marquées par les expériences planistes et protectionnistes de la substitution aux importations (années 60 et 70), la crise de la dette (années 80) et l’échec des plans d’ajustements structurels (années 90), l’Amérique Latine commençait enfin à se réveiller de ce « longo amanhecer ». Même si la récente crise économique a fortement affecté les économies latino-américaines, pourtant pour la première fois, les analystes économiques et financiers sont confiats quant au degré de résistance de l’Amérique Latine. Pour la première fois depuis longtemps, l’Amérique latine ne semble plus être un problème mais une partie de la solution. Mais aujourd’hui plus que jamais, la situation latinoaméricaine est loin d’être homogène : en Amérique Centrale, tout indique que la récupération sera lente alors que dans le Cône Sud, elle s’annonce plus rapide. Toutefois, ces économies ont été fortement touchées par la contraction du crédit bancaire, la diminution des remesas (transferts des travailleurs migrants envers leurs pays d’origine)et la réduction des flux commerciaux mondiaux et la baisse du tourisme. Les réformes structurelles introduites depuis les années 1990 permettent d’expliquer cette plus grande solidité régionale : de nombreux pays avaient renforcé leurs banques centrales et ont introduits des normes prudentielles en matière d’investissement, évitant la ruée vers les subprimes. En 2009, au niveau régional, le PIB/habitant s’est contracté de 3.6% alors qu’il a reculé en moyenne de 4,1% au sein des pays de l’OCDE. Ce maintien de la croissance est dû à divers facteurs (baisse des ratios d’endettement souverain, dette libellée en devise nationale). De plus, le maintien de la croissance chinoise et son appétit en matière première ont aidé à stabiliser les balances commerciales de nombreux pays andins et du cône sud. Alors que la dépendance de la région envers ses exportations primaires a longtemps été à la base de l’extrême fragilité de la croissance, celle-ci a, pour une fois, joué un rôle d’amortisseur grâce à la forte demande chinoise et à la hausse du cours des matières premières.
Au niveau social, par contre, le fossé a continué de se creuser. Pour Celso Furtado et Osvaldo Sunkel, une dynamique de sous-développement est apparue au sein même des économies nationales sud-américaines, comme au Brésil, en passe de devenir un géant économique régional, affichant un des taux d’inégalité sociale les plus élevés. Ainsi, il existe un risque réel de reproduction et d’aggravation de ces inégalités.

- Au Brésil, en Colombie, au Venezuela, la question urbaine reste brûlante : les inégalités sociales s’accroissent, l’insalubrité et le manque d’hygiène sont des problèmes majeurs, ainsi que la violence.
Un développement soutenable et inclusif, tel est le vrai défi pour la région. Comme l’a souligné le ministre de l’économie uruguayen,Álvaro Garcia, le vrai défi n’est pas la croissance mais « la croissance avec équité ». Vu le caractère commun de ces problèmes dans la région, la collaboration au niveau international ainsi qu’au sein d’instances régionales appellent des futures stratégies de développement latinoaméricaines.
L’intégration régionale, vecteur de progrès
Au niveau de l’intégration régionale les volets politiques, sociaux et économiques suivent des chemins distincts. Le rêve bolivariste d’une union continentale reste lointain. Des avancées réelles ont été faites récemment au niveau de la coordination politique et sociale, notamment avec la mise en place d’un Parlement du Mercosur en 2006 (avec élection au suffrage universel direct), la création d’un Fond de Convergence Structurelle du Mercosur, l’exécution du Plan Intégral de Développement Social de la Communauté Andine, le développement d’une stratégie régionale de biodiversité ou encore la mise en place de l’UNASUR en 2008 (forum de dialogue intergouvernemental regroupant les chefs d’États et de gouvernements du Mercosur et de la CAN). Pourtant derrière ces initiatives concrètes, des tensions restent bien présentes, comme en témoigne la dégradation des relations diplomatiques entre le Venezuela et la Colombie et les achats et ventes d’armes sous-jacents. Au niveau économique, les tentations protectionnistes restent bien présentes, comme l’a montré la guerre commerciale affectant le commerce bilatéral entre le Brésil et l’Argentine, principalement dans les secteurs automobile et agro-alimentaires. En outre, l’Argentine s’est également distinguée, ces derniers mois, pour son usage des procédures antidumping.

