La réponse donnée par Y. Jadot à notre première question ne laisse pas l’ombre d’un doute sur la position de l’ONG environnementaliste qu’il représente : ce n’est parce que l’UE est aujourd’hui le leader mondial de la lutte contre le changement climatique et que sa législation en matière d’environnement est prise comme exemple sur la scène internationale, que l’on doit se satisfaire de la situation actuelle. A la question que lui-même pose : « est ce que l’UE répond à la crise écologique ? », Y. Jadot répond par la négative. Et d’enchaîner sur les ambitions manquées du « paquet énergie » présentée par la Commission européenne en 2007 et actuellement en négociation au Conseil des ministres et au Parlement européen : le point central du paquet, à savoir la réduction des consommations d’énergie reste le « parent pauvre » des propositions législatives en cours de négociation.
Quand on lui demande si l’utilisation d’instruments contraignants à l’égard des industriels est un « mal nécessaire », le représentant de Greenpeace répond sans hésitation en rappelant que la stratégie consistant à laisser les entreprises prendre elles même des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre est depuis toujours vouée à l’échec (ce n’est pas lui qui le dit mais le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat)). Il faut donc « imposer des contraintes aux Etats » afin de forcer ces derniers à pousser leurs entreprises à innover. D’ailleurs, au contraire de ce que l’on peut penser, la « contrainte » pourrait avoir des effets positifs notamment en augmentant les possibilités d’emploi dans le secteur de la recherche et dans le secteur des énergies renouvelables, secteur qui nécessite des investissements en emploi très importants et qui permet de « pérenniser » l’emploi car ces derniers sont très difficiles à délocaliser.
Yannick Jadot
Yannick Jadot est directeur des programmes de Greenpeace en France. Economiste de formation, il a travaillé pendant plus de dix ans dans le champ de la solidarité internationale. Après avoir passé plusieurs années au Burkina Faso et au Bangladesh, il a rejoint Solagral, une ONG spécialisée dans le suivi des négociations internationales et l’appui aux pays en développement où il a exercé les fonctions de délégué général jusqu’en 2001. Depuis 2002, il dirige les campagnes que Greenpeace mène en France et participe activement à l’élaboration des campagnes internationales de Greenpeace, tout en veillant à la prise en compte du contexte environnemental, politique, social, économique et culturel français. Sa mission consiste également à représenter Greenpeace au niveau politique et à en être le principal porte-parole.
Sur l’investissement des citoyens dans la lutte contre le changement climatique, Y. Jadot nous fait l’économie du couplet moralisateur que les gouvernements n’hésitent pourtant pas à nous chanter régulièrement : « on est dans une logique où en permanence on culpabilise le consommateur mais où ce dernier n’a pas complètement le choix d’accéder à une voiture qui ne soit pas chère et sobre en émission de CO2 ... donc il faut aussi contraindre l’industriel. »
Vient ensuite l’épineux sujet des agrocarburants, récemment pointés du doigt dans le contexte de la crise alimentaire mondiale. Là encore, réponse sans équivoque : les agrocarburants actuels sont non seulement inefficaces d’un point de vue strictement énergétique mais en plus, leur production crée des problèmes économiques (pression sur les marchés agricoles), sociaux (déplacement de population, destruction de cultures vivrières) et environnementaux (déforestation). Le remède ? « les agrocarburants de première génération doivent être stoppés et on doit favoriser la recherche dans ce que l’on appelle les agrocarburants de deuxième et troisième générations qui sont davantage liés à l’utilisation des déchets ou aux algues.. ».
Enfin, pour porter notre regard vers le futur, on demande au n°2 de Greenpeace de nous décrire ses attentes (réalistes et irréalistes – même si cette seconde catégorie est quelque peu étrange, on l’accorde bien volontiers) par rapport à la Conférence qui se tiendra en 2009 à Copenhague et où, on l’espère, un nouvel accord plus ambitieux que le protocole de Kyoto sera négocié et conclu. Y. Jadot répond sans ambages et nous remet les pendules à l’heure : « on ne peut pas avoir d’attentes irréalistes en matière de climat ! » et d’enchaîner sur la liste (non-exhaustive) des problèmes liés au climat : pandémies, dizaines de millions de personnes déplacées et réfugiées, 200 000 morts par an, menace pour la sécurité alimentaire...
Mais à problème difficile, il faut aussi éviter les solutions faciles visant à pointer du doigt les grands méchants nouveaux pays industrialisés : la Chine et l’Inde doivent certes stabiliser d’ici à 2030 leurs émissions mais c’est avant tout aux grandes puissances industrielles de diminuer (30%) leurs émissions pour la même date car il faut se rappeler que la Chine produit aujourd’hui 4 tonnes de CO2par an et par habitant alors que les Etats Unis en produisent 16 tonnes...
A bon(s) entendeur(s) ... salut ! (et à bientôt on espère)


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