- La domination d’un même camp (centre-gauche) dans la plupart des gouvernements d’Amérique du Sud a permis la relance du dialogue... même si l’intégration n’est pas achevée, loin de là..
A défaut de résoudre leurs différends, les mécanismes d’intégration régionale ont néanmoins permis d’instaurer certains forums de dialogue qui faisant défaut par le passé. Les chefs d’état du Brésil et de l’Argentine, ainsi que les ministres des affaires étrangères et de l’économie, ont ainsi récemment décidé de se rencontrer plus souvent pour résoudre leurs contentieux commerciaux...
Que fait l’UE et que peut-elle faire ?
L’Amérique latine n’a jamais vraiment été une des priorités de la politique étrangère de l’UE. Bien que des Accords d’Association aient été signés avec le Mexique en mars 2000 et avec le Chili en novembre 2002, peu d’avancées ont été faites. Depuis 2002, l’UE négocie un accord similaire avec le MERCOSUR . Cet Accord consisterait dans la première association entre deux unions douanières et créerait ainsi la plus vaste zone de libre-échange au monde. Pourtant la négociation de bloc à bloc a piétiné jusqu’à présent et, à part les récents événements de la semaine passée, peu d’efforts ont été faits de part et d’autre de l’Atlantique pour renouer le dialogue.

- Au delà des liaisons culturelles, historiques et économiques entre certains Etats de l’UE et de l’Amérique latine, comment le dialogue UE- Amérique Latine peut-il se renouveler, d’égal à égal ?
Par ailleurs, si un consensus semblait s’être dégagé lors du Sommet UE-ALC à Vienne en 2006 pour établir un tel accord d’association avec la Communauté andine et avec le Système d’intégration d’Amérique centrale (Costa Rica, El Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua et Panama), ces deux processus de négociations ont également capotés. Les négociations avec le Marché commun centre américain étaient les plus abouties et un accord était sur le point d’être trouvé au moment où est intervenu le coup d’État au Honduras. Le seul point d’achoppement restant était celui du commerce des bananes, les pays d’Amérique Latine remettant en cause les mesures de protection douanière européenne sur la banane. Un accord a finalement été trouvé. Le Secrétaire d’État espagnol était d’ailleurs en tourné dans la région la semaine passée afin de rappeler son désir de parvenir à la signature d’un accord d’association avec l’ensemble des pays du bloc. C’est également le point des bananes qui fâchait la Communauté Andine, où, alors que les négociations sont bien avancées avec le Pérou, elles stagnaient en raison de ce dossier avec l’Équateur et la Colombie. C’est pourquoi l’UE a abandonné sa stratégie de négociation de bloc à bloc avec la CAN et privilégie désormais une approche bilatérale avec chacun des pays du bloc. Cette bilatéralisation des relations de négociations n’est pas sans rappeler la stratégie « étasunienne » dans la région et l’on peut craindre un abaissement des objectifs que l’UE s’était assignés dans la conclusion de ceux-ci.
Concrètement, les projets de coopération développés dans le cadre du Partenariat Stratégique portent sur des thèmes divers ; éducation, culture, recherche, promotion d’énergies renouvelables, appui institutionnel, préservation de la biodiversité et bien d’autres. Pourtant, en dix ans, le partenariat stratégique n’a pas fait beaucoup de progrès. Malgré la tenue de quatre sommets après celui de Rio, tous ayant comme thème « Renforcer le partenariat stratégique » et de nombreuses réunions au niveau ministériel, il n’a pas été possible de donner une grande valeur ajoutée à ce mécanisme de coopération. Le thème du prochain Sommet pourrait bien remédier à cette situation. Intitulé « Innovation et Technologies pour une Développement Durable et l’inclusion sociale », ce sommet pourrait répondre à bien des besoins de la région. En outre, ce Sommet sera consacré à la création d’une Fondation EU-ALC et un mécanisme de facilitation des investissements. Des propositions concrètes ont été faites par certains pays mais nécessiteront un appui international.
Encore faut-il que cette bonne volonté se transforme en engagements concrets.... Utopie ? ou Horizon atteignable ? Comme le disait Eduardo Galeano : La utopía está en el horizonte. Me acerco dos pasos, ella se aleja dos pasos. Camino diez pasos y el horizonte se corre diez pasos más allá. ¿Para qué sirve la utopía ? Para eso sirve : para caminar .
Crédit photo : Flickr/CC et Commission Européenne










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